Logo de Turquie Européenne
Accueil > Agenda > Rencontre avec la Littérature turque Contemporaine à Strasbourg le 29 (...)

Rencontre avec la Littérature turque Contemporaine à Strasbourg le 29 mars

lundi 15 mars 2010, par Açikçay

source DETS

Dans le cadre de la saison de la Turquie en France :
Le Département d’Etudes Turques de l’Université de Strasbourg

a le plaisir d’accueillir

Füruzan et Ayşe Sarısayın
Le 29 mars 2010
de 16h00 à 18h00

MISHA
5, allée du général Rouvillois – Strasbourg
Salle de la Table Ronde
Contact : Samim Akgönül (akgonul@unistra.fr)

Füruzan,

qui vit à İstanbul, où elle est née en 1935, est l’un des écrivains majeurs de la littérature turque.
Autodidacte, elle a tôt publié des nouvelles dans les revues Yeni Dergi et Papirüs.
La nouvelle Pensionnaire d’État (Parasız Yatılı) a donné son titre à son premier recueil de nouvelles qui,
paru en 1971, a été couronné par le Prix de la nouvelle Sait Faik Abasıyanık. Elle est l’auteur de plusieurs
autres recueils de nouvelles et de romans, dont le premier, Ceux de 1947 (Kırk Yedi’liler), lui a valu le
Prix du roman de l’Institut de la langue turque.
Dans un style pointilliste et d’une grande sobriété, elle fait vivre des personnages marginaux ou déclassés,
surtout féminins et souvent jeunes. Elle décrit moins des actions que des situations, des instants cruciaux
où les destins se scellent. Par touches parcimonieuses, elle fait entendre des voix intérieures qui racontent
la même histoire, cependant toujours singulière, et composent la petite musique de cette grande
nouvelliste.
Füruzan a également signé un recueil de poésies, une pièce de théâtre et un film, Mes Cinémas (Benim
Sinemalarım, 1990) qui, adapté d’une de ses nouvelles, a été sélectionné aux festivals de Cannes et de
Tokyo. Plusieurs séjours en Allemagne lui ont encore inspiré des récits, notamment sur la condition
d’immigré.
Nombre de ses ouvrages ont été traduits dans différentes langues étrangères, en particulier en allemand.
Sa maison d’édition, YKY (Yapı ve Kredi Yayınları), a rassemblé ses œuvres complètes dans l’un des
premiers volumes de sa collection Delta qui s’apparente à celle de La Pléiade chez Gallimard et accueille
aussi et entre autres les œuvres complètes de Sait Faik Abasıyanık et de Nâzım Hikmet. Füruzan était
l’invitée d’honneur du salon du livre d’İstanbul 2008 (Tüyap) ; à cette occasion, YKY a publié un
ouvrage retraçant son parcours (Füruzan diye bir öykü, Une nouvelle nommée Füruzan).
Seules certaines de ses nouvelles ont été traduites en français, dans des ouvrages collectifs et des revues,
en particulier dans l’Anthologie de nouvelles turques contemporaines éditée en 1990 par Publisud et
aujourd’hui indisponible.
Les éditions Bleu autour, qui publient en 2010 l’intégralité de son recueil de nouvelles Parasız Yatılı,
envisagent, comme elles le font avec l’œuvre de Sait Faik Abasıyanık, de publier en français d’autres
titres de Füruzan.

