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L’obstacle des droits des femmes : la Tradition

mardi 8 mars 2005, par Séverine De Smet

Le Nouvel Obs.

3 QUESTIONS A... PINAR HUKUM *

Une manifestation de gauche, rassemblant un grand nombre de femmes, a été violemment réprimée. Pourquoi, d’après vous, la police a-t-elle reçu l’ordre de disperser la foule ?

- Cette manifestation était non autorisée. Elle a été organisée par un groupuscule et c’est la raison pour laquelle elle a été réprimée. Pour l’instant, nous n’en savons pas plus sur les circonstances du rassemblement.

Quelles sont les atteintes les plus graves constatées en Turquie contre les droits des femmes ? Quels sont les obstacles à une valorisation de leurs droits ?

- Le plus grand obstacle reste la tradition de la société turque. Pourtant, au niveau du gouvernement, les projets de réforme, en particulier sur la protection de la famille, sont en avance par rapport à la France. Aujourd’hui le gouvernement turc a décidé de mettre le paquet sur l’égalité des chances, notamment autour de l’éducation. Cela passe aussi par une formation plus poussée des forces de l’ordre. Il n’y a qu’à Paris qu’il existe des référents capables de recevoir des femmes victimes de viols ou de violences. En Turquie, et ailleurs, ils renvoient la femme chez elle.
Dans le Code civil, les hommes et les femmes sont égaux au point de vue de l’autorité parentale. Mais le changement est difficile à accepter. J’entends régulièrement « chez nous, c’est la tradition. On s’en fiche des lois ». La tradition archaïque du pays est lourde.

Amnesty constatait, en février 2004, « les progrès accomplis par la Turquie dans le domaine des droits humains », mais indiquait justement une différence entre les réformes et le terrain. La possible entrée dans l’Europe peut-elle changer quelque chose dans la société turque ?

- Ca aide. Les associations féministes peuvent désormais faire valoir les directives européennes concernant les droits des femmes. Il n’y avait pas auparavant « d’outil » de ce genre. Maintenant, le gouvernement veut changer et brandit l’argument selon lequel il faut se bouger si on veut adhérer à l’Union européenne. C’est une pression supplémentaire sur la société traditionaliste, une épée de Damoclès. Je l’utilise aussi dans mon action au quotidien. Quand je reçois des immigrés, je leur rappelle qu’ils sont la vitrine de la Turquie. Si eux ne bougent pas, alors la situation n’évoluera pas non plus dans leur pays d’origine.

Propos recueillis par Séverine De Smet

*Pinar Hukum est
responsable de l’action sociale
à ELELE, association turque
dont le nom signifie
« main dans la main ».
Elle s’occupe notamment
des cas de mariages forcés
et de violences conjugales

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