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Turquie : réponse cinglante du journal TARAF à l’armée

Ahmet Altan répond aux menaces adressées par le chef d’état-major à son journal.

samedi 18 octobre 2008, par Ahmet Altan, Mehmet Akkus

Où trouvez-vous l’audace de nous répondre sur un ton aussi irrespectueux et menaçant ? Vous rendez-vous compte de ce que vous dites ? A qui croyez-vous faire peur ? Pensez-vous réellement une seconde que vous nous faites peur ?

Ecoutez, Général, je vous donne un conseil amical, cessez vos menaces grossières, vos gestes de colère, vos mimiques nerveuses. Tout ceci ne suffira pas à nous faire peur. Ne croyez pas que lorsqu’on parle de « l’Etat Profond », on ne sache pas qui se cache derrière, de même que derrière les auteurs des voitures piégées et autres assassinats. C’est que cela ne nous regarde pas, tout simplement. Pouvez-vous comprendre cela ? Comprenez-vous que si certaines personnes ne réagissent pas, c’est pour garder un certain calme dans le pays ? Saisissez-vous cela ?

Cessez vos menaces. Ce sont des pratiques grossières. Et cela ne nous arrêtera pas dans notre recherche de la vérité.

Vous avez dit hier : « Nous invitons tout le monde à faire attention et à se trouver au bon endroit ». Savez-vous où se trouve « le bon endroit », vous ? Connaissez-vous ce « bon endroit » ? Le bon endroit est le lieu où une personne exerce honnêtement son travail et avec compétence. Nous, nous nous trouvons « au bon endroit ». Nous exerçons honnêtement notre travail en dévoilant à nos concitoyens les mensonges de tous ceux qui leur mentent depuis des années.

Vous, vous n’êtes pas au « bon endroit ». Vous ne remplissez pas les devoirs qu’exige votre fonction. Votre devoir est de protéger ces jeunes que le peuple vous a confiés. Votre faute est de ne pas avoir pris les mesures nécessaires en prenant connaissance des images des caméras de surveillance qui filmaient la préparation de l’attaque. Votre faute est de ne pas avoir réagi aux rapports des services de renseignement. Votre faute est de ne pas avoir envoyé les renforts nécessaires pendant l’attaque.

Votre crime est d’avoir laissé ces jeunes seuls face à la mort.

Vous n’avez pas rempli votre devoir, pourquoi ? Pourquoi n’avez-vous pas protégé ces enfants ? Vous savez que vous devez être poursuivi pour cela, n’est-ce pas ? Bien sûr, vous savez aussi que vous ne serez jamais appelé à témoigner. Mais ceci ne change pas le fait que vous devez être jugé.

Il existe une pratique qui s’appelle démission. Je pense que vous ne devez pas être bien au courant de cette pratique. Un premier ministre, un gouvernement ou un parlement qui ne vous demandent aucun compte à rendre arrangent bien vos affaires. Mais il y a un peuple dans ce pays. Un peuple qui veut connaître la vérité. Et il ne vous lâchera pas. Nous non plus, nous ne vous lâcherons pas.

Venir devant les caméras entourés de tous vos généraux pour menacer les journalistes, ne changera en rien la réalité. Racontez-nous plutôt Aktütün. Pourquoi ces enfants sont-ils morts ? Pourquoi n’avez-vous pas empêché cette attaque ?

Que voulez-vous dire exactement par : ”La réponse et la réaction que chaque armée apporte face à ce type d’attaque est évidente «  ? Soyez plus clair. D’abord, il n’y aucune attaque, nous n’attaquons pas, nous disons la vérité. Ensuite, comment réagit »chaque armée" face à ce type de critiques ? Vous, vous ne savez pas comment elles réagissent.
Dans les pays développés, le responsable de cette tragédie serait limogé sur le champ, puis jugé. Il est évident que ce n’est pas ce que vous avez l’intention de faire. Dans ce cas, quelle sera “la réaction de l’armée” ? Les militaires sont formés pour se battre contre des « ennemis ». Si vous prenez comme des attaques notre recherche de vérité, nous sommes donc vos ennemis. Qu’allez-vous donc faire ? Nous attaquer ? Bombarder le journal ? Envoyer des F-16 ? Vous vous rendez compte de ce que vous dites ? N’ayant pu sauver ces jeunes gens alors que vous étiez averti de l’attaque, vous vous mettez à menacer les journalistes qui révèlent les faits.

Général, restez « au bon endroit ». Vous allez trop loin. Ne nous menacez pas avec notre armée qui tient debout grâce aux économies des 70 millions de nos concitoyens. L’armée n’est pas là pour couvrir votre incompétence.

Vous avez dit aussi « Que ceux qui présentent comme des réussites les actions des terroristes portent la responsabilité de chaque goutte de sang versée par nos soldats ». Je suis d’accord avec vous sur ce sujet. Mais qui donc les «  présentent comme des succès » ? Les journalistes qui affirment que l’attaque aurait pu être évitée ou bien ceux qui ne l’ont pas empêchée alors qu’ils en avaient la possibilité ? Avez-vous compris maintenant qui sont les responsables du sang versé ? Vous sentez-vous responsable ? Vous le devriez. Vous devriez cesser les menaces et dire la vérité.

Nous n’avons pas apprécié vos menaces. Dites-nous plutôt la vérité. Les faits. Cela demande du courage. Si votre courage est aussi important que votre colère, je suis sûr que vous allez nous la dire un jour.

Nous attendons ce jour.


-  Ahmet Altan co-dirige le journal Taraf.

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Sources

- Source : Taraf
le 16 octobre 2008

Traduction du turc pour TE : Mehmet Akkus

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