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La Turquie et son armée tiraillées entre le nord de l’Irak et le Liban

lundi 28 août 2006, par Laure Marchand

24 Heures - 26/11/2006

Proche-Orient : Alors que la participation des soldats turcs à la Finul n’est toujours pas acquise, Ankara masse des troupes à la frontière irakienne.

Ankara n’a toujours pas donné son feu vert à l’envoi de militaires turcs pour renflouer la Force intérimaire des Nations Uunies au Liban (Finul). Abdullah Gül, le ministre des affaires étrangères, a effectué ces derniers jours une tournée des capitales du Proche-Orient, se rendant à Beyrouth, Jérusalem et Damas pour évoquer la participation de son pays à la Finul et réserve sa réponse. La Turquie qui pourrait fournir un millier d’hommes est extrêmement prudente, mais pourrait clarifier sa position la semaine prochaine lors de la visite que le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, doit faire à Ankara. La guerre au Liban et les bombardements de Tsahal touchant les civils ont suscité un fort ressentiment anti-israélien et anti-américain au sein de l’opinion publique turque. Le gouvernement AKP, islamo-conservateur, se dit donc prêt à participer à une opération de maintien de la paix mais ne veut surtout pas se risquer à engager des hommes dans une mission de désarmement du Hezbollah. Mais même si toutes les conditions sont réunies, l’engagement de soldats suscite une forte polémique dans le pays.

« C’est une évidence, les troupes turques doivent stationner dans les monts Kandil (n.d.l.r. : en Irak) et pas dans le Sud du Liban », a ainsi martelé mardi Devlet Bahceli, le président du MHP, le parti d’extrême droite. Ces déclarations belliqueuses correspondent à l’opinion des nationalistes et d’une frange de l’armée, partisans d’une intervention militaire dans le Nord de l’Irak. Des combattants du PKK, organisation séparatiste kurde qui s’opposa à l’armée turque au cours d’une guerre civile qui fit 37 000 morts dans les années 80-90, sont en effet retranchés dans les montagnes du Kurdistan irakien. De cette base arrière, ils s’infiltrent sur le territoire turc. Les heurts avec l’armée dans le sud-est du pays, à majorité kurde, sont quasi quotidiens. Plus de 20 soldats ont trouvé la mort au cours d’embuscades ou attentats menés par les rebelles depuis début juillet. L’état-major turc a massé des milliers de soldats le long de la frontière avec l’Irak et a envoyé des tanks en renfort. Ces derniers jours, des positions du PKK, en Irak, auraient été pilonnées par l’artillerie turque, selon une agence de presse kurde.

Deux poids, deux mesures

Pour les experts, ces mouvements de troupes massifs visent plus à donner des gages à une opinion publique chauffée à blanc et à mettre la pression sur les Etats-Unis qu’à préparer une invasion de grande ampleur. Ankara réclame en vain que son allié américain agisse dans les montagnes irakiennes. En juillet, la tension entre les deux pays était à son comble. Le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, a dénoncé le deux poids deux mesures de Washington dans la région, qui d’un côté laisse Israël agir en toute liberté au Liban et de l’autre interdit à la Turquie d’intervenir en Irak. Plus récemment, le chef de la diplomatie Abdullah Gül a répété que la Turquie se chargerait toute seule d’éliminer les terroristes retranchés dans leurs repaires irakiens, si la coopération inter-Etat ne menait à aucun résultat tangible. Mais l’administration Bush n’a aucune envie que le Kurdistan irakien, unique territoire qui échappe au chaos généralisé dans le pays, soit déstabilisé, et encore moins de contrarier les Kurdes, ses plus fidèles partenaires en Irak.

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