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Le combat de Pinar Selek

vendredi 2 mars 2012, par Sébastien de Courtois

En Turquie, l’injustice a un visage, celui, souriant, d’une jeune femme de quarante ans. Une personne que je ne connais pas, mais dont le combat me touche, comme celui de nombreux démocrates turcs, aspirant à plus de libertés dans ce pays magnifique et absurde quand il s’agit de liberté d’expression. Non pas qu’il soit interdit de parler en public, il y a des dizaines de manifestations chaque jour à Istanbul, mais cette parole est conditionnée à un cadre hors duquel on ne pardonne pas celui qui en franchit les limites. Des frontières qui portent des noms : questions
kurde et arménienne, question des minorités sexuelles ou encore celle de
l’égalité homme-femme, battue en brèche depuis la légitimation par le pouvoir de l’« être masculin » comme seul référent.

Le nombre des femmes battues explose depuis 2002. Contrairement à une idée reçue, le modèle turc véhiculé par l’AKP et son Premier ministre Erdogan – synthèse d’islam et de « démocratie » – ne fait plus rien pour changer les choses. Au contraire, le nombre des journalistes en prison
n’a jamais été aussi important.

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Pınar Selek - Sociologue turque
Tuerkische Autorin Pina Selek in Berlin, Foto Amelie Losier

Pinar Selek nous montre que la recherche universitaire peut être subversive. Cela fait du bien. Quel est son crime ? Accusée
de terrorisme, depuis 1998, pour une participation supposée à un pseudo-attentat dans le bazar égyptien d’Istanbul – peut-être l’explosion d’une conduite de gaz –, elle fut acquittée trois fois, mais la Cour de
cassation maintient ses accusations. Elle risque la prison à vie. On lui reproche de s’être intéressée de près au conflit kurde, avec son regard de sociologue, de chercheur. Aller sur le terrain, rencontrer et interviewer des militants, dont des membres du PKK. Pas avec les yeux de celui qui choisit un camp, mais avec ceux de quelqu’un qui cherche à comprendre,
à expliquer. La cause de Pinar Selek est universelle, une leçon de journalisme et d’investigation. La Turquie n’est pas un monolithe de pensée, de nombreux intellectuels – de tous bords politiques – se battent chaque jour pour faire avancer le débat d’idées, la recherche et la paix
civile.

Fermer les yeux sur ce qui ne nous plaît pas ne sert en rien la cause d’un pays qui mérite mieux. En Turquie, j’ai appris le sens du mot « démocratie », un besoin vital.

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Sources

- Chronique d’opinion parue dans l’hebdomadaire Réforme.

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