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Turquie : le gouvernement rencontre les Alévis

vendredi 19 décembre 2008, par Jean Marcou

Le 6 décembre dernier, le premier ministre a rencontré une délégation alévie, au Palais de Dolmabahçe à Istanbul.

La délégation était composée d’Izzettin Doğan (Président de la Fondation des “Cem”), Ali Rıza Uğurlu (Président de l’Association des services religieux alévis), Doğan Bermek (Président de la Fédération des fondations alévies), Hadır Akbayır (administrateur général de la Fondation des “Cem”). Le premier ministre était pour sa part accompagné du député alévi de l’AKP, Reha Çamuroğlu, et des ministres d’État Mehmet Aydın et Said Yazıcıoğlu. L’entretien, qui a duré près de deux heures, se serait déroulé dans un climat constructif. Les discussions se sont principalement concentrées sur la reconnaissance officielle de la spécificité alévie.

À l’heure actuelle, le système des relations entre Etat et religions, tel qu’il est organisé en Turquie, est fortement critiqué par les alévis. La fameuse direction des affaires religieuses (« Diyanet İsleri Bakanlığı »), une institution directement rattachée au premier ministre, qui gère la religion majoritaire (le sunnisme hanéfite) et qui est, à ce titre, l’instance-clef d’un islam sunnite d’Etat, est la première cible de la contestation alévie. Une majorité des alévis demandent la création, d’une instance particulière au sein du « Diyanet », qui y constituerait une entité propre consacrant l’existence officielle de leur religion. Derrière cette exigence se profilent, en fait, deux revendications importantes : celle de la reconnaissance officielle des lieux de culte alévis (les « cemlerevi ») et celle de la rémunération du clergé alévi. D’une part, les alévis souhaitent, en effet, que leurs « cemevleri » (maisons où se déroulent les « cem », cérémonies religieuses alévies) soient reconnues comme des lieux de culte officiels à l’égal des mosquées sunnites (et puissent donc obtenir tous les droits et avantages afférant), d’autre part, ils estiment que leurs religieux (les « dede », cf. photo) doivent être rémunérés par l’Etat comme le sont les imams sunnites.

Alévis et... alévis

Cette reconnaissance des alévis par la direction des affaires religieuses, demandée par leurs représentants, lors de la réunion du 6 décembre, aurait néanmoins pour effet de faire de l’alévisme une composante de l’islam officiel turc, ce que contestent certains alévis qui ne se considèrent pas comme musulmans ou qui, tout au moins, estiment que l’alévisme est une religion autonome qui ne saurait être divisée entre ceux qui s’estiment partie intégrante de l’islam et ceux qui refusent un tel rattachement. Telle est l’opinion notamment des « Bektaşi », principale confrérie alévie, qui voient dans le « Diyanet » une instance dangereuse et contraire à la laïcité, dont ils demandent la suppression pure et simple. Le leader de la Fédération Bektaşi, Ali Balkız, s’est d’ailleurs exprimé, au lendemain de la réunion du 6 décembre, pour dire qu’en intégrant l’alévisme dans l’islam officiel incarné par le « Diyanet », on allait en réalité diviser les alévis et que, pour sa part, il refusait de faire la différence « entre les alévis qui seraient admis au paradis parce qu’ils sont musulmans et les alévis qui ne le seraient pas parce qu’ils ne le sont pas. »

Ces dernières semaines les alévis qui représentent près de 20% de la population turque et constituent la seconde communauté religieuse de Turquie, après les sunnites de rite hanéfite, ont fait connaître leur mécontentement. Le 9 novembre 2008, ils ont notamment massivement manifesté à Ankara pour attirer l’attention sur les discriminations et les injustices dont ils sont victimes (cf. notre édition du 10 novembre 2008). Cette manifestation a reflété plus généralement la déception de la communauté à l’égard du gouvernement de l’AKP, pour lequel, pour la première fois, beaucoup d’alévis avaient voté, lors des législatives de 2007, en pensant le voir enfin réaliser les réformes attendues.

Lors de la réunion du 6 décembre 2008, les représentants du gouvernement ont pourtant affirmé qu’il était possible de prendre assez rapidement des mesures pour que les alévis puissent être représentés au sein du “Diyanet”, pour que les “cemlerevi” soient reconnues comme des lieux de culte et pour que les “dede” soient rémunérés. Toutefois, le gouvernement ne pense entreprendre ces réformes qu’après les prochaines municipales (qui doivent avoir lieu le 29 mars 2009) pour éviter que la question alévie soit instrumentalisée pendant la campagne électorale.


- Article original

- Les Alévis manifestent à Ankara

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Sources

Source : OVIPOT, le 09-12-2008

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