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Arménie, Azerbaïdjan : un impérieux besoin de paix

lundi 1er septembre 2008, par Marillac, Murat Yetkin

L’ambassadeur d’Azerbaïdjan à Ankara Zakir Haşimov a déclaré que Bakou considérait positivement la proposition turque d’une plate-forme de stabilité et de coopération pour le Caucase mais qu’il était nécessaire de mettre en place des entretiens plus détaillés de manière à savoir comment une telle idée pouvait être mise en œuvre.

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Hasimov n’a pas souhaité aller plus avant dans la description de ce qu’il entendait par le mot « détaillés ». Mais il est clair que le principal souci des autorités azerbaïdjanaises est l’occupation par l’Arménie depuis 1992 de la région du Haut-Karabakh ainsi que celle de Susa-Laçin. Bakou fait savoir qu’une éventuelle coopération avec l’Arménie est envisageable dans la mesure où pourrait prendre fin une telle occupation de son propre territoire (comme on le sait déjà, la Turquie avait fermé sa frontière avec l’Arménie pour protester contre l’occupation des terres azéries. La frontière est toujours fermée et il n’est pas de relation diplomatique entre Ankara et Erevan).

Une source azérie laissait entendre que Bakou était ouverte à toute proposition pouvant mener à un accord, y compris sur cette question. Et en fait, les déclarations de l’Ambassadeur Hasimov sont de nature à venir confirmer cette source. « Nous sommes toujours en attente d’une réponse de la part d’Erevan, poursuit-il. L’OSCE partage également cette demande qui leur est faite de se retirer de notre territoire. Cette organisation est en faveur d’une solution pacifique à la situation du Karabakh. Nous ne sommes pas sans nous entretenir avec les autorités arméniennes ; dans un cadre bilatéral ou multilatéral, nous nous entretenons en permanence. Nous sommes désireux d’utiliser toutes les possibilités, toutes les voies et de ne laisser aucune chance pouvant conduire à une solution pacifique à cette question. »
C’est dans cette optique que se poursuivent régulièrement des rencontres entre les deux pays dans le cadre de l’OSCE et du groupe de Minsk.

Le sujet a également été abordé avec le président Ilham Aliyev lors de la dernière visite du premier ministre turc Erdogan à Bakou le 21 août dernier. Au sortir de cette entrevue, Erdogan déclarait que le président azéri considérait de façon positive la proposition turque de plate-forme pour le Caucase.

Avant cette visite du chef du gouvernement turc à Bakou, le chef de la diplomatie turque, Ali Babacan s’était entretenu par téléphone avec la Secrétaire d’Etat américaine Condoleeza Rice, avec le ministre des affaires étrangères de la France en charge de la Présidence tournante de l’UE, Bernard Kouchner, avec le chef de la diplomatie allemande Franck Walter Steinmeier, avec le ministre des affaires étrangères suédois, Carl Bildt dont le pays est en charge de la Présidence du Conseil de l’Europe puis avec le chef de la diplomatie finlandaise en charge de la Présidence tournante de l’OSCE.

Un jour après la rencontre avec Aliyev, Babacan a appelé son homologue russe, Lavrov pour aborder la question de la plate-forme pour le Caucase qu’Erdogan avait déjà abordée le 13 août à Moscou puis le 14 à Tbilissi. Hier entre des délégations russes et turques réunies à Moscou, a été entrouverte la porte à des discussions portant sur la question de savoir comment il était possible d’inclure l’Arménie dans le processus de cette proposition turque.

La précision de l’ambassadeur azéri selon laquelle « il est besoin d’entretiens plus détaillés » est confirmée par des sources diplomatiques turques. Dans les jours qui suivent, des délégations turques et azéries risquent de se réunir pour évoquer cette question.
Mais ici précisément, les positions de Hasimov ( parfois plus modérées que celles de bien des cercles en Turquie) ne manquent pas d’intérêt :

« Nous sommes en train de réaliser des projets d’envergure avec la Turquie et la Géorgie. La liaison gaz et pétrole Bakou- Tiflis – Ceyhan. La liaison ferroviaire Bakou – Tiflis – Kars… L’Arménie est restée en marge de ces projets. Mais aurait-elle été en mesure de développer des relations normales avec nos deux pays, qu’il n’y aurait aucune raison de la laisser de côté. Je ne dis pas que les lignes et liaisons seraient forcément passées par là-bas. Mais il est clair que si la paix venait, alors la richesse suivrait et l’Arménie en profiterait également. Elle peut toujours en profiter. Mais il faut qu’Erevan accepte de nouer des relations sincères et durables avec nos deux pays. »

Et si le Président turc se rendait au match à Erevan ?

L’invitation lancée par le nouveau Président arménien Sarkissian à son homologue turc d’assister au match Arménie- Turquie le 6 septembre prochain dans le cadre des éliminatoires en vue de la coupe du Monde 2010 ne cesse plus d’animer les conversations diplomatiques de la région.
Ankara n’a pas encore arrêté sa position sur la question. Mais le simple fait qu’un non n’ait pas été immédiatement donné en première et dernière réponse souligne le ait que la porte reste ouverte.

Le leader du principal parti d’opposition en Turquie, Deniz Baykal déclarait récemment que le voyage de Gül en Arménie ne devait pas nous aliéner Bakou. Ce qui en fait est un souhait des plus partagés en Turquie. C’est-à-dire que l’on prête plus d’attention à ne pas vexer Bakou qu’à ne pas négliger une éventuelle visite de Gül en Arménie.
Et cela ne devrait pas surprendre quand on pense à la proximité des relations turco-azéries. Bien mais comment les autorités de Bakou envisagent-elles une telle possibilité ? « Ce sujet relève de la libre appréciation de Monsieur le Président de la République turque, répond Hasimov. Nous n’avons pas à nous en mêler. » Il s’arrête un instant puis riant aux éclats : « mais il est clair que nous les Azeris, nous serons toujours du côté de la Turquie. Bonne chance à l’équipe de Turquie. »

Hier dans le journal Milliyet, Mehmet Ali Bayar [Homme politique turc, centre-droit, NdT] interviewé par Devrim Sevimay rappelait qu’en mandarin l’idéogramme pour l’idée de crise était aussi celui utilisé pour l’idée d’occasion avant de souligner que la crise géorgo-russe faisait naître de nouvelles opportunités dans la région.

Un Azerbaïdjan qui a semble-t-il parfaitement compris que pour s’enrichir et se renforcer il avait besoin de paix et de stabilité et pour cela de compromis et d’entente donne aujourd’hui l’impression de rester ouvert à tous les vents de changements qui parcourent la région.

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Sources

Source : Radikal, le 27/08/2008

- Traduction pour TE : Marillac

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