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Deux généraux grecs se confient

mardi 6 juin 2006, par Yorgo Kirbaki

© Traduction pour Turquie Européenne

© Radikal, le 04/06/2006

Alors que les relations gréco-turques connaissent un de ces habituels regains de tension sur la question précise de la Mer Egée (manœuvres autour de certains îlots, collision de deux F16 au-dessus de l’île de Rhodes), deux anciens généraux grecs confient leur expérience des limites imposées par la nationalisme hellène à la recherche de solutions viables dans les rapports entre Ankara et Athènes.
Correspondant du quotidien Radikal en Grèce, Yorgo Kirbaki a relevé l’essentiel des déclarations de ces deux officiers, parues dans le journal Elefterotipia.

Athènes L’ancien commandant en chef des forces aériennes grecques le général Yorgo Andonecis et l’amiral Andonis Andoniadis, ancien commandant des forces navales se sont récemment exprimés dans des propos très francs :
« Le problème de la mer Egée aurait pu être réglé à maintes reprises ».

Alors que la tension n’est pas peu montée ces derniers temps à Athènes lors de la collision de deux avions, l’un turc, l’autre grec dont le pilote a péri, comme lors des derniers mouvements autour des rochers de Kardak (groupe d’îlots désertiques à proximité de Bodrum, Sud-Ouest de la Turquie, au sujet desquels Turcs et Grecs furent au bord de la guerre en 1996), les deux officiers supérieurs n’ont pas fait économie de courage dans une série de déclarations faites au journal Elefterotipia.

Le général Andonecis s’en est pris à la thèse selon laquelle les avions turcs violeraient l’espace aérien grec en rentrant dans la FIR (Flight Information Region : zone de l’espace aérien dans laquelle l’information relative aux vols est coordonnée par une autorité. La Mer Egée relève de deux zones, divisée longitudinalement par une ligne dite ligne FIR) sans donner de plan de vol préalable.
« La FIR est une zone de responsabilité non de souveraineté. Le Traité de San Francisco portant création de l’Association Internationale de l’Aviation Civile (ICAO) impose une obligation de publication des plans de vol aux avions civils. Les vols militaires en sont exemptés. Ce n’est que plus tard que l’ICAO a recommandé une procédure similaire pour les vols militaires. Bien que nous soyons conscients de la faiblesse de notre position en termes juridiques, voilà trente ans que nous poursuivons la même politique. »

Andonecis a rappelé qu’Athènes avait refusé la proposition de l’OTAN et des USA visant à soumettre les plans de vol des avions de chasse turcs par le biais du commandement allié. « Cela aurait été suffisant à la fois pour assurer la sécurité des vols et pour être informé à temps des vols à venir. »

« Un problème central aurait ainsi pu être résolu mais aiguillonnés par un nationalisme extrême, nous avons refusé de l’envisager. J’ai personnellement fait valoir ma position mais je n’étais pas chef de l’état-major. La Grèce n’a pas pu faire preuve du courage politique nécessaire » , a, quant à lui, déclaré, l’amiral retraité.

Andonecis a ensuite critiqué le refus grec d’établir des contacts entre les commandements militaires des deux pays, initiative capitale si l’on tient compte du rôle important des militaires en Turquie. « Si nous avions pu entamer des relations avec les militaires turcs, nous aurions pu éviter des problèmes comme les collisions en Mer Egée. »

Andonecis a également considéré que le fait de considérer son espace aérien jusqu’à 10 miles au-delà de la côte alors que les eaux continentales s’arrêtent à 6 miles « était largement attaquable par le droit international et maritime. C’est la seule situation de ce type au monde. »

Les deux officiers supérieurs se sont également appliqués à critiquer la thèse en vogue à Athènes selon laquelle les militaires turcs sont à la recherche d’une crise à l’extérieur de la Turquie :
«  La moindre action des Turcs en Mer Egée est vouée à soutenir leur position sur leurs intérêts nationaux. Cela n’a rien à voir avec la situation politique interne. »

Lourde facture

Le quotidien Ta Nea a révélé que les actions militaires en Mer Egée, les vols, la chasse aux avions turcs, comme la formation des pilotes revenait à environ 1,2 millions d’euros par an.
Depuis 1974, ce sont 197 avions de chasse qui ont été abattus, 115 pilotes qui ont disparu pour une facture globale (en ce qui concerne les avions) de plus de 8 milliards de dollars.

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