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L’AKP reprendrait-il la main ?

vendredi 23 novembre 2007, par Thomas

C’est moi ou c’est encore un coup d’épée dans l’eau ? On attend toujours la grande invasion, les hordes turques déferlant sur le Kurdistan Irakien, la victoire finale contre « l’organisation terroriste séparatiste tueuse de bébés ». Pour la énième fois depuis l’invasion américaine de l’Irak, les effets de manches de la « diplomatie » turque et les menaces des militaires tournent à la pantalonnade...(admirez l’enchaînement vestimentaire improbable).

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Bref, l’AKP semble une fois de plus avoir réussi à éviter l’intervention militaire en Irak. Guillaume Perrier analyse magistralement la situation sur son blog, je n’ai donc pas grand chose à ajouter.

Il serait pourtant illusoire de croire à une amélioration prochaine de la situation des Kurdes en Turquie. Si la fièvre nationaliste semble retomber aussi vite qu’elle était montée, elle peut sans problème atteindre des sommets au moindre prétexte.

Abdullah Gül continue à employer la langue de bois avec une ardeur non démentie : « il n’y pas eu de place pour la discrimination ethnique dans l’histoire de la Turquie », déclare-t-il.
Une belle énormité, sachant que les « minorités de Lausanne » (juifs, grecs et arméniens) se sont vues barrer l’accès à la haute fonction publique et militaire et furent soumises à une taxe spéciale dans les années 30. Interdire à un peuple de parler sa langue et tenter de l’assimiler de force, c’est aussi, techniquement, de la discrimination ethnique (certains peuvent parler leur langue maternelle, d’autres non).

La libération de la parole est donc loin d’être achevée... Le premier ministre Erdogan suit pourtant son idée fixe, « faire descendre les Kurdes des montagnes ». Intention des plus louables puisqu’il s’efforce de contrecarrer les efforts de la justice d’interdire le DTP [Parti pour une Société Démocratique qui compte 22 députés en Turquie] et semble paver la voie à une amnistie pour les militants du PKK. Bahçeli, Baykal et leur nouvel ami Cemil Cicek [porte-parole du gouvernement et ancient ministre de la justice, ardent défenseur du maintien de l’article 301 du code pénal], hurlent à la désintégration de la Turquie, au bradage de la patrie, à la trahison. A les entendre, Mustafa Kemal, à force de se retourner dans sa tombe, remplacerait avantageusement les turbines du futur barrage d’Ilisu.

Ce n’est pas la première fois qu’on parle d’amnistie en Turquie. Daniel Cohn Bendit propose de son côté en rigolant d’envoyer Öcalan [leader emprisonné du PKK] à...Cuba afin de régler le problème.

Mehmet Ali Sahin, l’actuel ministre de la justice se désolant que les soldats turcs désarmés préfèrent la reddition au suicide, affirme qu’Apo [diminutif d’Öcalan] a été confiné dans sa cellule, après que l’administration AIT DECOUVERT QU’IL TRANSMETTAIT DES ORDRES A SES FIDELES.
Sachant qu’il est de notoriété publique qu’il le fait depuis 1999, que ses discours sont publiés dans les journaux kurdes turcophones et sur internet et sont accessibles (enfin je me comprends) au premier venu, c’est un peu fort de Kahve...

L’administration « parallèle » turque utilise Öcalan comme une marionnette depuis son arrestation (et probablement avant), et interdit ainsi l’émergence d’un mouvement pro-kurde indépendant du PKK. Ce sont aujourd’hui les « durs » et les apoïstes qui dirigent le DTP, totalement repris en main à la suite des élections du 22 juillet.

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