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Livre : Un Serpent à Alemdag, de Sait Faik Abasıyanık

lundi 10 mars 2008, par Timur Muhidine

Un premier texte, « Une histoire comme ça », propose une géographie urbaine d’Istanbul : de Sisli à Fatih, de Taksim à Zeyrek et Azapkapı, s’effectue la tournée habituelle du flâneur que ses pas entraînent des deux côtés de la Corne d’Or, franchissant les époques autant que les quartiers. Avant de se déplacer aux limites de la ville, à l’écart, il lâche un de ses mots favoris : « Istanbul est laide de nouveau.

Istanbul ? Une ville laide. Une ville sale. Surtout par temps pluvieux. Est-elle belle les autres jours ? Non, elle n’est pas belle. Les autres jours aussi, le Pont est couvert de glaires. Les rues adjacentes sont boueuses, gravateuses. »

Rêve d’Istanbul

Assis dans un café du bord de l’eau, le narrateur est immobile : il a juste propulsé son personnage dans le monde – de l’autre côté du miroir – et donne l’impression de laisser vagabonder ses pensées alors qu’il bâtit des histoires à l’indéniable teneur métaphysique. Mais qu’est-ce que l’humanité pour Sait Faik ? Des amis, des proches au visage marqué, convulsif ou naïf, se fondant parfois en une combinaison d’âges divers comme le Panjo qui traverse plusieurs récits et surgit au détour de la nouvelle – laquelle donne son titre au recueil... Compagnon de jeu, amant probable ou amour contrarié, ne serait-il qu’un jeune Grec destiné à incarner l’Istanbul cosmopolite – une dernière fois peut-être – des années 1950 ? Dans cette ville-là, il y a des Albanais, des Arméniens, beaucoup de Grecs et de Turcs, de la bière, des fumées de cigarettes, des pêcheurs, une mouette qui parle, beaucoup de lieux rêvés où se joue l’amitié : douloureuse, souf- frante, agonisante comme le poisson suspendu à un arbre de « La mort du saint-pierre ». De cette ville, on ne se tire pas indemne.

Sait Faik est le plus grand nouvelliste turc du XXe siècle : son œuvre se résume à un ensemble de nouvelles qui composent un hymne à la ville maritime (1). Ce recueil, le dernier publié de son vivant, en 1954, porte avec panache la marque de son spleen et de son attachement aux laissés-pour-compte. Plus exactement de la tendresse qu’il leur dédie, comme dans « La tête et la bouteille » :

« Quand on est cultivé, on ne donne pas de conseils, il a dit.

— On fait quoi ?

— On comprend et ça suffit. »


Un Serpent à Alemdag, de Sait Faik Abasıyanık, Bleu autour, Saint-Pourçain-sur-Sioule, 2007, 160 pages, 14 euros.

(1) Sait Faik Abasıyanık (Adapazar 1906 - Istanbul 1954) commença par composer des poèmes. C’est en 1934 que parut sa première nouvelle ; en 1936 sortit son premier recueil de dix-sept nouvelles : Le Samovar (Semaver). Il étudia les lettres, d’abord à Istanbul, puis à Grenoble de 1931 à 1935. A partir de 1939, il se consacra exclusivement à l’écriture, jusqu’à sa mort. La Fondation Sait Faik Abasıyanık attribue depuis 1954 un prix à son nom au meilleur recueil de nouvelles. Un musée est consacré à l’écrivain sur l’île de Burgaz Ada, au large d’Istanbul.

Édition imprimée — février 2008 — Page 26

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Sources

Source : Le Monde Diplomatique

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