Logo de Turquie Européenne
Accueil > Revue de presse > Archives 2006 > 04 - Articles d’avril 2006 > Turquie : Nouvel eldorado pour la boulangerie ?

Turquie : Nouvel eldorado pour la boulangerie ?

jeudi 13 avril 2006, par Laurent Estèbe

De plus en plus de firmes de notre filière lorgnent sur ce marché de 70millions d�habitants qui enregistre un taux de croissance de plus de 7% par an. Le début des négociations pour l�adhésion de la Turquie à l�Union européenne, en octobre 2005, a accéléré le processus.

- Par Laurent Estèbe

JPEG - 14.7 ko

C�est un pont entre l�Orient et l�Occident, un axe stratégique qui intéresse de plus en plus les entreprises
françaises, mais aussi européennes du secteur alimentaire et, bien sûr, de la filière BVP. La Turquie se présente désormais avec un formidable potentiel économique.
Pratiquement 10% de croissance en 2004 et plus de 7% au troisième trimestre 2005. Le pouvoir d�achat des Turcs grimpe en flèche (le salaire minimum a été réévalué de plus de 8% au 1er janvier 2006), et tous les secteurs s�en ressentent. L�immobilier, bien sûr, mais aussi l�automobile (900 000 véhicules neufs vendus en 2005) et les biens d�équipements (plus de 2 millions de réfrigérateurs achetés l�année dernière). Dernière indication en date, le nombre de cartes de crédit qui a explosé pour atteindre 30 millions d�unités. Il a doublé en l�espace de deux ans et devrait tripler d�ici cinq ans�

L�alimentaire haut de gamme explose

Avec 41 000 boulangeries-pâtisseries et dix millions de tonnes de blé consommés chaque année, le secteur turc
de la BVP attise les appétits. Et en la matière, les Turcs sont friands d�innovations. Même le Simit, ce fameux petit pain en forme d�anneau aux graines de sésame, présent à chaque coin de rue dans les métropoles du pays, voit sa recette évoluer au gré de la demande des consommateurs qui
veulent être surpris et souhaitent s�adapter aux nouveaux
modes alimentaires à l�occidentale. Et la filière boulangerie,viennoiserie, pâtisserie française a tout à y gagner.

Le groupe Holder, avec son enseigne Paul, n�a pas attendu cette envolée pour s�implanter à Istanbul, la �capitale
économique� du pays, et à Ankara. Cela fait déjà pas mal
d�années que le boulanger français a ouvert des magasins
sur la rive anatolienne du Bosphore. Là où la nouvelle
classe aisée stambouliote a trouvé refuge. Du côté de
Erenköy ou encore d�Etiler et de Yeniköy, on dénombre
six magasins (deux ont d�ailleurs été inaugurés en décembre 2005). Et l�enseigne ne compte pas s�arrêter là.
Côté marketing, pas de grandes innovations. Le concept
est respecté à la lettre. Chez Paul installé à Nisantasi (on prononce Nichantachi�), un quartier chic d�Istanbul,
on croirait entrer dans une boulangerie Paul française !
Même vitrine, même décoration� Rien ne change. Normal.
C�est l�image de la gastronomie à la française qui prime
avant tout pour la classe aisée stambouliote.

Donc tout ce qui ressemble à du �Made in France� est bon pour le commerce, même si l�image du pays a été ternie par le refus massif des Français d�intégrer la Turquie au sein de l�UE�

Forte concurrence dans la levure

Dans le petit monde de la levure, Lesaffre, le leader mondial français, a tenté de tuer la concurrence turque �dans l��uf� en rachetant, il y a quelques années, Özmaya, l�un des groupes les plus importants du secteur. Mais les levuriers turcs ne s�en laissent pas compter. Difficile pour eux de venir en France, alors leur développement passe par l�Afrique du Nord, le Moyen-Orient et l�Asie. Pakmaya est d�ailleurs le leader en Turquie. Mais il a fort à faire avec la concurrence étrangère et locale, comme avec la société Akmaya qui appartient au groupe Garipoglu.

Que ce soit encore Puratos ou Ireks, tous ont décidé
d�ouvrir des partenariats ou des filiales à part entière
pour être présents sur un marché à fort potentiel et
maintenant ouvert au haut de gamme [...]


