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Turquie : inauguration d’une artère de l’Europe

lundi 17 juillet 2006, par Christophe Lamfalussy , Laure Marchand

La Libre Belgique - 14/07/2006
Le Figaro - 12/07/2006

La Turquie, « corridor » de l’Europe

Un nouveau pipeline a été inauguré jeudi à Ceyhan.
Long de 1 768 km, il désenclave les ressources de la mer Caspienne en pétrole et en gaz.
Personne n’a mentionné le fait qu’il permettait de contourner la Russie.

À Ceyhan : La Turquie devient le « corridor énergétique » de l’Europe avec l’inauguration jeudi à Ceyhan, sur la côte méditerranéenne près de la frontière syrienne, d’un pipeline de 1 768 km de long qui désenclave les énormes ressources de la mer Caspienne en pétrole et en gaz et les amène vers l’Union européenne. Ces mots sont ceux du président turc Ahmet Necdet Sezer et du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan qui ont consacré en grande pompe ce projet vieux de 12 ans, soutenu pour des raisons stratégiques par les Etats-Unis.

Dans une chaleur moite, encadrés sur la route et jusqu’au terminal par 5 000 policiers, des centaines d’invités et de journalistes ont assisté au remplissage d’un tanker britannique prêt à embarquer plusieurs dizaines de milliers de barils de pétrole vers le port de Gênes, en Italie.

La côte turque est le point final de l’oléoduc Bakou-Tblissi- Ceyhan (BTC), l’un des plus longs du monde. « Le corridor énergétique Est-Ouest que la Turquie construit est crucial pour l’Union européenne, les Etats-Unis et d’autres pays », s’est félicité M.Erdogan, qui a rappelé que la demande en énergie dans le monde allait croissante.

Le terminal de Ceyhan est dédié à l’ancien président de l’Azerbaïdjan, Haydar Aliev, qui fut l’un des initiateurs de ce projet reliant les deux Etats turcophones. Son fils, l’actuel président Ilham Aliev, était présent à la cérémonie. « J’espère que l’âme de mon père plane ici », a-t-il dit.

Le troisième pays impliqué, la Géorgie, était représenté par son président Mikhail Saakashvili, qui a insisté sur l’ouverture que représente ce pipeline pour son pays au passé soviétique. « Je n’aime pas le terme de corridor », a-t-il dit. « Pour nous, ce pipeline ouvre de larges perspectives d’amitié et de coopération » avec nos voisins.

« Plus de diversification »

Personne, dans les discours officiels, n’a mentionné le fait que le BTC permet de contourner la Russie. Un représentant du président Bush s’est contenté de déclarer que l’oléoduc allait apporter

Destiné à fournir un million de barils par jour d’ici à 2008, le pipeline avait suscité le scepticisme quand il avait été lancé en 1994. Ce fut une titanesque entreprise humaine et technique. « Quatre milliards de dollars ont été investis, près de 22 000 personnes y ont travaillé au plus fort des travaux », a souligné Lord Browne, le patron de BP, le principal actionnaire avec 30,1 pc des parts.

Enfoui à une profondeur d’un mètre cinquante, l’oléoduc traverse 300 villages, 1 500 cours d’eau, des montagnes et 14 failles sismiques. Pour éviter les ruptures en cas de tremblements de terre, des billes ont été placées autour du conduit sur les sections les plus exposées. Le pipeline se rétrécit au fur et à mesure qu’il s’approche de Ceyhan, pour régulariser la pression. « Pour moi, c’est un rêve qui devient réalité, un joyau », nous dit Nesim Hayfani, qui y a consacré une partie de sa vie. Le chef de projet turc balaie les critiques des écologistes. « En Géorgie, nous avons attendu quatre mois pour permettre aux paysans de cultiver leurs champs. »

S’il contourne le Kurdistan, le pipeline n’est pas à l’abri d’actes de sabotage dans la région troublée du Caucase : l’armée américaine a formé de 1 500 à 2 000 soldats géorgiens dans la lutte anti-terroriste. Des techniques acoustiques et des vérifications de pression permettent aussi de détecter les fraudeurs qui seraient tentés de siphonner le tuyau.

