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Haro sur les vieux discours !!!

mercredi 13 juin 2007, par Baskın Oran

Allez admettons que tu ais été élu. Que feras-tu donc ? Tu ne pourras même pas prendre la parole en séance pleinière. Il en va ainsi des indépendants selon le règlement intérieur de l’Assemblée”, me dit-on.

Bien, si l’on ne me permet pas de monter en tribune, je passerais à côté et j’organiserais une conférence de presse : “voilà ce qu’on ne m’a pas permis de dire. Prenez note.

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Et puis, il faut dire que si j’entrais à l’assemblée, il y aurait aussi bon nombre d’indépendants. Comme on trouve sur les autres listes, histoire de faire bien, pas mal de candidats qui pensent peu ou prou comme moi.

Il n’en demeure pas moins qu’une seule personne peut largement suffire à affecter la perception de tous ceux qui récitent leur « cathé » politique. Parce qu’ici l’essentiel reste de déconstruire les discours tout faits. Et ici en Turquie, hormis le Parti Ouvrier de Turquie en 1965, on ne s’en est jamais pris à la logomachie qui imprègne les discours de la classe politique turque ; le résultat, nous l’avons sous les yeux. Un grand service rendu à la nation. qui mérité vraiment de passer à la postérité.

Mais rentrons donc en Irak pour nettoyer ce nid de terroristes.” Tu briseras de genre de discours : “Ce n’est pas le PKK que tu crains mais la fondation d’un Kurdistan indépendant. Si tu le redoutes parce que tu sais qu’il n’apportera ni paix ni bonheur à tes propres concitoyens kurdes, alors arrête et débarrasse toi de cette mentalité qui fait obstacle au simple chant poussé en langue kurde. Le problème irakien n’est pas une question internationale mais un problème interne.

Ils s’écrient : “La Laïcité fout le camp”. Tu briseras la chanson : “ Cette dispute n’est pas une dispute entre laïques et religieux. Elle se développe sous la forme d’une lutte entre le capital provincial d’une nouvelle bourgeoisie et vous qui ne souhaitez la voir en aucune cas comme une partenaire du pouvoir que vous détenez. Mais ne t’avise pas, en utilisant les bêtises de ceux d’en face de faire peur aux gens en présentant la question sous le jour d’un danger véhiculé par la charia.

Seulement, il est une précondition impérative en matière de lutte contre les discours tout faits : il faut faire preuve de cohérence. Car s’attaquer aux refrains des adversaires et ne pas toucher à ceux de ses supporters représente un méchant recul. Je vais vous donner quelques exemples.

Les nationalismes antagonistes

Tu commenceras par dire que la phrase suivante relève du plus pur séparatisme (ou du moins du meilleur exemple d’appel à la division) : « tous ceux qui s’opposent à la devise kémaliste “heureux celui qui se dit turc” est un ennemi et restera comme tel ».

Tu critiqueras sans rémission le nationalisme turc ; tu feras de l’emploi du terme “Turc” comme identité supérieure une attitude officiellement séparatiste. Cela devrait suffire à les choquer. Tu poursuivras en leur demandant s’il convient de turquifier de force les millions de citoyens turcs qui ne sont pas ethniquement turcs et qui refusent de se définir ainsi.

Mais tu t’empresseras ensuite d’enchaîner sur le nationalisme kurde. Si “le nationalisme de la nation oppressante” est mauvais et celui de “la nation opprimée foncièrement bon” alors empresse toi de m’expliquer comment ceux qui avaient été les opprimés jusqu’au 14 mai 1948, jour de la fondation de l’Etat d’Israël, sont passés en moins de 24 heures dans le camp des oppresseurs.

Et tu poursuivras... Les Kurdes et les Alevis proclament ne pas être des minorités mais des éléments fondateurs de la République. Dans ce cas, tous ceux qui ne sont ni Kurdes ni Turcs sont-ils d’un rang secondaire et inférieur ? Alors que nous avons affaire à ces Turcs blancs, ne seraient-ce pas là des Kurdes blancs qui chercheraient à gagner le devant de la scène ? A quel genre d’égalitarisme avons-nous donc affaire ici ? Et les Tcherkesses par exemple ? Qu’adviendra-t-il donc de ces non-musulmans qui furent le seul groupe d’entrepreneurs capables de tenir l’économie ottomane puis turque à bout de bras jusqu’à ce que l’impôt sur la fortune et tout ce qui devait suivre (mesures discriminatoires contre les non-musulmans) ne viennent les épuiser ? Des non-citoyens très certainement ?

Tu affirmeras : je suis contre l’emploi de la violence. Quel que soit celui qui y a recours. Quel que soit le premier à l’utiliser. Parce qu’il n’est pas de fin à des disputes du genre “ non c’est pas moi qui ai commencé, c’est toi.

