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Istanbul : envoûtante gardienne de cultures

samedi 5 juin 2010, par Anne Pélouas

Bouillante de vie, Istanbul a une histoire et des chefs-d’œuvre architecturaux à faire pâlir d’envie les plus grandes villes du monde. Portrait de charme de la métropole turque.

Capitale européenne de la culture en 2010, Istanbul a rénové pour l’occasion plusieurs monuments prestigieux, dont le palais ottoman Topkapi et la basilique Sainte-Sophie. Cette œuvre imposante qui a 1500 ans est le plus fier exemple des trois empires (romain, byzantin et ottoman) qui se sont succédé, avec Istanbul pour capitale dans les deux derniers cas. Byzance, devenue Constantinople, puis Istanbul, est aussi surnommée la « Sublime porte », entre Europe et Asie, Occident et Orient, avec le détroit du Bosphore pour frontière. L’élément « eau » y est de fait omniprésent. On comprend l’exceptionnelle situation géographique de la cité en grimpant sur l’une de ses sept collines. Elles dominent le détroit du Bosphore (reliant la mer Noire à la mer de Marmara pour s’ouvrir sur la mer Égée) et l’estuaire de la Corne d’or, qui sépare la partie historique de la ville de ses quartiers plus modernes.

Les deux pieds dans l’histoire

En quatre jours (en complément d’un voyage ailleurs en Turquie ou en Europe), on n’a guère le temps de s’épivarder. On peut tout de même sillonner la vieille ville, surtout en logeant sur place, faire une excursion dans le Bosphore et une autre dans la Corne d’or, avec des moyens de transport (métro, bus, tramways, bateaux) faciles d’accès.

Le cœur historique occupe une péninsule avec fenêtre sur le Bosphore. C’est le quartier à privilégier, les principaux monuments de la ville s’y trouvant. Dès le premier jour, après un solide petit-déjeuner turc (de pain, d’œufs, d’olives et de tomates), on démarre en grand par la visite de l’imposante basilique byzantine Sainte-Sophie, que l’empereur romain Justinien avait voulu église chrétienne... Sous sa coupole de 56 mètres de haut, de superbes mosaïques sont visibles de près depuis la galerie supérieure, accessible par un couloir pavé de marbre.

Un peu à l’écart, la Petite Sainte-Sophie vaut aussi le détour. Entourée d’un jardin ombragé, avec un intérieur respirant la sobriété, ce sanctuaire byzantin (et plus ancien lieu de culte depuis l’époque byzantine) a été converti en mosquée au XVIe siècle.

La balade dans les ruelles environnantes de Sultanahmet offre son lot d’images du quotidien stambouliote : ici, un chat roulé en boule sur un tas de tapis ; là, un vendeur de cerises ambulant ; ici, la fontaine aux ablutions de la petite mosquée Sokollu, où un homme se lave les pieds avant la prière ; là, des enfants qui jouent devant un alignement de vieilles maisons de bois...

En après-midi, la chaleur nous pousse vers la rafraîchissante Mosquée Bleue. Son élégance extérieure, avec sa cascade de coupoles et ses six minarets effilés, n’a d’égale que la richesse intérieure de cette construction du début du XVIIe siècle, ornée de 20 000 carreaux de faïence d’Iznik ! Attenant à la mosquée, le Musée des mosaïques byzantines donne à voir une belle collection de pièces rares.

À l’heure de l’apéro, en route vers le haut pour prendre l’air en ayant vue sur le Bosphore ! Le raki, boisson nationale d’eau-de-vie à l’anis, est de rigueur. On le déguste avec des mezze, dans le confort de la terrasse du très chic Four Season Hotel avant d’aller souper sur une autre des multiples terrasses occupant les toits des restaurants du quartier.

Palais, café, bazars

Le lendemain, départ à pied pour le Palais de Topkapi, au bout de la péninsule. Il y domine la Corne d’or, l’entrée du Bosphore et de la mer de Marmara. La résidence et le siège administratif des sultans ottomans pendant 400 ans compte quatre cours en enfilade et une longue série de bâtiments renommés pour leur richesse architecturale, leurs faïences et leurs mosaïques. Le clou de la visite est assurément le harem, véritable labyrinthe où vivaient 500 concubines et eunuques. Dans ce dédale de couloirs et de patios, on découvre de magnifiques persiennes, peintures murales, tapis, portes sculptées ou incrustées de nacre, salles de bains en marbre... Le salon impérial et la chambre des princes sont sublimes. Tout comme les salles contenant les trésors des sultans, à l’extérieur du harem.

En après-midi, direction la Corne d’or : avec un jeton de tram, on rejoint l’embarcadère des vapurs d’Eminönü. Ces navettes maritimes permettent de passer d’une rive à l’autre ou de remonter l’estuaire pour rejoindre le quartier Eyü, juste à l’extérieur des remparts. De là, on grimpe la colline en funiculaire pour admirer le paysage, surtout au coucher su soleil, depuis la terrasse du Café Pierre Loti, nommé en l’honneur du romancier français, tombé sous le charme d’Istanbul. À pied, on redescendra la colline vers le sud, à travers un immense complexe religieux de cimetières et de mosquées, constituant un haut lieu saint de l’islam.

