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Turquie : plus l’ombre d’un militaire à l’horizon

mardi 14 juin 2011, par Oral Çalışlar

La future constitution semble suspendue à une entente entre les partis représentés à l’assemblée ; Et c’est une bonne chose.

Le premier vainqueur de cette élection est, sans aucun doute, le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan, et son parti, l’AKP. Son discours et son action reçoivent le soutien assuré d’au moins la moitié de la population. Il nous faut le reconnaître.

Le deuxième vainqueur d’importance est le mouvement politique kurde. Tout particulièrement dans le Sud-Est, on note la dominance confirmée et renforcée des candidats indépendants, enfin du BDP (parti pour la paix et la démocratie, pro-kurde), avec des scores d 82% à Hakkari, d’un peu plus de 60% à Diyarbakir, de 60 % à Van. Les scores sont encore très élevés dans des villes comme Şırnak, Siirt, Muş.

Le troisième leader politique a pouvoir revendiquer un succès est celui du CHP (parti républicain du peuple, kémaliste), Kemal Kılıçdaroğlu. En juillet 2007, ce parti, alors dirigé par son prédécesseur, avait récolté 20,88% des suffrages. Il est passé hier à près de 26% ; ce qui signifie une hausse de 5%, soit une hausse de près de 25%.

Devlet Bahçeli, le leader du MHP (parti de l’action nationaliste, extrème droite) peut aussi figurer au nombre des chanceux. Le scandale des cassettes qu’il a dû essuyer durant la campagne n’était pas rien. C’est un événement qui n’a pas peu éteint son ardeur électorale. Malgré cela, si l’on compare le résultat d’hier à celui obtenu en 2007, le score du MHP ne doit pas être négligé. Mais soulignons tout de même que le MHP est parvenu au point au-delà duquel il sera contraint de changer, et son discours, et sa vision du monde.

Obligation de compromis

Lorsqu’on jette un œil aux nouveaux rapports de force parlementaires, on aboutit à des résultats pour le moins intéressants. Primo, le Premier ministre n’a pas obtenu le nombre de sièges nécessaires pour modifier la constitution de son propre chef. Donc, en l’état, la rédaction de la nouvelle constitution se trouve suspendue à un accord à négocier entre partis. Et c’est une bonne chose.

L’une des raisons de la progression du CHP se tient sans aucun doute dans l’adoption, par ce parti, d’un discours politique bien plus conciliant. Je voudrais souligner que, malgré la dureté de ses discours personnels, ses propositions politiques sont apparues frappées d’un certain sens du compromis. Sa position en faveur d’une solution à la question kurde, en faveur d’une nouvelle constitution, en faveur des civils dans les rapports militaire -civil, était nouvelle et positive. L’électorat a acquiescé. Et de la sorte, Kılıçdaroğlu a su faire la preuve de sa maturité politique. Maintenant, il faut appréhender la nouvelle période avec un sens et un discours fondé sur le compromis.

Dès demain, c’est la question d’une réforme constitutionnelle qui va occuper l’ordre du jour de l’assemblée. Bien évidemment, cette entente entre partis doit converger sur la question kurde.

La Turquie entre dans une nouvelle ère. Nous espérons que nos dirigeants politiques ne liront pas ce nouveau tableau, dans le sens des tensions et des blocages, mais pour le saisir tel qu’il est, c’est-à-dire comme la nécessité de l’entente et du compromis.

Plus l’ombre d’un militaire

Il faut savoir respecter la volonté populaire. La moitié de la société turque au moins est satisfaite de la politique menée par l’AKP depuis huit ans et demi, et souhaite que ce parti reste au pouvoir. Bien évidemment, nous espérons et nous attendons que le Premier ministre Tayyip Erdoğan se lance dans un dialogue meilleur, un dialogue différent de ce qu’il fut par le passé avec l’opposition sur la question de savoir comment solutionner les problèmes les plus bloqués dans le pays ; qu’il s’oriente vers des solutions durables.

Pour la première fois, la Turquie a connu une élection sans l’ombre de l’armée. Et cela, dans notre histoire, c’est une chose très positive, une première aussi. Parce que jusqu’au jour d’aujourd’hui, chaque élection s’est déroulée, d’une façon ou d’une autre, sous l’influence, la tutelle de l’armée. Et pour cette raison, la volonté populaire ne pouvait pas être pleinement exprimée.

Bien sûr, l’un des handicaps les plus sérieux de cette élection fut le maintien du barrage électoral des 10%. Et c’est encore une nouveauté que l’entrée à l’assemblée, plus importante que par le passé, des indépendants, échappant à cet obstacle [Le BDP, parti kurde a décroché 36 sièges, en présentant des candidats indépendants afin d’échapper au barrage des 10% qu’il n’aurait pas franchi à l’échelle nationale, NdT].

Nous attendrons désormais qu’on appuie sur le bouton de la nouvelle constitution...

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Sources

Source : Radikal, le 13/06/2011

- Traduction pour TE : Marillac

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