Ayşe Sarısayın,
qui vit et travaille (comme cadre dans une firme pharmaceutique) à İstanbul, où elle est née en 1957, a
publié en 2001 son premier livre, Çok şey yarım hâlâ (Beaucoup de choses restent encore inachevées),
recueil de souvenirs sur son père, le grand poète Behçet Necatigil (1916-1979).
Ce premier geste d’écrivain l’a vite conduite à composer des nouvelles. Toutes s’amorcent par quelques
vers d’un poète turc, sortes de précipités de l’intuition dont procède chacune de ses nouvelles. Ayşe
Sarısayın y campe des femmes dans leur quotidienneté, souvent prisonnières de leur condition, brisées,
sans illusion, mais lucides, face aux hommes qui apparaissent comme leurs miroirs, eux aussi prisonniers
de leur genre, entrevus du lieu de prédilection de l’auteur, la maison, siège de la mémoire. Mémoire
intime, et politique : ses personnages évoluent dans les années sombres qui ont suivi le coup d’État
militaire du 12 septembre 1980.
Elle a publié trois recueils de nouvelles, tous couronnés par un prix : Yorgun Anılar Zamanı (Au temps
des souvenirs las, 2004, Prix Yunus Nadi), Denizler Dört Duvar (Entre quatre murs, et la mer, Prix de la
nouvelle Sait Faik Abasıyanık) et Karakalem Resimler (Dessins au crayon noir, 2008, Prix de la revue
Dünya Kitap).
En plus de celui consacré à son père, elle a publié deux autres essais en 2009, Erdal Öz, Unutulmaz bir
atlı (Erdal öz, un cavalier inoubliable) et Beşiktaş, yollar ya da anılar buyunca (Beşiktaş, au long des
rues et des souvenirs), qui portent rspectivement sur un célèbre écrivain et éditeur turc (E. Öz, 1935-
2006), qui fut poursuivi pour délits d’opinion, et sur l’un des quartiers les plus populaires de la rive
européenne d’İstanbul (Beşiktaş).
Ayşe Sarısayın, germanophone, est encore traductrice littéraire de l’allemand.
Le turc, les turcs de Füruzan et Ayşe Sarısayın
Né de la révolution politique et linguistique impulsée par Atatürk sur les décombres de l’ottoman
– empire et langue –, le turc est-il devenue la langue du peuple, unifiée et « pure », imaginée par les
fondateurs de la République ? Ou une langue toujours multiple, chargée de traces d’autres temps,
d’autres contrées (arabes, persanes, indo-européennes), mutante et perméable aussi, puisque
jeune, et, finalement, « clivante » ?
Le turc de Füruzan, sans conteste la grande nouvelliste turque contemporaine, frappe par
l’étendue de ses registres qui disent l’origine géographique et sociale. D’autant qu’il est porté par
des voix intérieures de personnages déclassés, le plus souvent féminins, qui, à bien des égards,
n’ont que leur langue pour maison. Car leur maison n’est généralement pas la leur mais le kösk, le
konak, le kasr, les riches demeures de leurs employeurs, quand elle n’est pas celle du mari non
voulu, nous sommes dans la Turquie, entre les années 20 et aujourd’hui.
C’est dans cette maison-là, celle de femmes prisonnières de leur condition, que Ayşe Sarısayın
campe la plupart de ses nouvelles, qu’elle explore les mémoires. Mémoires intimes et politiques,
comme chez Füruzan, dans le sillage de laquelle elle s’inscrit. Comme elle, elle situe ses fictions
dans un temps donné – pour sa part les années sombres qui ont suivi le coup d’État militaire du
12 septembre 1980 – et elle use de différents registres linguistiques pour traduire ces voix
étouffées.
Füruzan et Ayşe Sarısayın ont aussi l’Allemagne en commun, où toutes deux ont effectué de
longs séjours. La première en a rapporté, pour témoigner de la condition d’immigré turc, deux
livres de reportage, qui témoignent de son ouverture à d’autres genres d’expression : outre le
reportage, à la manière, avant elle, d’un Yachar Kemal, le cinéma, le théâtre et la poésie. Une
ouverture que partage Ayşe Sarısayın, traductrice littéraire de l’allemand et essayiste ; son
premier ouvrage est une évocation de son père, le grand poète Behçet Necatigil (1916-1979) ; et
si elle ne s’adonne pas à la poésie, celle-ci la nourrit, comme l’attestent les quelques vers d’un
poète turc qui, ouvrant chacune de ses nouvelles, en donnent le la, quand ce n’est pas l’inspiration

Télécharger au format PDFTélécharger le texte de l'article au format PDF

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0