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Les quatre soeurs Dogan, impératrices des médias

mercredi 2 novembre 2005, par G. Pe.

Libération - 03/10/2005

Les quatre filles Dogan sont de drôles de dames. Tailleur impeccable et talons-aiguilles, Arzuhan, Vuslat, Hanzade et Begum alignent les diplômes et les titres honorifiques. Cette lignée de jeunes « executive women » ambitieuses pèse quelques milliards de livres turques. Leur père, Aylin Dogan, est l’une des plus grandes fortunes du pays, « le premier contributeur de l’Etat », se plaisent à souligner ses filles. Et la famille, à la tête d’un véritable empire industriel, règne sans partage sur le monde des médias du pays. Le groupe Dogan, c’est le quatrième pouvoir de la Turquie.

Situé dans la proche banlieue d’Istanbul, le Dogan Media Center, immense cube de verre et d’acier, regroupe tous les titres de la maison Dogan : huit quotidiens, dont les deux premiers, Posta et Hürriyet , vendent plus de 500 000 exemplaires chaque jour. « Chaque matin, 40 % des journaux lus en Turquie sont des journaux Dogan », précise Begum, la plus jeune, chargée du développement international de la holding. Le groupe possède également vingt-six magazines, quatre chaînes de télévision, sans compter celles du réseau câblé, trois radios. Mais aussi des maisons d’édition, des réseaux de distribution musicale, des sites Internet et des imprimeries.

Arzuhan, 40 ans, est l’aînée. A ce titre, elle siège au conseil d’administration de la Tüsiad, le patronat turc. Elle a la mainmise sur la télévision. A la tête de la chaîne d’informations Kanal D, qui détient 14 % des parts de marché, c’est aussi elle qui a conclu une joint-venture avec Time-Warner pour la création de CNN-Türk.

Pour la presse écrite, l’offre est encore plus large. De Fanatik , quotidien sportif, à Radikal, le journal de l’intelligentsia de gauche. Mais les deux vaisseaux amiraux sont Hürriyet , populaire et de centre droit, et Milliyet , plus intellectuel, situé au centre gauche. « Nous avons une audience dans tous les milieux sociaux », fait remarquer Vuslat, 34 ans. La cadette des soeurs dirige Hürriyet depuis deux ans. « Tout le monde le lit. Le leader d’opinion comme ma femme de ménage », se satisfait-elle. Hanzade, 32 ans, est, elle, à la tête de la rédaction de Milliyet , le titre avec lequel Dogan s’est lancé dans la presse en 1978.

Car au départ Aylin Dogan, le père des quatre jeunes filles, a fait fortune dans la construction. « Il a commencé dans les années 1950 dans le commerce de parkings, avec un tout petit capital donné par son père », raconte Vuslat. Aujourd’hui la holding est avec Koç et Sabanci l’une des trois plus grosses du pays et la branche médias, cotée à la Bourse d’Istanbul, réalise à elle seule un chiffre d’affaires de plus de 800 millions d’euros. Peu à peu, l’activité s’est étendue aux médias mais aussi à l’industrie, à la banque et au tourisme.

MODÈLE POUR LES FEMMES

Avec Petrol Ofisi, le groupe possède également le premier réseau de distribution d’essence du pays. Dogan détenait aussi la Disbank mais l’a revendue en avril au groupe belgo-néerlandais Fortis. « Les groupes familiaux comme le nôtre sont en train de changer et de se spécialiser », constate Vuslat, mariée à un fils Sabanci, autre immense holding du pays.

Symboles de la femme turque moderne, kémaliste et laïque, les quatre soeurs Dogan veulent aussi faire figure de modèle pour les femmes du pays. « Il y a en Turquie plus de femmes à la tête d’entreprises que dans n’importe quel pays européen, affirme Hanzade. Mais il y a de fortes disparités. Nous menons des campagnes avec le gouvernement pour la scolarisation des jeunes filles dans l’est du pays. »

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