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Amoureux de la Turquie : turquieaimee.free.fr

Comment peut-on devenir turcophile ?

jeudi 19 novembre 2009, par Sebahat Erol

L’organisation de la Conférence-débat du 24 octobre à Paris nous a permis de faire la connaissance de personnes très intéressantes, comme Chantal et Jacques, qui nous racontent ici comment ils en sont venus à s’intéresser à la Turquie. Vous pouvez découvrir le site sur lequel ils font connaître ce pays découvert par hasard : http://turquieaimee.free.fr/

Une partie du texte suivant est incluse dans l’ouvrage que Jacques vient de terminer et qu’il souhaite pouvoir faire éditer en 2010 à l’occasion de la célébration d’« Istanbul Capitale EUROPEENNE de la Culture ».

Les choses auraient-elles été ce qu’elles sont aujourd’hui si, il y a vingt ans, un voyage raté en Espagne ne nous avait fait opter en urgence pour un séjour en Turquie.

Alors que nous avions minutieusement préparé notre itinéraire dans la péninsule ibérique, le voyagiste nous annonce que les avions sont pleins et qu’aucun vol n’est disponible. Il est vrai que nous avions choisi la période des vacances de février pour tenter d’aller voir le soleil.
Par contre, dit-il, je peux vous proposer la Turquie et croyez moi, vous ne le regretterez pas !

N’ayant pas un goût particulier pour les voyages en groupe, nous optons pour la formule « Turquie en liberté » qui nous permet de choisir notre itinéraire pendant les deux semaines de ce voyage.

Achat immédiat d’un guide, choix du trajet : Izmir, Ephèse, Aphrodisias, Denizli, Konya, Cappadoce, Ankara, Safranbolu et Istanbul ... départ pour l’aventure.

Izmir, descente de l’avion, dans l’aéroport, rien de particulier et de bien différent des autres aéroports mais, dès les premières secondes sur le vrai sol turc, c’est le choc, c’est l’émotion ...

Mouvements, sons, parfums, couleurs ... impossible de ne pas ressentir le dépaysement. Tous les sens sont sollicités et l’instant de stupeur passé, il faut bien commencer le voyage.

Rouler en Turquie n’est pas une mince affaire. La circulation y est dense, rapide et peut paraître souvent confuse. En outre, le klaxon semble être l’accessoire principal à usages multiples. On l’utilise pour se saluer, pour inciter à démarrer plus vite, pour libérer le passage, accessoirement pour signaler un danger et surtout ... surtout pour permettre aux taxis en maraude d’appeler le client !

Pas de panique, il faut suivre le flot qui conduit en centre ville et après, on verra.

Izmir, au troisième rang des grandes villes de Turquie se coule voluptueusement le long de la mer et s’y repérer n’est pas particulièrement facile et c’est là que le premier contact humain avec le pays a lieu.

Perdus, cherchant l’adresse de l’hôtel, nous faisons fi de notre fierté à nous débrouiller seuls et nous demandons humblement notre route à un passant au visage sympathique.

Quelques mots franco-anglo-germano-turcs plus tard, et surtout en mains le papier où est inscrit l’adresse, notre interlocuteur nous fait comprendre que le chemin est compliqué et qu’il est indispensable qu’il monte avec nous pour nous y mener.

Etonnement de notre part, l’homme allait dans le sens contraire d’où nous devions aller et certainement avait-il quelques obligations. Nous déclinons poliment l’offre, il insiste, nous acceptons, il nous conduit.
Arrivés à bon port, il descend, nous salue et repart vers le lieu où nous l’avions rencontré. Il marche vite et nous sommes contraints de nous presser pour le rattraper et insister fortement pour qu’il accepte le billet que nous lui tendons pour qu’il puisse prendre un taxi pour rentrer.

Certes, cette anecdote aurait pu rester unique mais elle s’est répétée de nombreuses fois et elle n’est qu’un tout petit exemple de la gentillesse, de la délicatesse et de l’attention dont nous avons toujours bénéficié lors des nombreux voyages que nous avons faits en Turquie par la suite.

Voilà pour le cœur et c’est sans parler de la beauté et de la diversité de cette terre généreuse qui offre sans compter à chacun ce qu’il vient y chercher : culture, architecture, paysages, soleil, mer, montagne ... gastronomie.

Parlons maintenant de ce qui nous amène à soutenir l’entrée de la Turquie au sein de l’Europe.

