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Le Liban, un test pour la Turquie

mardi 12 septembre 2006, par Pierre Rousselin

L’éditorial de Pierre Rousselin .
Publié le 05 septembre 2006

En participant à la force de l’ONU au Liban, la Turquie fait un geste qui peut avoir une influence positive sur le débat à propos de son adhésion à l’Union européenne.

Malgré une opinion publique hostile et une classe politique très sceptique, Ankara va détacher un contingent de Casques bleus auprès de la Finul renforcée au Liban-Sud.

La décision est doublement méritoire. Elle est, d’abord, le fait d’un pays qui a hérité de la puissance ottomane, et n’a donc pas laissé que des bons souvenirs dans la région. Elle a, ensuite, été adoptée par un gouvernement islamiste modéré qui prend le risque de heurter sa base si, comme cela est prévisible, la Finul entre en conflit avec le Hezbollah.

Les bons rapports qu’entretient la Turquie avec l’Iran et la Syrie, d’une part, et avec Israël, d’autre part, rendent précieuse sa contribution aux forces de l’ONU au Liban. Il y a là une première application concrète du meilleur argument en faveur de l’adhésion de cet État de 71 millions d’habitants qui frappe à la porte d’une Europe réticente. Fondé sur la géopolitique, le raisonnement consiste à dire qu’il vaut mieux avoir ce grand pays à majorité musulmane avec nous que contre nous. Qu’il nous aidera à établir un pont avec un Moyen-Orient travaillé par l’islamisme et à éviter le fameux « choc des civilisations ». Le Liban est une première occasion de mettre ce pari à l’épreuve.

En relevant le défi, le gouvernement de Recep Erdogan doit avoir à l’esprit la crise majeure qui se profile, d’ici à la fin de l’année, entre Bruxelles et Ankara. La commission des Affaires étrangères du Parlement européen s’est fait l’écho, hier, du malaise en adoptant un rapport dénonçant le ralentissement des réformes en Turquie depuis l’ouverture des négociations d’adhésion, le 4 octobre dernier. En particulier, l’article 301 du Code pénal permettant de traîner devant les tribunaux quiconque aurait porté atteinte à l’honneur national reste intouchable.

La confrontation est inéluctable à propos de Chypre tant que la Turquie refuse d’ouvrir ses ports et ses aéroports aux navires et aux avions chypriotes, malgré sa décision d’étendre l’Union douanière aux dix nouveaux membres de l’UE. Une suspension des négociations d’adhésion, ou au moins de celles concernant le marché intérieur, devra un jour sanctionner ce refus. Il y a, enfin, le débat sur la « capacité d’absorption » que la France veut voir adopter par l’UE d’ici à la fin de l’année afin de soumettre tout nouvel élargissement – après l’adhésion programmée de la Roumanie et de la Bulgarie – aux trois préalables d’une réforme institutionnelle, d’une adéquation des ressources budgétaires et d’une acceptation par les opinions publiques.

La participation turque à la Finul ne change rien au dossier des négociations d’adhésion. Elle peut améliorer le climat en donnant un autre visage de la Turquie. Celui d’un pays qui n’est pas toujours en train de réclamer un dû, mais qui peut aussi aider l’Europe à jouer son rôle dans le monde.

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