EMINE KAPLAN

De la meunerie à la boulangerie

JPEG - 15.1 ko

Emine Kaplan est l�image même d�une jeune femme de la Turquie moderne. Elle parle quatre langues : le turc, l�anglais, l�espagnol et le français (puisque �cette�
globe-trotter est née à Lyon).
Titulaire d�une maîtrise de Sciences économiques et d�un DEA à l�Université de Galatasaray, elle a commencé par vendre du matériel de meunerie, avant de prendre en charge
la direction des ventes chez le levurier Akmaya. Appartenant au groupe familial d�Adana Garipoglu, Akmaya tente de lutter contre les �grosses cylindrées� que sont Özmaya (filiale de Lesaffre) et surtout Pakmaya, le leader du marché de la levure en Turquie.
Tout d�abord spécialisé dans le textile, Garipoglu s�est diversifié sur ce secteur en construisant,
dans les années 90, une usine à Adana (sud de la Turquie).
Face à un marché local saturé en levure fraîche, Akmaya joue la carte de l�exportation avec sa gamme de levure sèche et réalise désormais 90 % de son chiffre d�affaires sur l�Algérie, l�Afrique noire francophone, le Moyen-Orient, la Chine, la Malaisie ou encore l�Indonésie. Cela tombe bien, Emine Kaplan ne tient pas en place. Elle adore voyager et son travail lui en fournit l�occasion. Avec une hausse de 15 % du chiffre d�affaires, en 2005, Akmaya tente de se faire une petite place dans le monde impitoyable de la levure.


[...]

Process : le haut de gamme à la française

Dans le process aussi, la concurrence est intense. Locale tout d�abord, avec des constructeurs comme Fimak, Ekmasan,
Dirmak Makina, Egemak Makina, Ekmak Makina, Enko-Mak
Makina� Ils sont nombreux, mais la qualité n�est pas toujours au rendez-vous. C�est plutôt du matériel destiné à la production de pains bas de gamme, mais leur concurrence est terrible sur les marchés russe ou asiatique pour lesquels les Turcs croisent le fer avec les Chinois. Les spécialistes allemands du process l�ont bien compris. Ils sont déjà là, mais pendant ce temps, certains constructeurs français, comme VMI, s�attaquent aux industriels de la BVP turque sur le haut de gamme. Et là, c�est un marché énorme qui s�ouvre.

« C�est une des zones où l�on enregistre nos résultats les plus probants », souligne Jérôme Villard, directeur commercial du spécialiste français du pétrin. « La BVP turque est en plein essor et les industriels cherchent à acquérir plus de compétitivité sur des produits haut de gamme avec des solutions techniques innovantes », poursuit-il.

Ibatech, la rencontre Est-Ouest

Rien à voir avec le salon allemand IBA� Mais Ibatech, qui se déroulera du 20 au 23 avril 2006 au World Trade Center
Exhibition Complex d�Istanbul, offre tout de même une excellente opportunité pour les professionnels ouest européens de rencontrer de futurs acheteurs potentiels. Jérôme Villard de VMI y sera, tout comme ses collègues de Rondo Doge ou de Diosna qui y exposeront une partie de leur gamme. Pour le directeur commercial industrie de VMI, c�est l�occasion de rencontrer ses clients et de croiser de nombreux industriels venus des pays de l�Est, de Russie ou du Moyen-Orient. Pour Hakan Gençoglu, président du salon turc, cette édition permet de �décentraliser� les manifestations professionnelles du secteur de la BVP, ailleurs qu�en France ou en Allemagne par exemple, et de faire se rencontrer des opérateurs qui n�ont pas l�opportunité de venir en Europe de l�Ouest.
Après avoir enregistré la visite de 23000 professionnels et
plus de 100 exposants lors d�Ibatech 2004, Hakan Gençoglu
espère monter en puissance avec l�édition 2006. -


F U S I O N

Carrefour poursuit son implantation

Selon Cercle Finance, société de conseil en bourse, Carrefour et Sabanci annoncent que leurs opérations
turques seront désormais placées en une seule entité CarrefourSA, résultat de la fusion absorption de Gima. La cotation de CarrefourSA n�interviendra qu�à l�issue du processus de fusion soumis à l�approbation des actionnaires de CarrefourSA et de Gima au cours du second semestre 2006. En 2005, Carrefour Turquie a acquis les parts détenues par Fiba dans deux distributeurs turcs, Gima et Endi. Gima, troisième chaîne de supermarchés en Turquie, exploite 81 magasins à travers le pays et est cotée à la Bourse d�Istanbul. Par cette opération, Carrefour est devenu le leader de la distribution alimentaire turque.


© Valeurs Boulangères, mai 2006.

Télécharger au format PDFTélécharger le texte de l'article au format PDF

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0