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Sarkozy, la France et la Turquie

lundi 7 mai 2007, par Haluk Sahin, Marillac

© Marillac et Turquie Européenne pour la traduction

© Radikal, le 05/05/2007

Nous avons beau faire du patinage sur les pistes boueuses de notre scène politique interne, le monde n’en continue pas moins de tourner. Demain est attendu un événement qui devrait plus intéresser la Turquie que la date de ses élections anticipées : la France élit son Président.

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Et quel dommage que la couronne du vainqueur n’aille très probablement pas à cette candidate socialiste au visage souriant, Ségolène Royal, mais à son concurrent, la conservateur à la physionomie de si mauvais augure, Nicolas Sarkozy !

Bien sûr que l’essentiel ne se tient pas dans la physionomie de Sarkozy ; mais bien plutôt dans ce qu’il a en tête et notamment en ce qui concerne la Turquie.
Disons le sans détour : l’élection de Sarkozy à la Présidence de la République française représente une menace très sérieuse pour la Turquie.

Et la raison n’en est pas seulement qu’il se prononce de façon militante contre toute perspective d’adhésion de la Turquie à l’UE. Cela le regarde en fait.

Sarkozy et la crise turque

Non, le problème est que la Turquie aurait pu supporter une telle opposition en d’autres temps. Le problème est que la funeste hostilité que Sarkozy voue aux Turcs se manifeste à un moment où la haine anti-occidentale n’a sans doute jamais été aussi forte en Turquie.
La question est donc la suivante : où peuvent donc nous conduire les provocations de Sarkozy dans ce contexte de haine couvée ? Qu’allons-nous donc devenir ?
Il est clair que cette question n’interroge pas que la seule Turquie mais bien l’ensemble de l’Europe. L’autre jour, lors d’un débat télévisé, Sarkozy a encore une fois proclamé que son opposition à la Turquie sur la question européenne était absolue. « La Turquie n’est pas en Europe. Pourquoi devrait-elle rentrer en Europe ? » (Nous ne serions pas en Europe mais en Cappadoce !!!). Or la Turquie a au moins 6 % de son territoire en Europe. On ne lui a pas demandé pourquoi l’île de Chypre qui n’a pas un seul centimètre carré de son territoire en Europe avait pu adhérer à l’UE. Il ne s’agit ni plus, ni moins que de la réitération de ce désormais célèbre et épuisant double standard !
Que faire ?

Sarkozy constitue une inestimable opportunité pour tous les anti-occidentaux de toute sorte dans notre pays. Ils se réjouiront tous de son élection. Bien, mais alors qu’est-ce que peuvent faire tous ceux qui, chez nous, souhaitent s’opposer à la montée continue de cet anti-occidentalisme ?

Suspendre les négociations ?

La première chose qui nous vient à l’esprit, c’est de suspendre nous-mêmes les négociations d’adhésion de la Turquie avant que ne commencent les attaques d’un Sarkozy qui risquent de peser nerveusement. Un tel geste viendrait flatter notre ego et rendrait, par anticipation, complètement absurdes les coups portés par Sarkozy. La situation tendrait alors à l’équilibre avec les déclarations des adversaires de Sarkozy, à la fois en Europe et dans le monde (et croyez-moi que leur nombre n’est pas à négliger). Un tel geste pourrait même contribuer à faire baisser l’intensité de l’anti-occidentalisme. Au lieu des généralités abstraites du genre « Europe » ou « Occident », les gens commenceraient alors à rejeter la démagogie sarkozyesque. Et dans le même temps, on pourrait très bien développer, avec certains pays d’Europe, des relations d’une proximité à rendre fou le Président français.

Il n’en demeure pas moins qu’une telle possibilité peut être perçue comme une sorte de défaite. D’après moi, il est préférable que la Turquie, sans perdre son sang froid, se mette à attendre les manœuvres de Sarkozy pour tenir, si nécessaire, le rôle de la victime. Laissez-le donc faire, qu’il s’épuise !!! Qu’il avance ses propositions, qu’il remplisse le cadre vide de son « partenariat privilégié » et qu’il convainque les autres membres de l’UE ! Le droit est du côté de la Turquie. Tous les paraphes et ratifications effectués depuis 45 ans ne l’ont pas été en vain. L’un des personnages responsables de l’invitation faite à la Turquie de se joindre au projet européen n’est autre que Charles de Gaulle dont Sarkozy brigue la place. Considérez donc la chute qui, du géant, nous précipite tout droit aux pieds du nain !!!

Et si demain en suivant les informations, c’est bel et bien Sarkozy qui l’emporte, ne vous énervez pas. La Turquie est un grand pays. Et en outre, l’Europe comme la France ne se résument pas au seul Sarkozy.

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