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Harcèlement – À Istanbul, des femmes s’unissent.

vendredi 24 février 2012, par Anne Andlauer

Le harcèlement dans l’espace public est un problème universel. Difficile à prouver, difficile à punir, les victimes se taisent la plupart du temps. À Istanbul, un petit groupe de femmes, turques et étrangères, a décidé d’agir. Avec l’appui d’une ONG internationale, elles ont créé sur internet un site de témoignages. L’objectif, dans un premier temps, est de libérer la parole

Sifflements, regards concupiscents, commentaires, attouchements… À Istanbul, comme dans toutes les grandes villes du monde, nombreuses sont celles (car il s’agit souvent de femmes) qui subissent régulièrement une forme ou l’autre de harcèlement.

Günseli, 35 ans, est stambouliote depuis 2001. Cette vétérinaire et mère d’un petit garçon a été victime plusieurs fois, dans la rue ou dans les transports, de paroles et d’attouchements. C’est l’une de ces histoires qu’elle partage aujourd’hui sur un site internet, istanbul.ihollaback.org. “Je marchais dans la rue, un peu perdue dans mes pensées. Sans que j’aie eu le temps de comprendre quoi que ce soit, un homme a touché ma poitrine. J’ai eu tellement peur que j’ai frappé sa main et me suis enfuie en courant” raconte-t-elle, cinq ans après les faits.

Hollaback !

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Le logo de l’antenne stambouliote de l’ONG internationale Hollaback

Sur le site internet, le récit de Günseli prend la forme d’un point rose sur une carte d’Istanbul. D’autres points, à d’autres endroits de la ville, racontent des histoires similaires. Ce site internet bilingue, turc (http://istanbul.ihollaback.org/) et anglais (http://istanbul-en.ihollaback.org/), appartient au réseau d’une ONG internationale baptisée Hollaback. Depuis 2005, aux États-Unis et dans un cinquantaine de villes à travers le monde, ce mouvement lutte contre le sexisme ordinaire dans les espaces publics.
En anglais, “holla” est une interjection utilisée pour s’appeler ou se saluer. En argot, c’est aussi une expression utilisée par un homme pour attirer l’attention d’une femme. “Holla back” signifie donc répondre, répliquer.
L’antenne d’Istanbul, née en août dernier, est l’une des plus récentes. Sa créatrice, Kacie Kocher, est une jeune Américaine installée en Turquie depuis un an et demi. Auparavant, elle vivait au Maroc. “Là-bas, on me touchait beaucoup dans la rue”, se souvient-elle. “En Turquie, j’ai l’impression que le harcèlement passe davantage par le regard et les mots.”

“Donner une voix aux victimes”

“Nous donnons une voix aux victimes”, explique Kacie Kocher. “Quand vous êtes harcelée, parfois, vous ne pouvez pas répondre. Parfois, vous pouvez répondre mais cela représente un risque pour votre sécurité. Ce site vous donne l’opportunité de dire ‘Voici ce qui m’est arrivé, je ne devrais pas en avoir honte ou être embarrassée, et je ne devrais plus me taire’.”
L’autre objectif du site internet est de “matérialiser” le harcèlement, en le faisant apparaître sur une carte. “Cela peut provoquer un changement à l’avenir. Ces histoires sont réelles, ceci est à l’évidence un problème, donc que faisons-nous pour le résoudre ?” interroge-t-elle.

Une application iPhone en préparation

Hollaback Istanbul, que ses fondateurs ont rebaptisé “Canımız Sokakta” (littéralement, “Notre vie est dans la rue”), s’appuie sur les réseaux sociaux pour changer les mentalités. En Turquie, la méthode est d’autant plus adaptée que 30 des 74.7 millions de Turcs utilisent internet et que le pays occupe le 3e rang mondial (ou 4e, selon les classements) en termes de membres Facebook. Les smartphones se vendent à la pelle et une application Hollaback Istanbul sur iPhone est en préparation.

La carte du harcèlement à Istanbul sur le site internet de l’association

Même si elle entend parfois que les femmes turques ont d’autres problèmes plus graves que le harcèlement dans la rue, Kacie Kocher est persuadée de l’utilité de sa démarche. “Alors que le type qui harcèle n’y pense plus 15 minutes après les faits, certaines des histoires que nous publions se sont passées il y a 11, 12 ou 15 ans et il est étonnant de constater à quel point une parole ou le fait d’être touchée peut laisser des traces profondes chez quelqu’un”, assure la jeune femme. “On m’a déjà dit par exemple : ‘Cette histoire m’est arrivée dans cette rue il y a neuf ans et chaque fois que je passe à cet endroit précis, j’y pense.”
Les membres de l’association viennent aussi de lancer un projet en partenariat avec plusieurs universités (Sabancı, Fatih et Université d’Istanbul). Car le harcèlement n’est pas qu’une réalité de la rue. Sur les campus, tous les jours, des étudiantes en sont aussi victimes.

Note : le mouvement Hollaback existe aussi en France, sur le site http://france.ihollaback.org/

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Sources

Article original publié le lundi le 30 janvier 2012 sur le Petit Journal Istanbul sous le titre : Harcèlement – À Istanbul, des femmes s’unissent.

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