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Barack Obama ouvre une nouvelle ère dans les relations turco-américaines

mardi 28 avril 2009, par Laure Gadrat

Obama à Istanbul

Rencontrant les dirigeants européens à Prague, le 6 avril 2009, à l’occasion de la tournée européenne qu’il a récemment effectuée, Barack Obama s’est pour la première fois officiellement exprimé sur la candidature turque à l’Union Européenne (UE).

Lors d’une rencontre avec le président tchèque, Vaclav Klaus, qui exerce actuellement la présidence tournante de l’UE, il a redit le soutien des Etats-Unis à l’intégration européenne de la Turquie, en se démarquant du refus français et du scepticisme allemand. Cette position a été essentiellement justifiée en faisant valoir les avantages qu’il y aurait pour l’Europe à intégrer un pays de tradition religieuse différente, pour l’arrimer solidement à l’Ouest et tirer partie de sa position stratégique exceptionnelle.

Ces propos n’ont été qu’un avant goût de ceux que le président américain a tenu, lors de sa visite officielle en Turquie, les 6 et 7 avril 2009, un déplacement soigneusement préparé, trois mois auparavant, par la venue d’Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat américaine, à Ankara. Devant la Grande Assemblée Nationale de Turquie, Barack Obama a plaidé sans détour en faveur de l’adhésion de la Turquie à l’UE, en déclarant sous les applaudissements des députés : « Laissez-moi être clair, les Etats-Unis soutiennent fermement la candidature de la Turquie à l’UE. » L’approche très stratégique du soutien à la candidature turque à l’UE, développée par le président américain tout au long de sa visite, doit être reliée au fait que cette dernière a été aussi son premier séjour dans un pays du monde musulman. L’attention particulière accordée en l’occurrence à la Turquie dans le sillage d’une tournée européenne a comblé le gouvernement turc qui s’était particulièrement mobilisé pour accueillir le président américain.

L’événement arrivait en effet à point nommé pour restaurer une relation turco-américaine fortement dégradée au cours des deux mandats de George W. Bush. On se souvient du refus du gouvernement turc d’ouvrir ses frontières aux troupes américaines, en 2003, au début de l’intervention des Etats-Unis en Irak, mais les rapports entre Ankara et Washington ont été aussi perturbés par de nombreux désaccords concernant notamment la question kurde et la lutte contre les bases du PKK en Irak du nord. Depuis le changement d’administration américaine, les relations turco-américaines sont entrées dans une nouvelle ère et c’est ce que cette visite de Barack Obama en Turquie entendait avant tout signifier.

Car le nouveau président américain souhaite améliorer l’image de son pays dans le monde musulman et faire de la Turquie un intermédiaire essentiel de cette démarche. Réciproquement, la Turquie peut profiter du renouveau diplomatique américain pour réaffirmer sa différence politique au sein du monde musulman et tirer partie de sa position géopolitique privilégiée entre l’Europe et le Proche-Orient. Le magazine américain Newsweek titrait il y a quelques semaines : « Apprendre à vivre avec l’islamisme radical. Il est temps d’arrêter de traiter tous les islamistes de terroristes ». Les conseillers du président Obama semblent avoir une conception proche de cet esprit de réconciliation et encourage une « dédiabolisation » du monde musulman. À cet égard, il est important de relever que la visite du président américain s’est déroulée au moment même où se tenait à Istanbul le deuxième Forum de l’Alliance des Civilisations (notre édition du 9 avril 2009), cette instance créée sous l’égide des Nations Unies à l’initiative de l’Espagne et de la Turquie, à l’issue des attentats de Madrid en mars 2004, pour trouver une alternative à une lutte exclusivement militaire contre le terrorisme. À Istanbul, ville de tradition cosmopolite, le président américain a tenu aussi à rencontrer (photo) ensemble les représentants des différentes communautés religieuses (musulmane, juive et grec orthodoxe) de Turquie de façon à valoriser le message originel, pacifique et fédérateur, des religions du Livre.

Plus généralement, au cours de son séjour, Barack Obama n’a cessé d’exprimer son souhait de créer avec la Turquie un « partenariat modèle » entre nations de cultures religieuses distinctes, pouvant « servir d’exemple au monde ». L’apaisement des tensions au Moyen-Orient, un élément important de son discours de campagne, apparaît aujourd’hui comme un axe essentiel de la diplomatie américaine. Dans un tel contexte, et même si pour l’instant peu de propositions concrètes ont été formulées, une nouvelle approche de la résolution du conflit israélo-palestinien est possible et si elle se devait se concrétiser, il est probable que la Turquie serait appelée à y jouer un rôle important. Lors d’une rencontre avec des étudiants turcs pendant son séjour, le président américain a expliqué que selon lui, les Etats-Unis ne devaient plus apparaître seulement comme une puissance belligérante mais aussi comme une nation fédératrice. S’exprimant en outre sur le conflit israélo-palestinien, il n’a pas hésité, en en convenant d’ailleurs, à se montrer idéaliste : « Je le dis à mes amis juifs qu’il faut aussi comprendre le point de vue des Palestiniens. Apprendre à se mettre à la place de l’autre, c’est le début de la paix ».

Les dossiers sensibles ont été peu évoqués. Toutefois, sur le dossier de la reconnaissance du génocide arménien, le président, sans se renier, s’est montré adroit. Il a rappelé sa position personnelle, qui avait été l’un des engagements de sa campagne, mais pour ne pas gêner les pourparlers qui sont en cours entre la Turquie et l’Arménie, il a aussi chaleureusement salués ces efforts en disant son souhait qu’ils puissent déboucher sur la résolution des différends existants. La rencontre avec les représentants des partis turcs d’opposition au parlement, à Ankara, a été très brève, ce qui a amené certains d’entre eux, notamment le leader du parti kurde DTP, à regretter le faible intérêt du leader américain pour la situation des libertés fondamentales en Turquie et notamment celle des minorités. Ahmet Tan, l’un des responsables du DSP, le parti démocrate de gauche, a néanmoins voulu voir dans cette visite une valorisation de la position internationale de la Turquie, qui devrait lui permettre d’obtenir un statut régional de premier plan, une démarche tranchant radicalement avec l’approche antérieure de l’administration Bush.

Cette attitude innovante n’a pas empêché le 44e président des Etats-Unis de rendre le traditionnel hommage au premier président de la République de Turquie, Mustafa Kemal Atatürk, en disant son attachement aux idéaux d’un homme qui a « promu la Turquie au rang des démocraties modernes et prospères », et bien sûr son souhait d’établir « la paix dans le pays et la paix dans le monde ».

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Sources

- Article publié sur le blog de l’OViPoT le 9 avril 2009, sous le titre :
« Barack Obama ouvre une nouvelle ère dans les relations turco-américaines. ».

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