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Ya sev, ya terket, oui, mais...

jeudi 3 janvier 2008, par Thomas

« We cannot get out. We cannot get out. They have taken the Bridge and second hall. Frár and Lóni and Náli fell there... went 5 days ago... the pool is up to the wall at Westgate. The Watcher in the Water took Óin. We cannot get out. The end comes...drums, drums in the deep... they are coming. »

Tout geek qui se respecte aura reconnu ces lignes, derniers mots griffonés par Orin, Nain des mines de la Moria tombé lors d’une invasion des sombres et immondes hordes orquesques... (pour les non-geeks, il s’agit d’un livre qui parle d’elfes et de nains et de magiciens et d’anneau maudit).

Fazil Say, pianiste turc génial et reconnu internationalement, aurait été parfait pour ce rôle. Son interview dans le Süddeutschezeitung a provoqué une tempête dans un verre d’eau en Turquie : à l’en croire, les derniers bastions de la civilisation tombent sous les coups de boutoir des hordes islamistes anatoliennes... dernier avatar en fait de l’incompréhension féroce qui oppose la bourgeoisie laïque occidentalisée réfugiée à Sisli ou Nisantasi, Izmir ou Ankara, et le reste de la Turquie.

« Nos rêves pour la Turquie se sont partiellement effondrés, toutes les femmes de nos minitres portent le foulard...Les islamistes ont gagné. Ils sont à peu près 70% et nous 30%. Je songe à aller m’installer ailleurs. »

Comme le dit déja Guillaume Perrier sur son blog, c’est encore une fois « eux contre nous », le coté lumineux contre le côté obscur (je me sens très geek aujourd’hui).

Fazil Say s’excuse aujourd’hui, et dit que ses remarques ont été mal comprises. C’est fou comme ça arrive souvent ses choses-là. Et comme toujours ce n’est pas « j’ai dit une connerie », mais « vous m’avez mal compris »...

Il est vrai qu’avant l’arrivée de l’AKP, la Turquie était un pays rêvé, et si les femmes de ministres ne portaient pas le voile, ceux-ci se pressaient pourtant aux obsèques des leaders fascistes et détournaient des sommes faramineuses. La Turquie n’était pas menacée par l’islamiste quand les militaires ont imposé l’enseignement religieux et l’identité « turco-sunnite » comme base indépassable de la nation turque. Bref on tourne en rond.

Fazil Say est poursuivi par le ministre de l’éducation, qu’il a accusé de supprimer l’enseignement musical. Celui-ci affirme avoir augmenté de 30% le nombre de professeurs, et l’attaque donc pour diffamation.

On aimerait savoir si Fazil Say s’est ainsi insurgé quand les chanteurs kurdes ou de gauche étaient attaqués pour divers motifs séparatisto-terroristes. Mais probablement étaient-ils inclus dans sa tête dans le « EUX » ?
Quid de Sivan Perwer ou Ahmed Kaya (mort en exil) ?
Il y a quelques semaines, des étudiants kurdes ont été passés à tabac à Sakarya pour avoir porté un t-shirt à la mémoire de ce dernier...

Orhan Kemal Cengiz, dans le TDN, résume en quelques lignes l’essentiel du problème :

« Actually if you look at the history of the Turkish Republic you can observe clearly that Turkish state assumes the role of »atheis« when it deals with its Muslim citizens and the role of »Sunni Muslim« when it relates with its non-Muslims and Alevi citizens. »

On ne peut pas mieux dire. En Turquie, il ne faut pas être chrétien, converti, athée, alevi. Il ne faut pas non plus être trop musulman. Il ne faut pas bien sûr pas être kurde. Ceux qui parviennent à se forger une identité malgré ces restrictions, représentent le « NOUS ». Les autres, le « EUX ».

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