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Sarkozy, Merkel, Ratzinger : étonnantes plasticités !!!

mercredi 26 septembre 2007, par Marillac

Agitation névrotique et mouvements browniens dans les petits cloaques de l’extrême droite et de son euphémistique acolyte, la droite extrême : rayez la Turquie des faces de vos billets ou bien lancez donc des pétitions identitaires « européennes !!! », histoire de donner quelque fond nauséabond à des discours parvenus à l’étiage.
Les évoquer, c’est encore leur donner trop d’importance. C’est surtout s’affliger de pas grand-chose.

Plus intéressant serait de considérer, précisément, les causes de cette agitation. Elles sont diverses et encore largement confuses. Observons-en donc quelques manifestations.

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Trois précisément.

- Angela Merkel tout d’abord. Voilà une dame tout en franchise qui n’hésite jamais trop à dire ce qu’elle pense. Ce qui explique certainement que le hiatus soit chez elle le moins prononcé. On la savait farouchement opposée à la perspective d’une adhésion de la Turquie à l’Europe. Elle l’avait suffisamment martelé durant sa campagne contre M. Schröder, quant à lui, farouche partisan.

La voilà élue, qui s’honore de respecter à la lettre le principe du « Pacta sunt servanda » avec cette même Turquie. Logique, nous répondra-t-on, elle est tenue en cela par son alliance avec le SPD et notamment par la présence d’un social-démocrate à la tête de la diplomatie allemande. Soit. Cela ne nous laisse pas moins songeur quant à la portée et à l’urgence de la divergence « fondamentale » souvent invoquée entre Partenariat privilégié et adhésion de la Turquie…
Honnête, la chancelière allemande n’en omet pas moins de rappeler régulièrement son opposition à l’adhésion de la Turquie à l’UE. Mais sur un ton plus correct et plus pratique, en somme plus convaincant que ne le laissait entendre un certain romantisme bavarois et catholique à la Stoiber.

Les catholiques justement, parlons-en.

- Benoit XVI alias Joseph Ratzinger, brillant théologien et vaillant conservateur ayant voué une partie de son combat « spirituel » à la reconquête des esprits et, en somme, d’une transcendance sacrifiée sur l’autel du relativisme des sociétés modernes et occidentales.

Transcendance de valeurs donc censées porter comme les piliers d’une cathédrale la plénitude d’une personnalité, d’une « identité » depuis le matériel jusqu’au spirituel. Et ces valeurs, où les trouver si ce n’est dans le legs de l’Eglise, dans ses dogmes, comme dans la parole de son chef infaillible depuis un peu plus d’un siècle ? Et comment faire en sorte qu’elles fassent à nouveau l’objet d’une appropriation par les fidèles ou possibles fidèles sans faire en sorte qu’elles leur soient propres comme un héritage, non plus universel, mais civilisationnel ?

Toute une tendance se dessine ici qui retourne l’universel en global et relatif et pose le civilisationnel, l’identitaire en absolu par peur des mutations si rapides dans le monde d’aujourd’hui. Et il est à noter que dans ce contexte, la question de l’adhésion de la Turquie perçue par des laïques comme une menace directement portée à l’identité européenne procède d’un même processus

Mais comment se fait-il qu’un Joseph Ratzinger opposé à cette adhésion de la Turquie, suppôt du mélange des genres et du relativisme en Europe, soit devenu le Benoit XVI qui considère cette adhésion comme une opportunité pour l’Europe ? Double langage ou double dimension ?
Impératifs flous de la diplomatie vaticane qui ne veut pas se retrouver à la remorque de l’histoire ?

Boulangisme anatolien

- Nicolas Sarkozy. On pouvait légitimement se poser la question de savoir pourquoi le descendant, par sa mère, d’une famille juive de la Salonique ottomane, et qui, pour certains en Turquie, ne peut pas ne pas connaître la langue de son grand-père, le ladino, cette langue des juifs d’Espagne réfugiés dans l’Empire ottoman au moment de la Reconquista, se complaisait tant à la dureté sur cette question de l’adhésion turque.
Faut-il en cela tenir pour responsable cette fâcheuse habitude boulangiste qui ne grise pas peu tous les prétendants à sa vague déferlante ? Il doit assurément y avoir de cela. Ma gloire est belle et mon panache plus évident à mesure que j’en rajoute.

Résultat : le hiatus bien terne chez Angela Merkel recouvre avec Nicolas Sarkozy toute la brillance du personnage.

Il a beau rappeler, fort à propos, le principe de son engagement contre l’adhésion de la Turquie, le voilà – et cela n’a pas échappé aux pitt-bulls de l’extrême droite – engagé sur une ligne que n’aurait pas renié son prédécesseur : elle est celle suivie par la diplomatie française depuis des années sur le dossier.

Le « must » dans cette affaire serait au final, de commencer à prendre les Français pour autres entités que celles à qui on sert des stupidités sur la Cappadoce et l’Asie Mineure. Quel est ce truisme qui veut que la Turquie soit en Asie Mineure puisque transposé sous d’autres longitudes, cela revient à déclarer que la France se situe en France, l’Europe en Europe et que c’est une bonne raison pour ne pas prendre la Turquie ?
Comment expliquer que ce soit aujourd’hui Edouard Balladur, autre personnalité liée intimement à la Turquie, qui se prononce en faveur d’une abrogation de l’article 88-5 portant nécessité d’une consultation des Français pour toute nouvelle adhésion à l’UE ?
Comment ignorer plus longtemps, les liens qui unissent depuis des siècles nos deux pays ?

Les explications à cette plasticité sarkozo- ratzingo- merkelienne nous les laisserons au temps et aux événements à venir.

La morale de ces histoires ?
Elle est à deux étages :

- La Turquie doit pouvoir continuer son bonhomme de chemin en toute autonomie sans que l’on vienne lui mettre des bâtons dans les roues. Voilà bien l’essentiel et elle nous a montré cet été qu’elle en avait les ressources. Le reste de la question - l’adhésion à proprement parler - est strictement européen : on peut, et on doit d’ailleurs en débattre dès aujourd’hui. On ne la tranchera que dans le temps.

- Le hiatus est certainement très pratique en politique. Mais seulement à court terme. Et seulement si l’on se jure de ne jamais dire la vérité. A la longue, ça devient gênant. Il faut donc lutter contre le cumul des mandats...

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