Le BTC n’est qu’un des maillons du corridor turc. Bientôt, d’ici à la fin 2006, il sera doublé d’un pipeline pouvant exporter vers l’Europe le gaz de la Caspienne et, si la jonction est faite sous la mer, du Kazakhstan. Un autre projet, plus ambitieux encore, de 5,8 milliards de dollars, vise à rallier l’Autriche, via la Turquie. Baptisé Nabucco, il a le soutien de l’Union européenne, qui cherche un financement.

« Aujourd’hui, il était juste de laisser la parole aux Américains », nous a dit le commissaire européen à l’Energie Andris Piebalgs. « Ce sont eux qui ont soutenu ce projet. Nous allons trouver l’argent pour Nabucco. »
La Libre Belgique - 14/07/2006 -
© La Libre Belgique 2006


La Turquie inaugure le « BTC », corridor énergétique voulu par Washington

- Le Figaro - 12/07/2006

Istanbul - Laure Marchand
L’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, qui convoie l’or noir de la Caspienne vers l’Occident, ne traverse que des pays amis des États-Unis.

Plus d’un an après l’ouverture des vannes - 1 774 kilomètres plus à l’Est, à Bakou en Azerbaïdjan -, l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) est enfin inauguré en grande pompe au terminal pétrolier de Ceyhan, petit port turc de la Méditerranée.

Une trentaine de chefs d’États et de ministres, dont le secrétaire adjoint à l’Énergie américain, sont attendus demain pour la cérémonie officielle. Le précieux tuyau évacue le pétrole de la Caspienne vers les marchés occidentaux, et dans la « bataille des oléoducs » engagée en Asie centrale par la Chine, la Russie et les États-Unis, le BTC a une importance stratégique de premier plan : il ouvre un corridor énergétique est-ouest voulu par Washington.

Ce projet a été porté à bout de bras par les Américains. Ils l’ont lancé dès 1994 lorsque l’Azerbaïdjan a mis en place « l’Opération du siècle » qui ouvrait le pays aux compagnies pétrolières étrangères. Sa construction, financée à 30 % par un consortium mené par le britannique BP et à 70 % par des banques gouvernementales américaine et japonaise ainsi que la Banque mondiale et la Berd, aura coûté plus de 4 milliards de dollars, soit 30 % de plus que prévu.

Les embûches techniques, comme le franchissement des montagnes du Caucase, les polémiques sur l’impact environnemental ont retardé sa mise en route de six mois. Mais son tracé alambiqué permet au bout du compte de contourner l’Arménie, allié de Moscou, et surtout d’éviter la Russie et son quasi-monopole sur le transit des hydrocarbures dans la région. Le BTC ne traverse que des pays amis de Washington : l’Azerbaïdjan se rapproche de l’Otan, la Géorgie a basculé dans le camp américain et la Turquie est le fidèle allié de l’Oncle Sam. Selon l’ambassade américaine à Ankara, il s’agit d’un gage de stabilité car « les oléoducs et gazoducs transfrontaliers nécessitent un haut niveau de coopération entre les États et réduisent donc les tensions régionales ». En accédant directement aux immenses réserves de la Caspienne, l’Occident réduit également sa dépendance énergétique à l’égard du Moyen-Orient.

Pas de conflit avec Moscou

L’importance stratégique du BTC a été renforcée lors du raccordement du Kazakhstan le 16 juin dernier. Cette extension était indispensable pour rentabiliser ce colosse qui transportera un million de barils par jour. Des tankers achemineront l’or noir kazakh jusqu’à Bakou d’ici à la fin de l’année. À terme, ce pays d’Asie centrale, géant énergétique en devenir, pourrait fournir 20 millions de tonnes de brut par an au BTC. Malgré les tentatives de la Russie pour empêcher l’accord avec cette ancienne République soviétique, les Américains placent ainsi un pion dans le pré carré moscovite. Ils rattrapent aussi leur retard sur la Chine : un oléoduc alimente déjà le voisin asiatique depuis ce printemps.

« Le BTC représente un échec pour Moscou, explique Ali Faik Demir, professeur de politique internationale à l’université Galatasaray d’Istanbul. Mais si les États-Unis cherchent à renforcer leur position, ils ne veulent surtout pas d’un conflit avec les Russes. » Ainsi, alors que l’axe est-ouest se renforce, Gazprom développe sans entrave une stratégie nord-sud articulée autour du gazoduc sous-marin « Blue Stream » afin d’assurer un débouché à ses exportations via la Turquie.

Le Figaro - 12/07/2006

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