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Murathan Mungan, la Traversée du miroir

jeudi 8 septembre 2011, par Marie-Michèle Martinet

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Les miroirs ont toujours tenu une place privilégiée dans le décor littéraire de Murathan Mungan, dont les éditions Actes Sud viennent de publier un troisième ouvrage en français, Les Gants et autres nouvelles. Le premier, paru chez le même éditeur en 2003, s’intitulait d’ailleurs Quarante chambres aux trois miroirs. Dans une pâtisserie du vieux Pera, on y faisait la connaissance d’une jeune femme pleine d’ennui qui, sur le conseil d’un vieux proxénète arménien, s’initiait à la traversée des apparences. A ses risques et périls… Dans ce nouveau recueil, il est à nouveau question de rompre la surface trop lisse des apparences. Mais c’est comme si les miroirs n’avaient plus le même reflet qu’autrefois ; plus la même luminosité.

Parfois, on les a même décrochés du mur auquel ils semblaient fixés pour toujours : « A l’emplacement qu’occupait le miroir, la couleur du mur n’a pas fané, note l’écrivain, dans la nouvelle intitulée Certitudes transitoires. Le miroir n’est plus là. Ni dans cette maison, ni dans l’autre. Un vers d’un vieux poème oublié me revient en mémoire : “Les miroirs, je les vois, mais ils ne me voient plus.” »

Au fil des années, l’écriture de Murathan Mungan a évolué au rythme de cette transformation : comme s’il s’était détaché lentement de l’image parfois complaisante de lui-même dans laquelle il se contemplait pour aller chercher tout au fond, là où sont tapies les ombres effrayantes de la mort, de la vieillesse et des regrets. « Absorbés par les jeux chatoyants de notre méchanceté, nous nous étions crus à l’abri de l’amour », confesse l’écrivain dans Petit film sur les amours d’un méchant et d’une femme de mauvaise vie avant de conclure : « Même si nous l’avions voulu, nous aurions été incapables de devenir des gens bien, mais en revanche, j’avais une chance de devenir un bon écrivain. »

Murathan Mungan est devenu un très bon écrivain. Et quand, dans Rien ne vaut l’été, et dans une voiture garée sur un parking, il rapproche un père et son fils, qui voudraient se parler mais en sont incapables l’un et l’autre, il touche à la perfection :

— Rien ne vaut l’été ! dit le père à son fils, qui le rencontre pour la première et la dernière fois de sa vie.

— On te croyait mort, répond sèchement le fils.

Et l’autre lui dit ceci :

— Ne t’en fait pas, les gens de mon espèce ont la vie dure. Mais une vie errante, c’est ce qu’il y a de plus dur.

Un peu plus tard, le père demande :

— Tu as douze ans, c’est bien ça ?

— J’aurai quatorze ans en novembre.

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Les Gants et autres nouvelles, Actes Sud, Arles, 2011

- Edition originale : Metis, Istanbul, 2003

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- Article original paru sur le blog de Marie-Michèle Martinet

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