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Turquie religions : Réouverture au culte, une fois par an, de l’église d’Akhtamar et du monastère de Sümela.

jeudi 12 novembre 2009, par Laura Pagliaroli

Selon un article, paru le 5 novembre 2009, dans le quotidien turc anglophone, « Hürriyet Daily news », le ministre turc de la culture et du tourisme, Ertuğrul Günay, a décidé d’autoriser l’ouverture pour la prière, une fois par an, de l’église arménienne de la Sainte-Croix dans l’île d’Akhtamar, sur le Lac de Van, et du Monastère grec orthodoxe de Sümela, dans la province de Trabzon.

La restauration de l’église de la Sainte-Croix (photo 1) avait provoqué, en 2007, une tempête de protestations des différentes communautés arméniennes, mais aussi d’un certain nombre d’intellectuels turcs, car il avait été décidé, dans le même temps, de la transformer en musée. En effet, ce statut interdisait concrètement que le monument puisse redevenir un lieu de culte. Il avait entrainé de surcroît l’enlèvement de la croix et de la cloche de l’église. Le « Hürriyet Daily News » n’avait pas hésité à qualifier cette opération de « génocide culturel » (cf. son édition du 30 mars 2007 et l’article de Cengiz Çandar écrit sur le sujet).

L’ouverture de l’église à la prière va lui permettre de pouvoir de nouveau arborer une croix, même si cela pose encore des problèmes juridiques, selon le ministre de la culture. La nouvelle croix, réplique fidèle de l’ancienne, suivant la tradition de l’église apostolique arménienne, a été amenée directement d’Arménie par un groupe d’experts et attend le feu vert du Patriarche d’Arménie de Turquie, Mesrob Mutafyan, pour être placée au sommet de l’église.

Parallèlement, la possibilité de prier au monastère de Sümela (photo 2) est aussi un événement. Ce nid d’aigle perché dans une vallée proche de la ville de Trabzon, sur la mer Noire, a lui aussi été restauré, il y a quelques années et avait jusqu’à présent un statut similaire de musée. Il y a un an, un groupe de touristes grecs parmi lesquels figurait le maire de Thessalonique, en personne, avait tenté de se recueillir dans cet ancien monastère orthodoxe, avant d’en être empêché et d’être sévèrement rappelé à l’ordre par les autorités turques.

Les temps changent cependant… Le ministre Ertuğrul Günay est même décidé à aller plus loin et il a proposé une collaboration turco-arménienne pour restaurer le site archéologique d’Ani (photo 3), qui se trouve dans le district Arpaçay, sur la frontière entre les deux pays, à 40 km à l’est de Kars. Ani, a été la capitale du royaume d’Arménie, vers l’an mille (entre 961 et 1045), ce qui lui vaut le nom de « capitale de l’an mille » et de « ville aux mille et unes églises ». Selon le « Hürriyet Daily News », le président arménien du Conseil International des Monuments et des Sites (ICOMOS), Gagik Gürcüyan s’est dit ravi de l’évolution des relations entre les deux pays et a déclaré qu’il souhaitait travailler ensemble sur ce projet culturel.

Pour en revenir à l’Église de la Sainte-Croix, si son retour au culte, une fois par an, a été jugé positivement par Erevan, qui a salué ce geste comme un symbole d’ouverture d’Ankara envers ses voisins arméniens, des remarques plus sceptiques n’ont pas tardé également à affleurer. Rappelant ce qui s’était passé en 2007, lors de la restauration du monument, et comment on avait alors essayé, en Turquie, de gommer l’identité arménienne du site, certains ont jugé cette décision trop tardive en y voyant avant tout une opération de séduction politique du gouvernement turc, régulièrement épinglé, ces derniers temps, par les rapports et évaluations européennes qui lui reprochent de ne pas respecter les droits des minorités chrétiennes. Pour d’autres, cette décision serait surtout en rapport avec la signature récente des protocoles qui doivent normaliser les relations entre la Turquie et l’Arménie et notamment aboutir à la réouverture de la frontière turco-arménienne. Ils pensent donc que cet événement est plus le résultat de préoccupations diplomatiques conjoncturelles que d’une réelle amélioration des droits des minorités chrétiennes en Turquie.

Pourtant, cette réhabilitation au culte, aussi limitée soit-elle, de monuments chrétiens emblématiques comme l’église de la Sainte-Croix ou le monastère de Sümela, et la restauration du site d’Ani, sont loin d’être des faits anodins, si l’on se souvient de la méfiance manifestée encore récemment par l’État turc à l’égard du passé chrétien de cette région. Ces initiatives peuvent aussi contribuer à son désenclavement touristique et culturel, en y attirant en particulier des visiteurs arméniens et grecs. En ce sens, elles pourraient soutenir culturellement les récents accords turco-arméniens et créer de nouvelles synergies.
Laura Pagliaroli

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Sources

Source : Ovipot, le 11.11.09

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