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Turquie : Ergenekon ou l’histoire récente d’un coup d’Etat rampant (1)

mardi 6 mai 2008, par Ismet Berkan, Sebahat Erol

La Haute Cour de Justice d’Istanbul est en train de mener, à mon sens, une des plus importantes enquêtes de toute l’Histoire de la République. Dans le cadre de cette enquête, 47 personnes sont toujours détenues dans différentes maisons d’arrêt et attendent que le Procureur dresse l’acte d’accusation et ouvre le procès.

J’ai déjà écrit maintes fois sur ce sujet d’Ergenekon, j’ai parlé des « Petit » et « Grand » Ergenekon. Au risque de me répéter, je voudrais faire quelques rappels sur des sujets que je sais que vous connaissez aussi.

Il y a des gens qui font remonter très loin les origines de ce réseau, peut-être ont-ils raison, peut-être pas, mais à mon avis, les débuts d’Ergenekon, dans le sens où nous en parlons aujourd’hui, remontent à l’automne 2001.

A cette époque, le pays était en pleine crise économique, on reprochait au Premier ministre Bülent Ecevit d’être trop vieux et de mélanger de temps en temps les mots. Un groupe de militaires à la retraite, des militaires haut gradés ayant pris leur retraite tout récemment, ce 30 août-là, entrent d’abord en contact avec les hommes d’affaires d’Istanbul. Voici leur proposition : « Que Bülent Ecevit (chef du gouvernement, ndlr)se retire en donnant pour motif son âge et sa mauvaise santé et laisse sa place au vice-Premier ministre Hüsamettin Özkan. »

Les représentants du monde des affaires font parvenir cette proposition non pas à Bülent Ecevit mais à Hüsamettin Özkan. Ce dernier refuse de les entendre et l’incident est clos.

Les généraux à la retraite entrent alors directement en contact avec Hüsamettin Özkan. A la réunion qui a lieu au cercle militaire de Bodrum en présence de militaires de haut grade toujours en fonction, la proposition est renouvelée. Et de nouveau, Özkan répond : « 
 »

Là-dessus, les militaires, lors d’une réception au palais présidentiel de Cankaya, racontent avec force détails leurs contacts à Murat Yetkin, correspondant du journal Radikal à Ankara.

Le lendemain matin, lorsque Murat me rapporte ces événements, je lui dis de demander confirmation à Hüsamettin Özkan afin d’avoir une double source pour cette information. Murat se rend donc auprès d’Özkan, se fait confirmer l’information et sur ce, il se passe plus que prévu : Özkan emmène Murat après du Premier ministre Ecevit qui apprend ainsi, de la bouche de Murat, les contacts et propositions des militaires.

Cette tentative dont on peut dire que le Chef d’état-major de l’époque, Hüseyin Kıvrıkoğlu, ne pouvait pas ne pas être informé est pour moi la première tentative de « coup d’Etat ». Cet événement, au lieu d’éloigner Ecevit du pouvoir, n’a fait que le pousser à s’accrocher encore plus à son fauteuil de Premier ministre et finalement, a visé à couper du parti Hüsamettin Özkan et jusqu’à 90 députés. C’est-à-dire que la relation de confiance absolue qui existait entre Ecevit et Hüsamettin Özkan a pris fin avec cet événement.
A la suite de ces événements, c’est-à-dire après le départ d’Özkan et l’arrivée de Şükrü Sina Gürel comme bras droit d’Ecevit, en juillet 2002, le Premier ministre Ecevit fait une proposition au Chef d’état-major Kıvrıkoğlu : « Les Etats-Unis vont entreprendre une guerre en Irak prochainement, il va se produire des événements importants, prolongeons votre mandat de Chef d’état-major. »

Kıvrıkoğlu, sachant que cette décision nécessite une loi et que le gouvernement est trop faible pour faire voter une telle loi, refuse poliment cette proposition. D’ailleurs, le Président Ahmet Necdet Sezer accueille froidement cette idée.

Cette offre n’aboutit donc pas mais Kıvrıkoğlu veut déterminer lui-même la composition de l’état-major de la session suivante et demande à Ecevit et au Président Sezer de refuser comme Chef d’état-major Hilmi Özkök, Commandant des Forces terrestres qui se prépare à prendre la tête de l’état-major. Comme justification de sa demande, Kıvrıkoğlu explique : « Il est trop indulgent face aux réactionnaires. »

Le Président Sezer n’accepte pas cette proposition. Il devient alors certain qu’Özkök va devenir Chef d’état-major. Mais Kıvrıkoğlu, utilisant son propre pouvoir légitime sans demander à personne ni conseil ni approbation, propose pour la place de Commandant des Forces terrestres qui vient de se libérer non pas, comme le veut l’usage, le Commandant de la Première Armée Edip Başer mais Aytaç Yalman, Commandant en chef de la Gendarmerie qui s’apprête à prendre sa retraite et qui a même vidé son logement pour déménager, et au poste de Commandement de la Gendarmerie, il propose Şener Eruygur.
Le gouvernement n’est guère satisfait devant ces faits accomplis mais pour éviter une crise des retraites, décide à la dernière minute de signer les décrets. Le Président aussi signe au tout dernier moment. Et c’est la deuxième tentative de coup d’Etat.

Ensuite viennent les troisième, quatrième, et cinquième, et sixième et dernière tentatives de coup d’Etat, que nous évoquerons dans l’édition de demain.

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Sources

Source : Radikal, le 04.04.2008

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