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La visite d’une délégation du Hamas à Ankara jette un froid entre l’Etat hébreu et la Turquie

mardi 21 février 2006, par Guillaume Perrier

Le Monde - 21/02/2006 - 13h08

ISTANBUL CORRESPONDANCE

Depuis trois jours, le gouvernement turc tente de se justifier par tous les moyens. La venue surprise, jeudi 16 février, d’une délégation de cinq hauts responsables du Hamas à Ankara lui a attiré, en effet, les foudres d’Israël.

L’ambassadeur israélien en Turquie, Pinhas Avivi, a décliné, lundi, l’invitation du chef de la diplomatie turque, Abdullah Gül, qui souhaitait clarifier sa position sur la situation au Proche-Orient. Le représentant de l’Etat hébreu a jugé inopportune toute négociation avec le mouvement islamiste, appelé à former le nouveau gouvernement palestinien.

Il s’agit là d’un nouveau signe du profond agacement manifesté par Israël devant l’initiative turque. Le porte-parole du premier ministre israélien, Raanan Gissin, l’avait qualifiée, jeudi, de « grave erreur », se demandant « ce que penseraient les autorités turques si nous invitions Abdullah Öcalan (leader emprisonné des séparatistes kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan) à des entretiens à Jérusalem ». La délégation, conduite par Khaled Mechaal, le chef du bureau politique en exil du Hamas, avait rencontré, en fin de semaine, des diplomates turcs ainsi que des responsables du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir. Mais pas le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, qui, sous la pression des Etats-Unis, avait renoncé à une entrevue. Pour défendre cette médiation, le porte-parole du gouvernement, Cemil Cicek, a affirmé que la Turquie avait demandé au Hamas d’abandonner la violence et de reconnaître l’existence de l’Etat d’Israël. « En acceptant ces réalités, vous faciliterez grandement la résolution du problème », a-t-il résumé.

RÔLE DE MÉDIATEUR

La tournée du Hamas devrait se poursuivre à travers le monde musulman ainsi qu’en Russie, fin février ou début mars. Le parti islamiste palestinien s’est déclaré « très satisfait » de cette première visite à l’étranger et a espéré que la Turquie puisse « jouer un rôle dans la région à l’avenir ». Telle est l’ambition affichée de Recep Tayyip Erdogan, chef d’un parti issu du mouvement islamiste, mais à la tête d’un pays allié stratégique d’Israël depuis 1996. Le premier ministre turc a déjà proposé plusieurs fois ses bons offices pour arbitrer les négociations entre Israéliens et Palestiniens. Il a obtenu en janvier de superviser, via l’Union turque des chambres de commerce, la réouverture de la zone franche d’Erez, le poumon économique de la bande de Gaza. Par l’entremise d’Ankara, Israël a, quant à lui, rétabli des contacts avec deux puissances du monde musulman : le Pakistan et l’Indonésie.

Au-delà du Proche-Orient, la Turquie entend jouer un rôle de médiateur entre Occident et monde musulman, dès que l’occasion s’en présente. L’« Alliance des civilisations », initiative menée avec le premier ministre espagnol, José Luis Zapatero, et le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, qui a pour but le rapprochement des cultures, en est un exemple. L’Union européenne et les Etats-Unis ont demandé à la Turquie de faire pression sur l’Iran pour qu’il renonce à tout programme nucléaire militaire.

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