Aujourd’hui, alors que plusieurs millions de touristes se délectent à flux permanent des splendeurs turques, la question se pose sur l’éventualité de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne ; question d’actualité s’il en est mais qui, au regard de l’Histoire, nous semble quelque peu oublieuse des relations privilégiées que Turquie et France ont depuis longtemps entretenues.

N’est-ce pas au Sultan Süleyman Le Législateur (dit Le Magnifique) que François 1er fit appel pour l’aider à combattre Charles Quint en Méditerranée ?

Le Sultan lui dépêcha l’Amiral Hayrettin Pacha (Barberousse) le 14 octobre 1543 au commandement de 200 galères et de 30.000 marins scellant le traité d’alliance signé en 1536 entre les deux souverains. A noter que la première ambassade de France à Istanbul date de 1535.
L’ambassade turque ne fut-elle pas reçue avec tous les honneurs par Louis XIV le 5 septembre 1669, réception immortalisée par un tableau de la galerie des glaces à Versailles ?

Louis XIV aurait-il été nommé représentant du Sultan à Versailles si l’entente ne régnait pas entre les deux pays ?

Pourquoi la France fut-elle alors accusée par ses voisins d’être l’ennemi de la chrétienté, « faisant le lit du Grand Turc », accusations qui mettaient en avant, comme c’est toujours le cas aujourd’hui, la lutte des civilisations entre l’Occident chrétien et l’Orient musulman ?

Robespierre aurait-il dit : « La Turquie est la plus ancienne et la plus fidèle alliée de la France » si le Sultan Selim III n’avait pas manifesté son intérêt pour les réformes révolutionnaires françaises dont il souhaitait s’inspirer pour effectuer les siennes ?

Cette inspiration lui couta non seulement le trône mais également la vie, assassiné sur ordre de son cousin Mustafa IV pour qui il avait abdiqué.

Rappelons-nous le premier ambassadeur de l’Empire ottoman à Paris, Ali Effendi que Talleyrand se fît un devoir et un plaisir de berner en lui cachant les préparatifs français pour l’expédition en Egypte et qui, malgré son désappointement, ne se départit pas de ses jugements libéraux et bienveillants.

En dépit de l’intrusion quelque peu « cavalière » de Napoléon 1er en territoire ottoman, la Turquie sera le premier pays à lui reconnaître le statut d’Empereur en 1804.

Cinquante ans plus tard, lors de la guerre de Crimée (1853-1855), la France, l’Angleterre et l’Empire ottoman seront alliés contre les forces russes.

Lors du traité de Paris de 1856 qui introduisit la notion de « concert des nations européennes », l’Empire ottoman fut pleinement associé sans qu’aucune voix ne s’élevât contre la légitimité de cette implication.

N’oublions pas non plus que Mustafa Kemal était parfaitement francophile et que nombre d’institutions judiciaires et administratives furent calquées, déjà sous le règne du Sultan Abdulmedjid, sur le code civil français et sur le code Napoléon.

Il serait aussi malhonnête d’occulter que la Turquie est probablement le seul pays au monde à appliquer le principe de laïcité dans le sens de la Révolution française, ne laissant aucune place à la religion dans l’espace public.

En outre, si la culture française, dominante en Turquie face à la culture anglo-saxonne jusque dans les années 1970, a perdu du terrain et ne concerne plus aujourd’hui qu’une élite restreinte, qui doit en être blâmé ? Est-il juste d’en rejeter la faute sur l’autre ?

Enfin, et d’autres l’ont beaucoup mieux exprimé que nous ne pourrions le faire, la position géostratégique de la Turquie n’est-elle pas d’évidence le lien idéal entre l’Orient et l’Occident, passage subtile entre des cultures riches mais dont les différences justifient pleinement l’aide de ce pays à cheval sur les deux continents ?

Et s’il est nécessaire de trouver une justification à notre intérêt pour ce pays, nous souhaitons dire ici qu’à chaque fois que nos pas nous ont conduits en Turquie et sans distinction de région visitée, nous avons toujours été accueillis avec gentillesse, respect, amabilité, générosité et hospitalité, y compris alors que les médias se faisaient et se font toujours l’écho de l’opposition française à l’entrée de la Turquie en Europe.

Ce qui prouve, si cela est nécessaire, que l’âme turque est toujours aussi vivace et qu’il lui reste encore certaines valeurs que l’Occident semble parfois avoir oubliées.

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