Le problème du foulard

Il est tant d’exemples que l’ensemble des pages web de Turquie Européenne ne pourrait les contenir tous. Dans les pays développés, on prend pour un fou celui qui ose se mêler de la façon dont s’habillent les étudiants à l’Université. Ceux-ci ne sont que les jumeaux de ceux qui en Iran n’acceptent pas les filles découvertes à l’Université. Tous leurs efforts visent à contrôler les masses en faisant de la laïcité une sorte de “laïcisme”. Si tu poses la question, ils te répondront qu’il ne peut être de foulard dans les espaces publics / les bureaux de la fonction publique. Et immédiatement, tu interrompras cette logorrhée : enferme donc chez elles toutes les femmes voilées qui se promènent dans la rue, cet espace public par excellence ! Et puis toutes les femmes voilées sorties quérir quelques timbres au bureau de poste du coin.

Lors de ma conférence de presse, je me suis permis de compter les femmes musulmanes parmi les catégories opprimées et exclues. Il en fut pour s’en offusquer. Mais elles aussi sont sans défense ; et il n’est que des candidats de gauche indépendants comme moi pour être en mesure de les défendre. Et ce, pour au moins deux bonnes raisons :

1) Les religieux souhaitent, au-delà des étudiantes, que les professeurs femmes revêtent le voile également. Or, là une distinction s’impose : celle opérée entre celui qui rend le service et celui qui en bénéficie. Le second peut revêtir ce qu’il veut. Le premier ne le peut pas parce qu’il est un représentant de l’Etat.

2) Les religieux ne défendent pas le droit de mes étudiantes à porter des mini-jupes. Ils vont même jusqu’à se mêler de mon raki qu’ils souhaitent interdire. Ce sont bien des gens incohérents, seulement susceptibles de porter atteinte aux droits des leurs, tant ils sont en mesure de nourrir cette peur qu’entretiennent les “laïcistes”.

Le Président Sezer n’a pas jugé bon d’inviter à ses réceptions les députés dont les épouses étaient voilées. He bien moi si j’étais élu député, je me permettrais de déchirer cette invitation devant les caméras. Avec la force de quelle conviction me demanderez-vous ? De mon appartenance à la “gauche indépendante”. Mais aussi de cela : tout le monde saura que le jour où, dans les réceptions présidentielles, on supprimera le service de boissons alcoolisées, je quitterai cette réception sur le champ pour aller me fendre d’une déclaration priant tout particulièrement le Président de la République, de ne plus jamais m’inviter à de telles rencontres.

Il n’y a que dans la cohérence que tu peux être convaincant et que tu peux ainsi te rendre utile que ce soit auprès de tes camarades et supporters ou bien de ton pays.

Laissons donc tomber la logomachie, soyons cohérents

Lors de ma conférence de presse, en énumérant les diverses catégories d’opprimés et d’exclus, j’ai rangé dans les “identités sexuelles” à la fois les femmes, les travestis et les homosexuels. Et si demain des féministes se décidaient à protester de ce que je les ai classées dans la même catégorie que les travestis et les homosexuels, je me permettrais de réagir vivement à l’endroit de ces personnes que je tiens en haute estime. Parce que c’est sans doute l’une des pires choses que de voir un groupe d’exclus se dissocier et rejeter un autre groupe d’exclus. Or en agissant de la sorte, il en est des vôtres qui protesteront mais la grande majorité vous appréciera et vous renouvellera son indéfectible soutien. Pour une seule raison : vous avez fait preuve de cohérence. La cohérence, c’est l’essentiel.

Malheureusement, cette situation imaginaire pourrait bien être vraie. Cet ordre des choses aliène en fait les exclus et les opprimés étrangers à leurs propres catégories. Ces gens peuvent très bien ne s’intéresser à personne d’autre qu’à eux-mêmes et ne viser au final que leur propre salut. Certains Alévis comme certains Kurdes peuvent souhaiter qu’il n’y ait que des Alévis ou des Kurdes pour les représenter à l’assemblée. C’est dire qu’ils sont en fait des instruments de la discrimination dont ils sont victimes.

Le suicide est libre. Mais pas le fait de blesser ses propres communautés et la Turquie.
Surtout que personne ne cherche à s’appuyer sur l’épaule de l’autre pour sauver sa propre mise. Que personne ne cherche à se représenter lui-même.

Nous ne sommes pas en haute mer. Non ; nous vivons ici en Turquie dans ce pays où nous essayons d’élaborer centimètre après centimètre une méthode extraordinairement spécifique grâce à cet impératif de cohérence. Et par pitié, ne la détruisons pas.

Le Turc défendra le Kurde, le Kurde l’Arménien, l’Arménien le Tzigane, le Tzigane le Tcherkesse, le Tcherkesse le chômeur, le chômeur les femmes, les femmes les Alévis, les Alévis les homosexuels,...etc...
Voilà l’objectif.

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