Au jour 3, pause stambouliote pour une virée sur le Bosphore (voir l’encadré à gauche) avant de revenir en ville. Du débarcadère d’Eminönü, on est à deux pas du coloré Bazar égyptien, avec ses montagnes de loukoums, de fruits secs et d’épices. Les amateurs d’artisanat fileront plutôt vers le Grand Bazar et ses caravansérails voisins. Le bazar a 540 ans d’âge et 4000 commerçants sur 64 rues qui offrent à grand renfort de harangue de touristes tapis, bijoux, cuir et pacotilles en tout genre...

Pour se reposer du bruit et de la chaleur ambiante, l’expérience d’un bain turc est tout indiquée (voir l’encadré) ! On est fin prêt ensuite pour retrouver le brouhaha extérieur et attaquer la soirée.

C’est au son d’une enivrante musique soufie qu’on soupera alors, si possible en plein air, avec en prime un spectacle de derviche tourneur. Tout de blanc vêtu, le danseur tourne sur lui-même avec grâce pendant de longues minutes. Cette entreprise d’élévation spirituelle hypnotise les spectateurs à coup sûr !

Sur les deux rives de la Corne d’or

Dernière journée à Istanbul ? Il ne faut pas manquer la visite, à l’ombre des remparts de Théodose, de l’église Saint-Sauveur-de-Chora. Toute en briques et en marbre rose, l’église-musée abrite les plus remarquables fresques et mosaïques byzantines de la ville. L’imposante mosquée Süleymaniye, conçue par l’architecte de trois empereurs Mimar Sinan, est aussi un incontournable !

Pour une courte incursion sur la rive orientale de la Corne d’or, il faut traverser le pont de Galata, puis trouver l’entrée du funiculaire de Tünel ou monter à pied par des ruelles tortueuses jusqu’à la tour de Galata, construite en 528 sous le règne de l’empereur Justinien. De son sommet, on jouit d’une autre vue panoramique sur la ville et le Bosphore.

En fin d’après-midi, dans la vieille ville, on peut aussi se rafraîchir les esprits en plongeant dans l’antre de la Citerne-Basilique, immense réservoir souterrain d’eau douce pour les anciens palais voisins. On y déambule sur des passerelles de bois au milieu d’une forêt de 336 colonnes de marbre ayant les pieds dans l’eau !

Histoires d’eau

Une croisière sur le Bosphore comme une visite au hammam sont les meilleurs moyens de s’éclipser de la vie trépidante de la cité. Du départ des ferrys à l’embouchure de la mer Noire, le détroit du Bosphore n’a que 33 km de long et de 500 m à 3 km de large. Dans cette voie de transit maritime avec la mer Égée, le ferry navigue d’une rive à l’autre, s’approchant ici du palais opulent de Beylerbeyi (sorte de château de Versailles, version baroque oriental), là d’élégantes villas de bois ou yalis, anciennes résidences d’été de vizirs et de notables. Les petits villages pittoresques s’égrènent jusqu’à un passage étroit surplombé, côté européen, par la forteresse que Mehmet le Conquérant cons­truisit pour prendre Constantinople. Le long serpent de pierres de l’enceinte court à flanc de colline.

À Kanlica, sur la rive orientale, la fébrilité est dans l’air. Des porteurs transbordent sur le bateau de gros cartons de yaourts crémeux, spécialité de l’endroit, que les passagers s’arracheront dès qu’on aura quitté le quai ! À Rumeli Kavagi, sur la rive européenne, certains descendent pour rejoindre une belle plage bordée de restaurants, avant l’entrée en mer Noire. En face, le village d’Anadolu Kavagi abrite restaurants et casernes militaires. On s’y dégourdit les jambes quelques heures en montant jusqu’au Château Gênois, une forteresse en ruine qui offre une vue imprenable sur le détroit et l’embouchure de la mer Noire.

De retour à Istanbul par la voie des eaux, on ne résiste pas à la force d’attraction du Bazar égyptien et du Grand Bazar, tout en rêvant d’une fin de journée paisible. Direction : le hammam de Çemberlitas, construit sous l’empire ottoman. De paix, il y aura peu, mais l’expérience revigorera pour la soirée ! Dans le spacieux hararet, salle de sudation toute en rondeurs, le marbre est roi. Au centre, une pierre ronde et surélevée accueille les corps au repos sous le pagne. En périphérie, dans des alcôves, des fontaines permettent de s’asperger d’eau fraîche. L’expérience du bain avec un tellak est quasi sadomasochiste. La matrone de service (côté femmes) vous enjoint de vous rapprocher du bord de la pierre centrale. Commence une séance musclée de nettoyage au savon noir de la tête aux pieds, suivi d’un frottage énergique au gant de crin, avec tapes dans le dos ou sur les cuisses pour vous ordonner de vous tourner illico presto. La détente viendra après... seulement, quand elle vous aura renvoyé sans plus d’égard. C’est alors que votre corps rendra grâce dans l’humidité ambiante, puis dans une salle plus tempérée, en sirotant un bon thé à la pomme !

Anne Pélouas (collaboration spéciale)

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Sources

Source : Le Soleil , Québec, du 31 mai 2010

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