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Négres de Turquie, unissez-vous !

mercredi 26 mars 2008, par Yıldıray Oğur

Avec tous mes respects à Karl Marx.

Un fantôme flotte sur la Turquie. Celui de cette seconde République que l’on attend d’une nouvelle constitution. Toutes les anciennes forces de Turquie se sont alliées dans une sorte de chasse (con)sacrée aux parias.

La bande d’Ergenekon, les organes de l’Etat profond, des journalistes, des juges et certains patrons avancent main dans la main.
Et pour ne pas avouer de quoi ils ont prétendument peur, c’est au sifflet qu’ils ordonnent des marches de protestation. Mais ils ont peur. Et ils ont raison. Qui n’a pas peur d’un spectre ? La Turquie blanche ou, pour filer la métaphore de cette si démocratique Russie blanche qu’est la Biélorussie, la BiéloTurquie, Turquie de tous les malheurs, prend l’eau de toutes parts.

Et tout le monde s’en aperçoit. Ce n’est pas en interdisant et en fermant les partis pour lesquels 54% des électeurs se sont prononcés (AKP + DTP, parti pro kurde, ndt) que vous allez empêcher le fantôme de vous surprendre n’importe où, n’importe quand. Ils le savent très bien.

Ils ont peur de se comparer aux nègres. Et de perdre le pouvoir qui était le leur dans cette première République d’apartheid. Ceux qui disent de cette lutte qu’elle est une lutte des classes sont dans le vrai. Totalement dans le vrai.
La chose qu’ils craignent le plus, et bien c’est qu’un beau jour, tous les nègres de BiéloTurquie se découvrent les uns les autres et se rendent compte qu’en fait, à côté d’eux, vivent aussi d’autres nègres.

Rêves et cauchemars

Ce DTP qui, le premier, s’est opposé fermement à la procédure judiciaire de procès en interdiction lancé contre l’AKP est leur pire cauchemar. Ce premier ministre qui lance « pas de discussion avec le DTP », quant à lui, est leur rêve. La chanteuse Bülent Ersoy qui « préfère une solution à la mort », leur cauchemar. Et Oray Egin, indéfectible défenseur d’Ergenekon et voix outragée de la blanchitude turque « opprimée », leur plus grand rêve.
Comme ce MHP (Parti du Mouvement Nationaliste, extrême droite) qui a pris le sillage du CHP (Parti Républicain du Peuple, « gauche » nationaliste et kémaliste) et qui n’a encore rien dit contre cette procédure judiciaire de fermeture de l’AKP.

Et quel cauchemar que ce Bahçeli, leader du MHP, défiant la république blanche dans un discours assez dur !

Ne rêvent-ils pas aussi de cette dirigeante du patronat Arzuhan Yalçindag qui parle d’Europe tout en restant incapable de dire le moindre mot sur cette décision du procureur concernant l’AKP ? Tout en redoutant l’existence de ce capital « nègre » qui refusant le silence du patronat décide de publier une contre-déclaration.

Et comment ne peuvent-ils pas avoir peur de cette Europe dont ils singent la blancheur à grand renfort de poudre, cette Europe offusquée : « vous êtes fous, c’est quoi ce procès ? »

Car leur rêve ne s’écrit-il pas ainsi : « ah nous serions même entrés en Iran. Il aurait suffi que les USA nous soutiennent, qu’ils nous permettent de faire un petit coup d’Etat en 2009 et qu’ils lâchent l’AKP… » ?

« Que l’on mette fin à cette blague de la démocratie. Ce ne sont pas les procureurs mais bien le peuple, fatigué des politiques néo-libérales menées par le gouvernement, qui veut interdire l’AKP », déclarent les gauchistes kémalistes et romantiques dont ces gens rêvent la nuit et le jour. Leur cauchemar ? Des hommes de gauche comme Ufuk Uras (député de gauche, élu comme indépendant le 22 juillet dernier, ndt) qui déclarent ouvertement qu’une telle procédure judiciaire consiste à couler sous une chape de silence l’enquête entamée sur le réseau Ergenekon.

Un autre de leurs rêves : « que l’on marche à nouveau en masse sur le mausolée d’Atatürk ». Comme s’il s’agissait d’une idée neuve. Leur cauchemar : que les Jeunes Civils remarchent ironiquement sur le mausolée miniature de Miniatürk.

Leur rêve : pouvoir diriger pour encore 80 ans autant de nègres en s’arrangeant pour qu’ils se déchirent les uns les autres. Leur cauchemar : que les nègres commencent à se demander pourquoi ce sont toujours les mêmes blancs qui les dirigent toujours.

[...]

Leurs cauchemars, nos rêves. Nos rêves, leurs cauchemars. Voilà bien à quelle extrémité nous sommes aujourd’hui parvenus en Turquie.

Hier je me posais la question de savoir si nous pouvions vraiment vivre ensemble. Cela ne paraît pas acquis. Mais il n’y a pas d’autre solution.
Il faut donc continuer à lutter pour tenter de faire passer ces gens du cauchemar au rêve, pour tenter de leur faire avaler la pilule bleue qui devrait permettre de les sortir de la matrice.
Mais avec cette constitution il semble difficile de pouvoir vivre ensemble dans le cadre de la 1re République. Les parois de la matrice ne peuvent s’évaporer qu’en en pénétrant la chambre ultime. Ce qui, pour nous, signifie une nouvelle constitution. Il nous faut fonder une nouvelle Turquie dans laquelle nous pourrions repenser les moyens de vivre ensemble et de vivre heureux.

C’est-à-dire qu’il nous faut discuter d’une nouvelle République.
Et finissons donc comme Marx : qu’ils tremblent de tous leurs membres les détenteurs de la suprématie blanche à cette idée d’une seconde République. Les nègres n’ont pas autre chose que leurs chaînes à perdre. Mais ils ont tout un monde à gagner.

Que s’unissent tous les nègres de Turquie !

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