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Ballet diplomatique autour d’un match de football entre la Turquie et l’Armenie

jeudi 18 septembre 2008, par Marie-Antide

Le déplacement d’un président turc pour la première fois à Erevan le 6 septembre pour assister à un match de foot Turquie-Armenie est le résultat d’un étonnant mélange de hasard et d’opportunités politiques.

Le hasard est celui d’un tirage au sort pour un match de qualification de la coupe du monde 2010 qui a réuni les équipes de Turquie et d’Arménie.

Suite au conflit du Nagorny-Karabakh et à la fermeture des frontières en 1993, Turquie et Arménie n’entretiennent plus de relations diplomatiques. Les deux voisins partagent un douloureux contentieux historique sur les massacres d’Arméniens en 1915, progressivement qualifiés de génocide depuis les années 80, terme et responsabilité que récuse la Turquie.

De discrètes tentatives de rapprochement

Depuis plusieurs mois, on assiste toutefois à de discrètes tentatives de rapprochement. Ainsi ont eu lieu à Berne des entretiens informels au cours du premier semestre 2008 entre diplomates. Puis, le 23 Juillet dernier, le président Gül s’est rendu à Ani, capitale rayonnante de la Grande Arménie du Xe siècle dont les ruines toujours impressionnantes se dressent aux confins de la Turquie au dessus de l’Araxe, fleuve frontière entre les deux pays. C’est dans cette logique de rapprochement que s’inscrit l’invitation, publiée en Juillet dans le Wall Street Journal, du Président arménien Serge Sarkissian à son homologue turc Abdullah Gül pour venir assister à la rencontre des deux équipes de football.

Puis coup de tonnerre le 8 août : la Géorgie intervient en Ossétie du Sud. La Russie riposte immédiatement, menaçant le fragile équilibre du Caucase. Le 12 Aout, le Premier ministre turc lance l’idée d’une plateforme de paix et de stabilité dans le Caucase regroupant l’Arménie, la Russie, la Turquie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie. La Russie voit dans cette initiative un moyen de contrer l’influence des Etats-Unis dans la région et soutient très vite le projet. Seule l’Arménie ne donne pas son consentement définitif, demandant au préalable le retrait des forces russes de Géorgie. Le 4 septembre, le président turc annonce son déplacement à Erevan : il y passe huit heures dont les premières en discussion avec son homologue arménien. Nul doute qu’une partie aura été consacrée à convaincre l’Arménie de rejoindre la plateforme.

« Nous allons à un match de foot, pas à la guerre ! »

Compte tenu du contexte, une très forte tension précédait le match, à tel point que l’entraineur turc Fatih Terim avait cru bon de rappeler à ses joueurs le cadre sportif de la rencontre : « nous allons à un match de foot, pas à la guerre ! » Les dix milles spectateurs présents dans le stade avaient été identifiés et la tribune officielle était protégée par une vitre blindée. L’écoute de l’hymne national turc fut perturbée par des sifflets et quelques banderoles demandant reconnaissance et réparations pour le génocide furent déployées dans les tribunes.

Sur la plan sportif, le résultat a été de 2-0 en faveur de la Turquie dont un but de Semih Senturk, le tombeur des Tchèques en quart de finale de l’Euro 2008.

Sur le plan politique, cette rencontre, qualifiée d’« action historique et courageuse » par le président Sarkozy, saluée par la presse internationale et soutenue par 70% de l’opinion publique turque, a indéniablement fait sauter un verrou psychologique.

Le président turc a annoncé ne pas vouloir laisser les contentieux entre les deux pays aux générations futures : une Commission pour renforcer les liens économiques sera mise en place et une nouvelle impulsion sera donnée à la Commission d’historiens chargée d’examiner les heures les plus sombres de l’Empire Ottoman. Quelques jours après cette rencontre, la presse turque titre toujours sur les intentions de rapprochement entre les deux pays : du projet de diffusion d’émissions en arménien sur une chaîne publique jusqu’aux gros titres du quotidien Hurriyet sur un diplomate turc envoyé à Jérusalem pour apprendre l’armenien, tout est bon pour illustrer la politique d’ouverture menée par la Turquie !

Plus concrètement, une réunion est prévue dans le cadre du prochain sommet de l’ONU à New York entre ministres des Affaires étrangères turc, arménien et azéri. Et puis le match de retour aura lieu le 14 Septembre 2009 à Istanbul : le président Gül a invité son homologue arménien, Serge Sarkissian, à y assister.

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