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La Turquie cherche à enrayer la crise financière

dimanche 9 juillet 2006, par Laure Marchand

Le Figaro

La livre turque a perdu près d’un quart de sa valeur en deux mois.

La Turquie cherche désespérément à enrayer la dégringolade de sa monnaie. Dernière tentative en date, la Banque centrale a annoncé dimanche, lors d’une réunion extraordinaire de son comité, qu’elle relevait de 2,25 points son taux directeur. Il s’agit de la deuxième mesure de ce type prise par l’institution monétaire en trois semaines. Le 7 juin, une première hausse de 1,75 % avait déjà été consentie. Cette intervention, qui n’avait plus été pratiquée en Turquie depuis la crise économique de 2001, devenait urgente. La livre turque (YTL) n’a jamais été aussi basse ces trois dernières années et elle a perdu près du quart (23 %) de sa valeur par rapport au dollar en deux mois. Ce, en dépit de la décision de la Banque centrale de vendre une partie de ses réserves de devises étrangères. La cession de 700 millions de dollars, vendredi, est passée quasiment inaperçue. Et l’annonce de dimanche n’a pour l’instant eu qu’un impact très limité sur la chute du taux de change. Un euro, qui valait 2,16 YTL vendredi, s’échangeait hier à 2,09 YTL. « Cette mesure était réclamée par les capitaux étrangers depuis deux mois, mais il n’est pas sûr qu’elle suffise, estime l’économiste Eser Karakas. Le relèvement attendu jeudi des taux d’intérêt américains constitue une mauvaise nouvelle car il va annuler les effets de l’initiative turque. »

La crise financière qui secoue les pays émergents depuis plusieurs semaines a particulièrement touché la Turquie. L’indice de la Bourse d’Istanbul a suivi la courbe du taux de change et perdu 25 % en quelques semaines. En quatre mois, 15 milliards de dollars de capitaux à court terme ont déjà déserté le pays. Avec la perspective d’une hausse des taux outre-Atlantique, « les investisseurs ont perdu l’appétit pour le risque », selon Serhan Cevik, analyste chez Morgan Stanley. Pour le gouverneur de la Banque centrale, le contexte international incitant à rapatrier des capitaux vers des places plus sûres est l’explication principale des turbulences rencontrées par les marchés turcs. Vendredi dernier, lors d’une conférence à Londres devant un parterre de financiers, Durmus Yilmaz a mis les fluctuations monétaires sur le compte de ces « facteurs externes », tout en reconnaissant que l’inflation faisait planer « des inquiétudes dans un futur proche ».

Dérapage des prix avant la présidentielle

Après une maîtrise historique de l’inflation sous la houlette du FMI, le dérapage des prix est reparti de plus belle depuis le début de l’année. Le taux d’inflation en glissement annuel a frôlé les 10 % en mai (9,9 %). Le ministre de l’Économie Ali Babacan a dû reconnaître que l’objectif des 5 % pour 2006 serait fort difficile à tenir. La perspective de l’élection présidentielle l’an prochain, qui plonge le pays dans une bataille acharnée entre laïcs et islamistes, ainsi que les rumeurs d’élections anticipées renforcent la frilosité des investisseurs. Et, à cette crise politique intérieure, s’ajoutent des relations incertaines avec l’Union européenne : les négociations d’adhésion viennent à peine de commencer que Bruxelles menace de les suspendre si Ankara persiste dans son refus d’ouvrir ses ports et ses aéroports à la République de Chypre d’ici à la fin de l’année.

Malgré des indicateurs macroéconomiques dans le rouge, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan a minimisé l’impact de la fuite des capitaux. « Les résultats économiques de ces quatre dernières années ne sont ni artificiels ni temporaires », a-t-il martelé au cours d’un meeting de l’AKP à Antalya. Pour l’instant, les analystes écartent un scénario semblable à 2001. « En cinq ans, des transformations structurelles ont assaini l’économie et le budget 2006 sera même excédentaire, relativise Eser Karakas. La crise est déjà là, mais elle ne dégénérera pas en catastrophe, sauf erreur fatale. »

Publié le 27 juin 2006

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