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Rétropédalage et turcophobie

mardi 4 octobre 2005, par Pierre Marcelle

Libération - 04/10/2005

Rien, décidément, ne semble trop bas ni trop démagogique aux contempteurs d’Istanbul pour empêcher l’adhésion de la Turquie à l’UE. Dans ce contexte, la sortie de cette Françoise Grossetête, député européen (UMP), par exemple, invoquant dans cette hypothèse « un bras d’honneur à la démocratie » (que de crimes on commet en son nom !, ndr), ne serait qu’une voix dans la meute, et de médiocre qualité, eu égard à d’autres, autrement sonores. Dans le genre, la saillie de Valéry Giscard d’Estaing faisant ricaner les sarkosystes de l’UMP en leur laissant à imaginer ce que serait une délégation de l’Union dirigée par un Turc (un Turc, grand Dieu !... Vite, vite, les gousses d’ail, l’eau bénite et le goupillon !) n’était pas mal du tout. A condition, bien sûr, de vite oublier que l’auteur de ce mâle propos ­ limite très xénophobe, tout de même ­ dirigea avec le succès que l’on sait la rédaction du traité pour « donner une Constitution à l’Europe »...

Quant à la lettre de quarante-trois députés de la majorité adressant à leur chef élyséen l’expression de leur « sincère aversion », au moins a-t-elle le mérite d’appeler un chat un chat et un Turc un bougnoule islamo-terroriste (qu’ils trouvent ici, eux et leur mentor Sarkozy, Pénélope gouvernementale un pied dedans, deux pieds dehors, l’expression de ma « sincère aversion »). Au-delà du prétexte à ainsi ressusciter l’essence très chrétienne de l’entité continentale, ces glapissements antiturcs sonorisaient hier à Luxembourg le projet quasi explicite de revenir sur les engagements pris en 2004 par l’UE, établissant que l’adhésion de la Turquie (et non un « partenariat », aussi « privilégié » fût-il...) demeurait le but du processus de négociation. A moins d’inscrire dans les règlements de Bruxelles la rétroactivité de la parole donnée et des accords signés. On confierait la rédaction de ce codicille à M. Pascal Clément, spécialiste du bracelet électronique, de la rétroactivité des lois et de l’inconstitutionnalité des Constitutions.

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