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Turquie : l’armée suspectée de comploter

mardi 29 décembre 2009, par Laure Marchand

Laure Marchand - Istanbul

L’équipée nocturne de deux officiers près du domicile du vice-premier ministre attise les tensions au sommet de l’État.

C’est une première dans l’histoire judiciaire de la Turquie : dans la nuit de vendredi à samedi, des policiers ont perquisitionné le QG des forces spéciales de l’armée, un sanctuaire de l’état-major. Cette intervention, diligentée par la justice civile, s’inscrit dans le cadre de l’enquête sur un complot présumé contre le vice-premier ministre et illustre la détérioration des relations entre le gouvernement musulman conservateur et l’armée. Deux des huit officiers également placés en garde à vue lors de la descente organisée ce week-end sont à l’origine du dernier scandale qui secoue la Turquie.

Le 19 décembre, ces deux militaires avaient été une première fois arrêtés alors qu’ils se trouvaient à proximité du domicile du vice-premier ministre, Bülent Arinç. Repérage en vue de planifier un assassinat ? Espionnage ? Guerre entre les services de renseignements ? La finalité de cette opération clandestine et nocturne demeure mystérieuse et les interrogations qu’elle soulève alimentent les rumeurs de tensions croissantes au sommet de l’État. Plusieurs médias ont avancé que les deux gradés étaient liés à un prévenu jugé dans le cadre du procès en cours contre Ergenekon, un réseau ultranationaliste accusé d’avoir planifié des actions violentes afin de déstabiliser le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir.

Opération « la Cage »

Les explications fournies par l’état-major n’ont pas permis de dissiper les soupçons entourant l’équipée des deux officiers. Après quatre jours de silence, l’armée a publié un communiqué justifiant leur présence près de la maison de Bülent Arinç par une mission visant à démasquer une taupe à l’intérieur de l’institution et qui habite dans le voisinage. « Je veux croire que personne ne commet d’erreur au sein de l’armée, l’institution la plus éminente et disciplinée en Turquie », a commenté Bülent Arinç.

Signe que l’affaire suscite des remous, le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, et le chef des armées, le général ­Basbug, se sont rencontrés à deux reprises pendant plusieurs heures en l’espace de trois jours. Mi-décembre, Ilker Basbug avait mis en garde contre des risques de « conflits entre les institutions de l’État ». Sa déclaration comminatoire faisait suite à la convocation de trois commandants à la retraite par les procureurs chargés de l’enquête sur Ergenekon. Deux ans et demi après son lancement, plus de deux cents personnes, dont de nombreux militaires, ont déjà été inculpées.

En novembre, les révélations dans la presse d’une énième conspiration suspectée au sein de l’armée ont de nouveau éclaboussé l’institution militaire, qui a conduit quatre coups d’État depuis 1960. Selon l’accusation, ce plan, baptisé opération « la Cage » et attribué à des officiers des ­forces navales, prévoyait l’assassinat de personnalités non musulmanes dans le but de décrédibiliser le gouvernement. Et le suicide le 20 décembre d’un colonel, le septième officier dont le nom apparaît dans le dossier Ergenekon à avoir mis fin à ses jours ou à avoir trouvé la mort dans des circonstances parfois qualifiées de « douteuses », ajoute à la confusion ­ambiante.

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Sources

Source : Le Figaro, le 28.12.09

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