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Les investisseurs internationaux plébiscitent l’Europe élargie

mercredi 29 juin 2005, par Laure Belot, Nathalie Brafman

Le Monde

Connue, la tendance est désormais chiffrée : Hongrie, Pologne et République tchèque sont les nouvelles terres de prédilection des investisseurs. En 2004, 20 pays d’Europe centrale et orientale ont accueilli 895 installations étrangères d’usines, de centres d’appels, de sièges sociaux, de bureaux commerciaux..., soit 31 % de toutes celles créées dans l’Europe au sens large, Russie et Turquie comprises. Cette proportion n’était que de 17 % il y a quatre ans.

« Désormais, l’Europe centrale et orientale pèsent plus lourd que la France, l’Allemagne, l’Espagne et la Belgique réunies » , résume l’étude sur l’attractivité européenne réalisée par le cabinet Ernst & Young et présentée, jeudi 30 juin, à La Baule (Loire-Atlantique), lors des IIIes Rencontres de l’investissement international.

Cette orientation des investissements se retrouve dans les chiffres publiés, le 24 juin, par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) : les investissements directs étrangers (une notion qui inclut également les rachats d’entreprises par des étrangers, les prises de participations financières...) se sont repliés, entre 2003 et 2004, de 11 %, à 338 milliards d’euros, dans les trente pays de l’OCDE. Un recul surtout constaté dans les pays de la vieille Europe, comme la France et l’Allemagne (Le Monde du 25 juin).

Selon le recensement réalisé par Ernst & Young, les quarante pays européens étudiés ont précisément attiré, en 2004, 2 885 nouvelles implantations étrangères. Soit une augmentation d’environ 10 % à périmètre constant par rapport à 2003. Le Royaume-Uni et la France sont toujours largement en tête des pays les plus attrayants, accueillant respectivement 563 et 490 sites étrangers. Mais l’Allemagne, troisième de ce classement, est désormais talonnée par deux nouveaux entrants dans l’Union européenne, la Pologne et la Hongrie.

« L’Allemagne possède une excellente image, qu’elle ne transforme pas en tant que pays d’accueil » , souligne Marc Lhermitte, associé chez Ernst & Young et coauteur de l’étude. Selon lui, la performance de la Pologne « ne s’explique pas uniquement par sa main-d’œuvre bon marché. Le pays attire aussi grâce à ses 38 millions d’habitants, qui sont autant de consommateurs potentiel s. De plus, la Pologne est considérée comme un vrai sas vers la Russie, ce que sont moins la République tchèque et la Hongrie » . L’Espagne, elle, est reléguée à la sixième place de ce classement européen.

Automobile, agroalimentaire, distribution... de nombreux secteurs s’exportent à l’Est. Ainsi, dans la pharmacie, la France et le Royaume-Uni sont restés, en 2004, les deux premiers pays d’accueil de projets étrangers. Mais la Pologne et la République tchèque ont accueilli 16 nouvelles installations en 2004, alors qu’elles n’en avaient attiré aucune en 2003.

Les pays d’Europe centrale et orientale sont plébiscités par les investisseurs, non seulement pour leur avantage de coût et le « potentiel de gain de productivité » mais aussi pour la « qualification » de leur main-d’œuvre, souligne l’étude. Logiquement donc, ils sont les champions de la création d’emplois. En moyenne, chaque nouvelle installation étrangère a généré 235 nouveaux postes en Pologne, 227 en Hongrie, 289 en Slovaquie et 183 en République tchèque. Des performances dont ne peuvent pas se targuer la France et le Royaume-Uni, où chaque nouveau site a respectivement créé 51 et 63 emplois.

Qui donc a continué à miser sur l’Europe en 2004 ? Tout d’abord les Européens eux-mêmes : près de six sites étrangers sur dix ont été installés par des entreprises d’un pays voisin. Une proportion qui n’a cessé d’augmenter depuis quatre ans. « Les PME européennes qui veulent s’internationaliser ne se sentent souvent pas armées pour s’implanter dans des pays lointains, explique M. Lhermitte. Elles choisissent d’abord l’Europe de l’Est avant la Chine, l’Inde ou le Brésil. »

Autre tendance lourde : les entreprises américaines, très offensives au début des années 1990, sont désormais plus en retrait sur le continent, même si elles demeurent en tête du nombre de nouvelles installations créées (563 en 2004). « Ces sociétés restructurent leurs activités en Europe de l’Ouest, se relocalisent à l’Est et se tournent massivement vers l’Asie », note M. Lhermitte. Une politique que semble suivre le numéro un mondial de l’informatique, IBM. L’entreprise a annoncé, début mai, la suppression de 13 000 emplois en Europe. Les syndicats, eux, viennent de révéler l’intention du groupe américain de créer 14 000 emplois en Inde.

« DEUX VISAGES »

Dans un mouvement inverse, les entreprises chinoises et indiennes montent en puissance sur le Vieux Continent. Respectivement 44 et 39 nouvelles implantations ont été recensées en 2004, soit le double de l’année précédente. Si ces nouveaux entrants s’installent majoritairement par le biais de bureaux commerciaux, notamment au Royaume-Uni (comme China Telecom et le groupe pharmaceutique indien Shreya à Londres), une douzaine d’entreprises chinoises et indiennes ont sauté le pas en 2004 pour construire des usines de plastique, d’automobile, de verre ou encore de vélos.

Des installations industrielles réalisées majoritairement à l’Est, en Russie, Hongrie, Pologne..., pays qui attirent également de grands noms de l’informatique indienne, comme Infosys et Satyam, pour y créer des centres de développement de logiciels.

Faut-il craindre cette nouvelle distribution des cartes ? Pour les quelque 700 patrons américains, européens et asiatiques interrogés par Ernst & Young, l’Europe reste toujours la région du monde « la plus attractive » , devant la Chine, qui dépasse pour la première fois dans ce sondage les Etats-Unis.

« L’Europe continue à résister car elle présente aux investisseurs deux visages , explique M. Lhermitte. L’Est attire par les réductions de coûts qu’il offre, l’Ouest, plus cher, rassure par ses infrastructures. » Selon l’auteur, cette diversité constitue « un avantage » face aux investisseurs internationaux, tant que l’Europe réussit à se présenter unie, à 25 ou plus.

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