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Les entreprises turques ont déjà abattu la carte de l’intégration

samedi 9 octobre 2004, par Nicole Pope

Le Monde - 05/10/2004

Les échanges commerciaux ont doublé depuis la signature de l’union douanière
Les problèmes liés à l’intégration éventuelle de la Turquie à l’Union européenne (UE) sont souvent discutés, mais peu de gens sont conscients de la présence économique, d’ores et déjà, de ce pays en Europe, ne serait-ce qu’à travers ses produits industriels. L’UE est depuis longtemps le partenaire commercial privilégié de la Turquie. En 2003, les Quinze - l’Allemagne en tête - ont absorbé 53 % des exportations turques et ils ont fourni à la Turquie 55 % de ses importations. Entre janvier et août 2004, les exportations turques vers l’UE ont augmenté de 30,9 % pour atteindre 21,57 milliards de dollars. Ce partenariat commercial florissant avait été consolidé par l’accord d’union douanière, entré en vigueur en janvier 1996, qui avait levé les barrières de ce type entre l’Europe et la Turquie.

Les entreprises turques sont généralement mal connues du grand public européen car elles produisent souvent en sous-traitance pour des marques étrangères. Vestel est l’une d’entre elles : un téléviseur sur quatre vendus au sein de l’UE, que ce soit sous le label de Toshiba, Hitachi ou d’une autre grande marque, est aujourd’hui produit dans les usines de cette compagnie du groupe industriel Zorlu. Longtemps considérés comme des produits bon marché, les biens industriels turcs ont acquis une réputation de qualité. « Notre entreprise est bien intégrée en Europe », explique Turan Erdogan, président pour le commerce extérieur et les filiales du groupe Vestel. « Nous avons sept compagnies implantées en Allemagne, en Italie, en Espagne, en France et en Angleterre.Nos relations avec des groupes tels que Carrefour, Conforama et Casino remontent à plus de dix ans. » Vestel France, une unité consacrée à la vente et au marketing, emploie une quinzaine de personnes à Paris. Les compagnies turques, qui peuvent exporter leurs produits vers l’UE sans taxe ont ainsi pris le relais des entreprises de l’Est asiatique, qui elles sont soumises aux tarifs douaniers.

Le trafic commercial n’est d’ailleurs pas à sens unique. L’an dernier, Vestel, qui emploie 9 000 personnes, a exporté pour 1,2 milliard de dollars vers l’UE et, cette année, ce commerce devrait atteindre 1,7 milliard. Les importations, par la compagnie, de matériel électronique atteignent 60 % à 70 % de ces montants. « L’union douanière a permis d’augmenter nos échanges avec l’Europe. Nous importons aussi du matériel électronique et des tubes cathodiques chez Thomson, Philips, Micromass, ST », déclare Turan Erdogan. Ce type d’échanges s’applique à d’autres secteurs, notamment celui de l’automobile. La Renault Mégane 4 portes vendue en Europe est de marque française, mais elle sort de l’usine d’Oyak Renault, contrôlée à 51 % par Renault et 49 % par Oyak, le fonds de retraite de l’armée turque. Les fabricants automobiles étrangers implantés en Turquie visaient autrefois essentiellement le marché domestique, mais au fil des années ils ont révisé leur stratégie, en partie en raison des périodes de crises économiques en Turquie. Le secteur est ainsi devenu une des locomotives du commerce extérieur turc. Oyak Renault a augmenté sa capacité de production de 38 % cette année pour atteindre 200 000 véhicules. Ford Otosan, une société constituée avec le groupe turc Koç, a aussi annoncé au printemps sa décision d’investir pour augmenter la production, principalement pour l’exportation.

HAUT DE GAMME

Un autre secteur de pointe est celui du textile qui, vers la fin des années 1990, avait investi dans la technologie pour améliorer la qualité de production et viser le haut de gamme. L’Italie se tourne vers la Turquie pour produire les vêtements qui ont fait sa réputation. « Les Italiens arrêtent de produire chez eux et ils achètent en Turquie », explique Emre Alkin, secrétaire général de TIM, l’association des exportateurs turcs. « Il y a des possibilités de collaboration avec les Européens dans plusieurs secteurs, estime-t-il, par exemple, celui des machines et des pièces détachées est un secteur en plein essor en Turquie. Des compagnies françaises et allemandes achètent leurs pièces ici et les montent dans leur pays. »

Les entreprises turques tentent, « lentement mais sûrement », de créer leurs marques. Certaines compagnies ont franchi le cap avec succès, comme par exemple la marque de jeans Mavi, populaire en Europe et aux Etats-Unis. Mais, explique Emre Alkin, « créer une marque est difficile et cela coûte cher ». Dans l’immédiat, le plus important est d’assurer le développement continu des exportations qui ont augmenté de façon marquée au cours des deux dernières années et qui devraient atteindre 60 milliards de dollars à la fin de l’année.

La décision définitive qui sera prise par les Etats membres de l’UE le 17 décembre n’aura vraisemblablement pas d’impact direct sur les ventes de produits industriels turcs en Europe, mais le début des négociations d’adhésion donnerait un nouvel élan au développement de l’économie du pays, en attirant les investisseurs étrangers. « La Turquie a une longue expérience du libre échange et l’esprit d’entreprise y est fort », affirme Turan Erdogan, qui est également président de l’Association du commerce extérieur. « Les Européens craignent une vague d’émigration vers l’UE, mais personnellement j’attends un mouvement inverse. L’ancrage à l’UE va créer un climat d’investissement. Avec une main-d’œuvre qualifiée et moins chère, la Turquie est une excellente base de production pour l’Europe. »

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