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Femmes de Turquie : si mal connues !

jeudi 12 mars 2009, par Marie-Antide

Ce sont des riverains de Rue89 qui m’en ont donné l’idée. Alors que paraissait sur Paristanbul une série d’articles consacrée aux difficultés de l’intégration de la Turquie dans l’Europe, certains m’ont fait remarquer que je ne parlais pas des femmes de Turquie et qu’ils seraient curieux de lire des articles les concernant.

A l’époque, avec l’association dont je suis membre, je cherchais une idée de projet à monter dans le cadre de la Saison de la Turquie qui aura lieu en France de Juillet 2009 à Mars 2010. Les Femmes de Turquie … ?

Que sait-on d’elles ?

Qu’elles peuvent être victimes de crimes d’honneur, pratique très minoritaire mais qui choque par l’archaïsme des mentalités qu’elle révèle ; qu’elles restent probablement à la maison, souvent soumises à l’autorité du père ou du frère, puis du mari, choisi par la famille ; que seules les jeunes femmes issues de milieux aisées et urbains ont accès à des études supérieures ; que la tradition exige la virginité au moment du mariage … Ces situations se rencontrent en effet mais s’en satisfaire donnerait une image très fausse de situation de la femme en Turquie car elles ne reflètent pas l’extrême diversité de la condition féminine, qui tient au milieu social mais aussi aux origines géographiques et économiques.

Commençons par les symboles : Atatürk, ardent promoteur des droits des femmes, leur donne le droit de vote dès 1934 (1944 en France) ; une femme, Mme Yalcindag, a été élue à la direction du TUSIAD, équivalent du MEDEF ; une autre, Mme Güler Sabanci, est à la tête du 2nd groupe le plus puissant du pays ; de 1993 à 1996, Mme Tansu Ciller a assuré la fonction de premier Ministre ; le gouvernement actuel compte une femme ministre (sur 23), Mme Nimet Cubukcu, Ministre d’Etat chargé de la famille.

Moins symbolique mais plus représentatif, les femmes représentent plus d’un tiers des effectifs dans les secteurs professionnels comme la Santé, l’enseignement supérieur ou la Justice et sont bien représentées dans les fonctions de cadres supérieures des entreprises privées.
Elles peuvent être aussi à la tête de confrérie soufie comme Cemalnur Sargut ou nommées « vaize », équivalent de l’imam, par le Directorat des Affaires religieuses : 2000 femmes ont été nommées à ce jour. Ces nominations interviennent dans le cadre d’une réforme dans la lecture et l’interprétation du Hadith, ensemble de paroles dites par le Prophète il y a 1400 et dont l’interprétation n’est plus appropriée à la vie actuelle (article de BBC news, 28 Février 2008).

Et puis quelques chiffres qui parlent tout seul des difficultés rencontrées : 18 femmes maires sur un total de 4850, 50 femmes députés sur 550, les femmes représentent moins de 25% de la population active … déclarée, mais forment très probablement un plus gros contingent des emplois précaires de l’économie dite « informelle » ; près de 30% ne savent ni lire ni écrire ; d’après une enquête de la Direction générale sur le statut des femmes (17 168 femmes interrogées dans 51 provinces), 40% ont été victimes de violence domestiques et parmi elles, 90% ne demandent pas d’aide extérieure, 14% considèrent normal que le mari batte sa femme …

La situation a-t-elle quelques chances d’évoluer ?

Une avancée considérable dans le droit a été réalisée avec la refonte du Code Pénal en 2004, dans la perspective de l’intégration à l’EU : le statut de chef de famille, qui pouvait interdire à son épouse de travailler, disparaît, l’auteur d’un viol est puni plus lourdement. On reconnaît à la femme le droit de disposer de son corps. Et non plus à la famille.

De plus, un tissu extraordinairement dynamique d’associations de la société civile œuvre dans toute la Turquie sur des actions très identifiées (entreprenariat avec KAGIDER, implication dans la vie politique avec KADER, Femmes du Barreau de Diyarbakir, lutte contre les violences avec Mör Cati, Association des femmes de Van …). Le dynamisme de ces associations puise sa source dans une solide tradition de luttes pour les droits des femmes avec des porte-parole qui marquèrent l’histoire du féminisme turc comme Duygu Asena et Sirin Tekeli.

Ces associations ont le soutien des médias qui relaient largement les abus commis, facilitant ainsi une certaine évolution des mentalités et des prises de conscience. Plus inattendu, des téléfilms à succès apportent aussi leur contribution à cette évolution des consciences comme « Güldünya » sur la chaîne commerciale à grande écoute Star TV, du nom d’une jeune femme victime d’un crime d’honneur perpétré par son frère il y a 5 ans pour avoir sali l’honneur de la famille : elle avait mis au monde un fils issu d’un viol.

Violence domestique, sous-représentativité dans le monde politique, inégalités dans le monde économique … les problèmes des femmes de Turquie, quoique spécifiques par leur contexte, ne sont pas tout à fait étrangers à ceux rencontrés par les femmes de France. Et mon idée devenue le projet d’une équipe est en train de mûrir en partage d’expériences entre femmes de France et de Turquie dans la recherche de solutions et la quête de progrès.

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