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France affligée, Turquie affligée

lundi 17 décembre 2007, par Marillac, Murat Yetkin

Le fait que le ministre des Affaires étrangères turc Ali Babacan reconnaisse que les récents agissements de la France à Bruxelles ont affligé la Turquie explique en fait les raisons du lifting engagé récemment par la diplomatie française. Il est bien évident que les autorités française n’appelleront pas cela un lifting mais une tentative d’expliquer leurs positions.

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Or si un pays tente de s’expliquer sur ses propres options, cela peut tendre à faire penser qu’il éprouve une difficulté du genre non imputable à l’autre partie. Et depuis quelques jours, l’essentiel du cycle d’entretiens que nous menons avec quelques confrères en France auprès des responsables du parti au pouvoir comme de ceux de l’opposition sans oublier quelques think tanks locaux n’ont en fait pas d’autre objectif que celui de faire savoir à l’opinion turque par l’intermédiaire de nos médias qu’en définitive la France est en train d’adoucir sa position en ce qui concerne Ankara.

Au premier coup d’œil, voilà une tentative dans laquelle il semble bien difficile de faire la part du lard et du cochon. Parce qu’il y a seulement une semaine, le Président Sarkozy n’a pas manqué de rappeler lors d’une session à huis clos du Parlement europén qu’il était absolument opposé à l’adhésion de la Turquie à l’UE et qu’il convenait de développer des relations de proximité avec la Turquie dans le cadre d’un partenariat privilégié.

La personnalité qui a fait ces révélations n’est autre que le social-démocrate allemand, Martin Schulz. Il a alors demandé au Président Sarkozy la raison de son refus d’opposer un veto au processus de négociations avec la Turquie. Sans obtenir de réponse ni précise ni satisfaisante d’ailleurs.

Le conseiller de Sarkozy pour les affaires européennes, Fabien Raynaud a précisé. « J’étais moi aussi là-bas et ce n’est pas ce qu’il s’est passé. Sarkozy aurait pu stopper les négociations. Et il aurait reçu un soutien appuyé de l’opinion française. Cependant il a voulu que celles-ci se poursuivent. Mais sans que l’on fasse référence à cinq chapitres directement liés à l’adhésion. Et on ne sait pas ce qu’il adviendra de ces chapitres dans l’avenir. »

Il s’agit là d’un point de vue particulièrement intéressant. Ils ne l’avouent pas ouvertement mais l’entourage de Sarkozy s’attend à ce qu’Ankara se montre tout particulièrement reconnaissante de cette autorisation faite par Paris de l’ouverture de deux chapitres. Or on peut comprendre des propres mots des politiciens français qu’il n’en va pas tout à fait ainsi.

Sarkoziennes acrobaties

Par exemple, le président de la Fondation Jean Jaurès, Alain Chenal nous explique que Sarkozy ne se trouve pas dans une situation confortable en raison de son attitude envers la Turquie.

La France sera en charge de la Présidence tournante de l’UE lors du second semestre 2008 et Paris n’entend pas devenir la cible privilégiée qu’elle pourrait devenir face à des pays partenaires comme l’Angleterre, l’Espagne et l’ Italie en cas de veto opposé aux négociations turques.
« Voilà un peu la raison de son invention d’une Union méditerranéenne », poursuite Chenal. « Il croit les Turcs suffisamment naïfs pour s’en contenter. Il veut en fait s’imposer comme une sorte de patron des anciennes colonies françaises d’Afrique du Nord auprès de l’Europe. Mais sans consulter Bruxelles tout en se servant de ses subventions. C’est un nouveau type de comportement colonial. Et bien évidemment que Bruxelles n’est pas dupe. Pour cette raison, la diplomatie française redouble d’efforts pour remplir ce concept d’Union Méditerranéenne. »

La porte-parole des Affaires étrangères, Pascale Andreani attire notre attention sur le fait que cette évolution de l’attitude de Sarkozy vis-à-vis de la Turquie – le fait qu’il ait promis de s’opposer à la Turquie sans pour autant avoir osé le faire une fois au pouvoir – a suscité des réactions politiques en France. « Il faut du temps pour que l’opinion publique française s’habitue à la Turquie », rappelle-t-elle. Mais quand on lui rappelle qu’il est également une opinion publique en Turquie, elle ne fait pas autre chose que d’opiner. Elle tient pour un progrès capital le simple fait que la Turquie et la France aient commencé de discuter.

En fait, c’est un développement important que de les voir aujourd’hui prendre conscience de ce que le fait que leurs affaires avec la Turquie tournent à l’aigre à cause de l’UE puisse porter atteinte non seulement à leur agenda européen mais aussi à leurs relations bilatérales avec la Turquie. De le même façon, il est à noter que la mobilisation des milieux d’affaire dans la perspective de l’année de la Turquie en 2009 n’est pas étrangère à cette prise de conscience (Il ne faut pas oublier que cette année 2007 qui fut si difficile fut aussi l’année de l’Arménie. Et il n’est pas à exclure que, même si une personnalité comme Luc Ferry affirme que ce chapitre est clos aujourd’hui, la question arménienne puisse resurgir à l’occasion des élections municipales du printemps prochain).

Jacques Blanc, le coprésident du groupe d’amitié parlementaire France – Turquie a beau affirmer que les relations économiques ne souffriront pas des aléas politiques, les autorités n’ont pas l’air de souhaiter que, dans l’intervalle nécessaire à renouer de bonnes relations, les projets économiques et politiques turcs ne se traduisent par une perte sèche pour la France.

Mais n’en demeure pas moins que si l’identification du problème et la recherche de solutions sont en soi de bonnes choses, elles ne suffisent pas. Les dernières remarques de Babacan sur l’attitude de Sarkozy en sont le signe le plus évident. Il est évident qu’il est encore de la route à parcourir.

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Sources

Source : Radikal, le 22-11-2007

- Traduction pour TE : Marillac

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