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Aliye Öztürk : Nouvelle candidate à la présidence de la République de Turquie

lundi 23 avril 2007, par Erol Katircioglu, Marillac

© Marillac et Turquie Européenne pour la traduction

© Radikal, le 21/04/2007

Voilà une nouvelle qui redonne un peu de sens à cette idée d’avoir de l’espoir dans ce pays. Même si les médias ne lui accordent pas beaucoup d’importance, il est tout à fait réjouissant de voir se présenter un nouveau candidat à l’élection présidentielle. Je parle de Aliye Öztürk.

Ne me demandez de qui il s’agit : voilà le candidat virtuel créé par quelques jeunes gens fatigués des peurs et des braises sur lesquelles on ne cesse de souffler dans ce pays. La candidate s’est même dotée d’un site Internet.

« A la fois turque et kurde, un peu arménienne, voilée mais alévie. Enfin, quelqu’un comme nous. » Et voilà aussi ce que la candidate ainsi portraitisée promet d’accomplir si elle vient à être élue :

- elle fera venir Orhan Pamuk à la résidence présidentielle (le Président sortant ayant boudé et ignoré la remise du prix Nobel à l’écrivain, nte)
- elle nommera Armagan Caglayan à la tête du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (Armagan Caglayan est producteur d’émissions télévisées. Il est devenu célèbre par ses participations répétées aux Star Ac anatoliennes, son franc-parler, ses cheveux longs, etc., nte)
- elle chargera le TMSF( Fonds de Garantie des dépôts bancaires) de la liquidation du YÖK (Conseil de l’Enseignement Supérieur)
- elle gratifiera la face de Georges Bush de quelques « postillons » en simulant un état grippal avancé et se promènera tête nue en Iran lors de ses voyages officiels
- elle envisage d’organiser des prières du vendredi pour les femmes dans le cadre de Cankaya (le palais présidentiel)…

Vous pouvez trouver insignifiante l’initiative de ces jeunes comme vous pouvez vous agacer de ce qu’ils mettent les unes à côté des autres des notions qui n’ont rien à voir.

Mais on ne peut douter du fait que ce qu’ils disent ou tentent de dire ne reflète pas une forte envie de démocratie ; une démocratie invitant chacun à venir comprendre l’autre dans une recherche constante de la paix.
Et voilà bien la chose qui me remplit d’espoir.

Contre la cristallisation des différences

C’est que cette voix de la sagesse que nous aurions attendue des anciens viennent enfin des plus jeunes.

Et cela non pas parce que la « civilisation » le réclame, mais bien parce que la profondeur des problèmes qui accablent la société turque implique d’orienter la politique de ce pays droit dans la voie qui mène à l’entente. C’est ce qui est nécessaire tant les citoyens de ce pays ne vivent pas ensemble mais bien les uns à côté des autres. Et leurs appartenances ne sont pas épuisées par le seul lien de citoyenneté. Ils sont traversés de sensibilités différentes, marqués par des environnements variés dans les domaines de la foi et de l’ethnicité. Et c’est la raison pour laquelle notre tissu social est frappé par tant de fragilités.

Si nous vivions dans un pays démocratique, nous aurions trouvé les moyens de vivre avec toutes ces différences. Ou du moins aurions-nous tenté de le faire, selon des méthodes empiriques et diversifiées. Mais dans des démocraties en toc comme la nôtre, les élites politiques, bien loin de tenter de trouver les voies qui nous permettraient d’accommoder toutes ces différences, préfèrent faire de la politique en jouant sur ces différences mêmes.

Ils cherchent à gagner cette sympathie si nécessaire à leur action en faisant comme s’ils étaient du côté d’une de ces particularités. Ils font comme s’ils représentaient les Kurdes en étant un Kurde parmi d’autres, comme s’ils représentaient les Alévis en étant un Alévi. Et un système politique ainsi conçu sur l’exaspération des différences, loin de consolider la démocratie ne peut que conduire à une cristallisation et à un gel de ces différences. Et c’est à cause de tout cela que notre tissu social ne vit aujourd’hui que de tensions. Dans une posture qui le voit sans cesse au bord de l’explosion.

Dans un tel climat politique, quels fruits peut bien donner une politique de l’affrontement ?

Et pour saisir jusqu’où une politique conduite et développée sur le thème du « on est en train de perdre la République, la Religion ou le Pays » dans un tel climat de tensions voire d’affrontements peut nous conduire, l’horreur récente de Malatya constitue un exemple pour le moins édifiant.

Les dimensions d’une sauvagerie portée jusqu’à l’égorgement de trois personnes sont suffisamment parlantes.

N’oubliez pas qu’auparavant, les massacres de Maras ou de Sivas, les exécutions de Menderes et de ses amis (premier ministre de l’alternance lors des premières élections pluripartites en 1950, Menderes fut arrêté et pendu en 1960 lors du premier coup d’Etat, nte), celles de Deniz Geçmis et de ses camarades (Deniz Geçmis et ses amis sont des figures mythiques de la gauche contestataire des années 60 - 70, nte) et l’assassinat de Hrant Dink sont tous intervenus dans des périodes dans lesquelles disputes et querelles montaient en flèche dans notre environnement politique. Voilà pourquoi je dis que dans ce pays une politique de conciliation est une nécessité.

Malgré cela, l’atmosphère qui se dégage de débats en cours aujourd’hui autour de l’élection présidentielle est tout emplie d’un air chaud de disputes et de tensions.

Si cela est confirmé, on est en train de préparer une version stanbouliote de la manifestation tenue à Ankara le 14 avril dernier (organisée par les Associations de la Pensée Kémaliste et pensée contre la candidature du premier ministre Erdogan à la présidence de la République). Au slogan de « la République fout le camp ». Je crois bien que d’autres meetings se préparent. Au slogan, cette fois, de « la Religion fout le camp. »

Or s’il est bien une chose qui fout le camp aujourd’hui, c’est l’intelligence. N’est-ce pas d’ailleurs cela qu’ont voulu nous dire ces jeunes-là ?

- Le parti de Aliye Öztürk : Les jeunes civils

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