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Que le rêve de Hrant devienne réalité !

samedi 17 février 2007, par Ara Arabyan, Marillac


© Marillac et Turquie Européenne pour la traduction
© Radikal 29/01/2007

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L’assassinat de Hrant est une tragédie. Mais la société turque a désormais la possibilité de s’appuyer sur cette tragédie même pour lancer un processus de changement vers un avenir plus radieux.

La dernière fois que j’ai rencontré Hrant, c’était dans les premières semaines d’octobre 2006. J’étais venu à Istanbul pour une courte période afin de régler une affaire. Je souhaitais donc rendre visite à Hrant pour lui demander son avis sur quelques questions.
Tout le monde discutait alors de cette loi de pénalisation de la négation du génocide arménien en France. Je l’ai rencontré dans son bureau d’AGOS. Il m’a paru épuisé et inquiet. Dépourvu de son énergie, de son enthousiasme habituel. Je lui en demandais la cause. Il considérait le vote de cette loi de pénalisation comme quasi acquis et m’avoua que cela l’affligeait profondément. Et moi, partisan de ce type de législation, je lui demandais pourquoi il s’affligeait autant. Il me dit alors qu’il s’inquiétait de la réaction qui allait pouvoir se développer en Turquie en réponse à ce vote comme des conséquences néfastes qu’elle ne manquerait pas d’avoir sur le processus démocratique en cours en Turquie.
Il ajouta que du strict point de vue de la liberté d’expression, il était également opposé à une telle loi. Je lui répondis que je ne partageais pas toutes ses idées, lui précisant que ses inquiétudes à l’endroit de la démocratie en Turquie n’étaient pas fondées. C’est à ce moment-là que le téléphone se mit à sonner : c’était sa femme Rakel qu’il aimait plus que tout au monde. Il lui a également fait part de ses inquiétudes. Pour autant que je me souvienne, Rakel lui a demandé de ne pas se faire de souci : tout irait pour le mieux. Ce jour-là, Hrant s’est mis à sourire lorsque nous avons parlé de son petit-fils de quelques mois.

Et puis en quittant AGOS, et en marchant sous une pluie fine dans les rues d’Istanbul, je me suis mis à penser à cette façon si profonde et si vraie dont Hrant était attaché à son pays.
A moi, Arménien de la diaspora, il me disait que son souci primordial c’était la démocratie en Turquie.
Ce jour-là, j’ai compris combien Hrant pouvait être vrai et sincère au travers de tous ses écrits.
Lorsqu’au matin du 19 janvier, j’appris l’horrible nouvelle, là-bas sur la côte ouest des USA, je me suis tout de suite souvenu de notre dernier entretien.

Et dans le même temps, c’est la figure du légendaire défenseur américain des Droits de l’Homme, Martin Luther King qui s’imposa à moi. Je me suis souvenu de son célèbre discours de 1963 : « I have a dream. » Tout comme King, Hrant avait un rêve pour la Turquie. Turc, Kurde, musulman, chrétien, sunnite ou alévi (chiite), il souhaitait que tout le monde en ce pays puisse vivre humainement et fraternellement, dans la paix et l’égalité.

King avait reçu le prix nobel de la paix en 1964. En 1968, il nous était arraché par un lâche attentat.
Son rêve est devenu réalité, mais il ne l’a pas su. Il ne l’a pas vu. Sa mort prématurée a plongé sa famille et sa communauté dans une profonde tristesse mais dans le même temps, elle a permis, en créant un choc au sein d’une grande partie de la société américaine d’accélérer les évolutions dans la bonne direction.

Aujourd’hui, c’est bien le seul espoir que l’on puisse tirer de l’assassinat de Hrant. Si cet acte horrible permettait de faire avancer la société turque plus rapidement vers la démocratie et l’égalité, alors, le monde, l’Europe et la communauté arménienne, tous ensemble, nous pourrons dire, des années après, que « non, Hrant n’est pas mort pour rien ».

Nobel de la paix

Hrant était encore jeune. Il avait encore beaucoup à accomplir. Aurait-il vécu qu’il aurait eu une chance un jour de se voir décerner le Prix Nobel de la paix. Il sera difficile de lui succéder. C’était un homme aux qualités rares. C’est une immense tragédie pour sa famille, sa communauté et tous ses amis. Mais désormais, la société turque dispose de l’occasion unique de s’appuyer sur cette stratégie pour initier une transformation salutaire.
La Turquie doit se mettre en marche pour réaliser les rêves de Hrant. Elle ne doit pas permettre que sa vie et sa mort n’aient servi à rien. Adieu Hrant, très cher ami. Tu nous as quitté. Mais tes rêves sont là, à nos côtés.

- Ara Arabyan (professeur à l’Université d’Arizona)

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