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Yumurta - L’Oeuf

lundi 28 avril 2008, par Mylène Griess

Le film commence par la mère. Elle marche seule au milieu des champs, la caméra, statique, la filme s’avancer vers nous. Elle choisit de prendre à gauche, la caméra tourne de concert et désormais la filme de dos. Elle s’éloigne vers un amas de hauts cyprès que l’on devine au loin. Un cimetière, sûrement.

Yusuf, bouquiniste à Istanbul, apprend sa mort soudaine et se rend, en roulant toute la nuit, dans la ville de son enfance, Tire. Il doit faire face à la famille, à tous les proches, qui se sont rendus dans la maison familiale, enterre la défunte, s’assied dans la cuisine, sans une plainte, stoïque, un petit sourire pour un enfant, la mine égale la plupart du temps.

Dans « Yumurta », Yusuf va peu à peu se réconcilier avec ses racines, avec une mère dont il découvre qu’elle envoyait des cadeaux de sa part à ses proches devenus lointains, avec une ex dont il découvre qu’il n’est plus amoureux, avec une ville qu’il dit pourtant avoir toujours détesté.

Des moments de poésie et des indices troublants, un évanouissement que rien ne laissait présager, des rêves obscurs de puits et de piège, le film nous embarque vers une sérénité de plus en plus certaine, grâce à la présence d’une cousine de Yusuf, Ayla, qui s’est occupé de sa maman les derniers temps de sa vie. Elle est là, un soir dans la cuisine, elle prépare le thé, elle ne l’abreuve pas de questions et le laisse parler au gré de ses envies.

Elle a un visage de sainte, des cheveux longs et noirs, un regard bleu qui interroge et lui commande d’honorer le dernier voeu : sacrifier un bélier. Demande au premier abord incongrue pour un Yusuf probablement pas très pratiquant, il finit par s’y plier et il s’y plie probablement pour contenter Ayla.

Beaucoup de finesse dans ce film pour montrer l’indiscernable, une tristesse réelle mais pas ostentatoire, l’amour des personnages, du réalisme à la fois très présent dans les décors, les accessoires et les costumes, mais aussi encore et toujours beaucoup de poésie, sans qu’elle soit difficile d’accès.

Semih Kaplanoglu mérite beaucoup mieux que d’être comparé à son compatriote et ami, Nuri Bilge Ceylan, comme on le lit actuellement dans tous les papiers parisiens. Ses problématiques et sa mise en scène le différencient déjà énormément.

Il pose de bonnes questions dans ce film, comme la place de l’individu dans la collectivité, sa propension à vouloir s’en éloigner et y revenir parfois. Magnifique scène que celle qu’il passe, la nuit, seul, aux côtés d’un troupeau de brebis, gardé par un molosse qui l’empêche de s’enfuir et gronde dès qu’il souhaite le faire. Parabole, oui, mais toute en subtilité. Yusuf pleure enfin. Nul besoin d’explication supplémentaire.

Enfin, à souligner que le film sort avec 10 copies dans toute la France, dont 3 salles à Paris. Un bel effort de la part du distributeur Les Cinémas Acacias, qui nous fait découvrir un film de toute beauté, en-dehors d’un quelconque festival. Le film a été en partie produit par l’UE avec le fonds Eurimages.

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