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Turquie : Le président turc refuse un expert de la finance islamique pour la banque centrale

samedi 1er avril 2006, par AFP, Guillaume Perrier

© AFP

© LE MONDE

ANKARA - Le chef de l’Etat turc Ahmet Necdet Sezer a refusé de nommer un spécialiste de la finance islamique à la tête de la banque centrale de la Turquie, pays musulman mais laïc, et renvoyé un décret du gouvernement sur cette nomination, a-t-on annoncé samedi de source officielle.
Le gouvernement de tendance islamo-conservateur du parti de la Justice et du Développement (AKP) avait envoyé un décret au président le 15 mars dernier et M. Sezer, gardien farouche des valeurs laïques, l’étudiait depuis.

La nomination de M. Adnan Büyükdeniz, actuel PDG de la société de crédits AlBaraka Türk aux capitaux arabes, n’a pas été approuvée et renvoyée au gouvernement, a indiqué le service de presse du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.
« Le décret du conseil des ministres sur la direction de la banque centrale n’a pas été approuvé par le président qui ne l’a pas estimé approprié », précise un communiqué laconique.

Les spéculations sur le prochain gouverneur ont provoqué la semaine dernière une baisse de 3,1% de la bourse d’Istanbul et la valeur de la livre turque (YTL) est repartie à la baisse.
M. Büyükdeniz, âgé de 48 ans, diplômé de l’Universiré Bogaziçi d’Istanbul, a passé une maîtrise à la prestigieuse London School of Economics.
Il devait remplacer Süreyya Serdengeçti, qui, lors de son mandat, a vu l’inflation tomber au niveau le plus bas depuis les années 1970.
Plusieurs noms ont été évoqués pour succéder à Süreyya Serdengeçti qui a achevé, le 14 mars, son mandat de cinq ans à la tête de l’institution bancaire.
Le vice-gouverneur, Erdem Basçi, était fortement pressenti pour lui succéder mais les services du président de la République, ont révélé mardi que son nom n’avait finalement pas été retenu et ne figurait pas dans le décret de nomination.

M. Serdengeçti a pris la tête de la Banque centrale en 2001 alors que la plus grande crise financière de l’histoire moderne de la Turquie frappait de plein fouet le pays le poussant à demander l’aide urgente des institutions monétaires mondiales.
Sa politique monétaire vigoureuse a permis de réduire l’inflation chronique qui était de l’ordre de 125% (sur un an) en 1994 à moins de 10% ces deux dernières années.

M. Erdogan a été critiqué par les analystes politiques et économiques pour la façon dont il a géré cette nomination, notamment en raison du manque de transparence. Le nom de M. Büyükdeniz n’avait jamais été rendu public officiellement par M. Erdogan jusqu’à ce samedi. Le fait qu’il veuille nommer une personne proche de ses convictions religieuses à cet important poste a été également dénoncé.
A l’instar des épouses de nombreux ministres et députés de l’AKP ainsi que les cadres nommés par ce parti, arrivé au pouvoir en 2002, la femme de M. Büyükdeniz porte le foulard et c’est pour ce motif que M. Erdogan l’aurait préféré, selon la presse.
La mouvance laïque y voit le signe d’une volonté « d’islamiser » la politique monétaire turque. Le ministre des Finances, Kemal Unakitan, est aussi un ancien cadre d’AlBaraka Türk.

© AFP - 25/03/06


La désignation du futur gouverneur de la banque centrale fragilise les marchés

Par Guillaume Perrier, le 24/03/06

ISTANBUL - Le fauteuil vacant de gouverneur de la banque centrale turque suscite la convoitise. Et ces derniers jours, l’incertitude qui plane sur la nomination du nouveau dirigeant a fortement perturbé les marchés financiers : la Bourse d’Istanbul a marqué le pas et la valeur de la livre turque (YTL) est repartie à la baisse.

Plusieurs noms ont été évoqués pour succéder à Süreyya Serdengeçti qui a achevé, le 14 mars, son mandat de cinq ans à la tête de l’institution bancaire. Le vice-gouverneur, Erdem Basçi, était fortement pressenti pour lui succéder mais les services du président de la République, Ahmet Sezer, ont révélé, mardi 21 mars, que son nom n’avait finalement pas été retenu et ne figurait pas dans le décret de nomination.

La presse locale avait émis l’hypothèse que sa candidature puisse être rejetée par la présidence, bastion de la laïcité turque, au motif que sa femme porte le foulard islamique. Mais, d’après les quotidiens Hürriyet et Sabah, le gouvernement turc dirigé par l’AKP (Parti de la justice et du développement), de tendance islamo-conservatrice, aurait proposé la candidature d’Adnan Büyükdeniz, l’actuel dirigeant de la banque islamique à capitaux saoudiens, Al-Baraka-Türk.

La mouvance laïque y voit le signe d’une volonté « d’islamiser » la politique monétaire turque. Le ministre des finances, Kemal Unakitan, est aussi un ancien cadre d’Al-Baraka-Türk.

La possible arrivée d’un homme réputé proche du gouvernement effraye quelque peu les milieux d’affaires turcs qui ont critiqué le processus de désignation.

Discipline financière

« Il y avait assez de temps pour régler cette question et le gouvernement aurait pu le faire d’une meilleure façon. Nous souhaitons que le nouveau gouverneur poursuive la politique de Süreyya Serdengeçti et assure la stabilité des prix. Le reste ne nous concerne pas », a déclaré Ömer Sabanci, le président de la Tüsiad, la puissante organisation patronale turque, ajoutant qu’il ne comprenait pas « pourquoi un gouverneur performant n’a pas été autorisé à poursuivre sa mission ».

M. Serdengeçti avait pris ses fonctions en 2001, au lendemain d’une crise financière qui avait laissé la Turquie exsangue. Appliquant une politique drastique et une discipline financière sans précédent, il avait contribué au redressement de l’économie nationale. Le taux d’inflation, de près de 70 % en 2001, est passé sous les 8 % en 2005.

© LE MONDE

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