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La Turquie foire le livre

mercredi 25 mars 2009, par Marillac

« A Turquie Européenne, nous travaillons beaucoup. Mais il faut voir à quelles montagnes nous nous attaquons », me lançait un ami récemment. Et mon dieu, qu’il avait raison.
Ce sont d’une part une indifférence mâtinée de mépris du côté européen et français. Une indifférence mâtinée d’ignorance du côté turc.

Et au milieu, un petit village celte qui résiste encore… avec son barde blanc, son druide barbu, son Obélix ronchon, son chef céleste. Son Astérix, des plus rusés et ses douze travaux d’Hercule : c’est d’ailleurs l’impression qui dominait en moi lorsque je quittais le salon du livre de Paris il y a un peu plus d’une semaine.

« As-tu vu les stands turcs ? », ne cessaient de me demander les plus attentionnés des amis que je croisais. Pourquoi ? Aurais-je dû les voir ? La Turquie, n’y suis-je pas assez tous les jours, ne serait-ce qu’en pensée ? J’étais aussi bien sur le stand du Bénin ou de la Bretagne. Simples, sobres, accueillants. Riches.

Il a pourtant bien fallu que je me résigne à aller visiter ces fameux stands turcs. Oui, ces. Démonstratif pluriel. La Turquie avait décidé de miser sur le livre et la culture en investissant massivement. Histoire de se donner une image « moderne » susceptible de la faire grimper dans l’estime des Européens. Après tout, le livre n’est-il pas le média par excellence d’une culture moderne, d’un esprit raffiné, d’un certain humanisme ?
Jusque-là tout va bien. L’investissement est pertinent. 150 mètres carrés de stands contre à peine 30 à la République tchèque ; voilà un pays qui a compris où se tient la véritable richesse. Sa véritable richesse.

Et imaginez un pays qui, pour une telle opération, ne se contente pas de solliciter son seul gouvernement. Mais aussi sa chambre de commerce et d’industrie ainsi que la mairie d’Istanbul. Un trident de choc censé marquer de son empreinte un salon du livre dont la prochaine édition aurait pu faire de la Turquie son invitée d’honneur. Pour clore la saison de la Turquie en France. Pour annoncer qu’Istanbul sera la capitale européenne de la culture en 2010.

Bon, je me mets en quête. Du graal. Je me fourvoie comme tout un chacun dans le fatras des allées et des venues que symbolise à l’envi un logo « Turkey » alambiqué à souhait. L’image est là, l’étiquette est manquée. Pour un grand du textile, c’est ballot.

Au détour d’une allée, je demande donc ma route en faisant escale dans l’échoppe d’un fleuriste spécialisé dans la tulipe hollandaise. Euh, non… turque. Enis Batur aurait-il été convié qu’il aurait pu nous l’enseigner : le détour connaît des errances parfois salvatrices. Me voilà bien involontairement échoué sur le stand de la chambre de commerce et d’industrie de Turquie. Outre les tulipes d’un rouge carmin, le design pourrait rappeler l’intérieur d’un appartement style “Orange Mécanique”. De rayonnages, il n’est en fait que quelques traits en arrière-plan portant un impressionnant alignement encyclopédique intitulé « the Turks ». Là, une biographie d’Atatürk. En turc. Ici une monographie sur Sainte-Sophie. En anglais. Voulez-vous prendre un thé ? Non, merci. On m’attend un peu plus loin.
Je passe. Au stand du gouvernement turc. Espaces, vides, tulipes et fauteuils d’une très hiératique verticalité. Pour les ouvrages ma foi, un capharnaüm indescriptible qui me rappelle, en moins bien, les étals de mon bouquiniste de rue préféré à Istanbul… Ville sur le stand de laquelle je passe encore plus vite et plus loin, le concepteur n’ayant même pas pris le soin de traduire le titre : « Istanbul Büyüksehir Belediyesi ». Le visiteur français passe. L’intérêt trépasse.

Voilà. C’était le salon du livre par la Turquie officielle. L’image du pays en ressort grandie. Des points sont marqués. Qui ne seront assurément plus perdus.

Recep Ivedik laisse son empreinte

Certes la Turquie aurait pu mieux faire. Si elle avait eu des écrivains dignes de ce nom. Vous savez des écrivains qui écrivent des livres comme Orhan Pamuk, Yachar Kemal, Adalet Agaoglu, Sait Faik, Nazim Hikmet, Orhan Veli…
Ah si ces grands écrivains turcs étaient encore en vie ou s’ils avaient eu l’heur d’être tout simplement fréquentables, on aurait pu les inviter et animer les stands.
Et si ces écrivains étaient traduits en français, on aurait pu exposer certains de leurs ouvrages.
Si des maisons d’édition françaises avaient eu le courage de traduire des auteurs importants du turc vers le français, cela aurait pu changer la donne. Mais non, ni Acte Sud, ni Gallimard, ni Bleu Autour, ni Turquoise, ni bien d’autres encore n’exploitent la veine turque. Personne n’aime les Turcs, c’est bien connu.

Et puis si le livre avait été un objet important, on aurait pu en exposer certains. Aux couvertures non cornées. Sans les mêler à des prospectus touristiques… ou à des réclames pour la boucherie Sandoz. Mais la passion m’égare.

Le mieux c’est encore de tenter de se rassurer. De se dire que la Turquie nous a ici fait une blague. Qu’elle parie sur l’humour pour redorer son blason. Et qu’elle ne va pas s’arrêter là. En mai prochain, c’est Recep Ivedik, dans toute sa splendeur, qui représentera la Turquie au festival de Cannes : ce n’est pas comme si le cinéma turc comptait des réalisateurs de tout premier plan.

Enfin, ce n’est pas comme si on s’acharnait à réduire notre travail de gentils Gaulois à néant. Combien de visiteurs cette année au salon du livre de Paris ?.... Une bagatelle assurément.

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