Logo de Turquie Européenne
Accueil > Revue de presse > Archives 2007 > 04 - Articles d’avril 2007 > Occasion manquée entre Turcs et Arméniens

Occasion manquée entre Turcs et Arméniens

jeudi 5 avril 2007, par Laure Marchand

Source : Le Figaro

Le gouvernement d’Ankara a remis en état un symbole du patrimoine arménien : l’église de la Sainte-Croix sur une île du lac de Van. Mais sa transformation en musée est contestée par les Arméniens.

La façade du Xe siècle couleur miel et ses bas reliefs représentant des scènes bibliques étaient flanqués de drapeaux turcs et d’un portrait d’Atatürk. Le slogan bien en vue « Respect de l’histoire, respect de la culture », concocté pour l’occasion, achevait de donner le ton de la cérémonie. Dans l’est de la Turquie, posée sur une île du lac de Van tel un joyau, l’église de la Sainte-Croix, vestige de l’ancien royaume d’Arménie, a été restaurée par le gouvernement turc. Avec la remise en état pour un montant d’1,4 millions de dollars de ce symbole du patrimoine arménien qui tombait en ruines depuis la Première guerre mondiale, la Turquie a voulu montrer son intention d’améliorer ses relations avec l’Arménie. Mais l’inauguration, mercredi, s’est transformée en rendez-vous manqué entre les deux pays.

« Notre gouvernement a la volonté de protéger cet héritage culturel », a affirmé Atilla Koç, le ministre de la Culture, soulignant le caractère novateur de cette démarche. En Turquie, le patrimoine arménien a été au mieux laissé à l’abandon, au pire détruit. Le représentant du gouvernement n’a cependant pas prononcé une seule fois le terme arménien dans son discours. Une prudence révélatrice de la tension qui entoure cette restauration. Le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, un temps annoncé, n’avait d’ailleurs pas fait le déplacement. « Il y a renoncé à cause des futures élections (ndlr : présidentielle et législatives) », selon un diplomate européen.

La délégation arménienne, conduite par le vice-ministre de la Culture, Gagik Gyurjan, était également réduite à la portion congrue. Invitée par les autorités turques, elle a été obligée d’effectuer un long détour par la route via la Géorgie. Abdullah Gül, le ministre des Affaires étrangères, avait pourtant souhaité un geste fort et voulait rouvrir pour l’occasion la frontière fermée entre les deux pays depuis 1993 (voir reportage). Les militaires ont mis leur veto.

Du côté arménien, la portée politique de cette rénovation menée par les Turcs a été largement minimisée. « Ces actes ne peuvent pas être considérés comme une mesure positive sur la voie du rapprochement entre les peuples arménien et turc », a déclaré la semaine dernière le ministre arménien des Affaires étrangères. Pour Vartan Oskanian, la réouverture de la frontière constitue un préalable indispensable. Le nouveau statut de l’église de la Sainte-Croix d’Aghdamar, transformée en musée et privée de sa croix, représente une autre source de désaccord.

Pas de relations diplomatiques

Afin de protester contre la perte de la fonction religieuse de l’édifice, vécue comme une négation de son identité, le patriarcat arménien et la diaspora ont refusé de participer à l’inauguration. L’Arménie et la Turquie n’entretiennent pas de relations diplomatiques. Une première délégation arménienne s’était rendue à Istanbul pour les obsèques de Hrant Dink, le journaliste turc d’origine arménienne assassiné en janvier. Cette venue exceptionnelle avait été perçue comme un frémissement. Mais depuis, l’espoir d’une réconciliation politique entre les deux pays est retombé.

Télécharger au format PDFTélécharger le texte de l'article au format PDF

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0