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L’impasse kurde

mardi 25 juillet 2006, par Hasan Cemal, Marillac

© Traduction pour Turquie Européenne

© Milliyet, le 22/07/2006

Confronté à une recrudescence des actions du PKK (15 morts en 3 jours), en pleine guerre du Liban, Ankara est tenté par une aventure militaire en Irak sur les bases de cette organisation séparatiste kurde : Hasan Cemal vient ici, fort à propos, nous rappeler que loin des rodomontades nationalistes et du désir naturel de vengeance, la question kurde se pose toujours en Turquie et non pas à cause de facteurs extérieurs. Une politique de sécurité devrait être couplée à une politique de développement politique et économique : la quadrature du cercle en somme telle que Hasan Cemal la défend depuis des années.


Le PKK c’est le problème de qui ?
Des Etats-Unis ?
De l’Europe ?
Des Kurdes d’Irak, de Talabani et de Barzani ?
Non, d’aucuns d’entre eux.
Le PKK c’est notre problème. Exactement comme le problème kurde.

Depuis tant d’années les racines de la politique de terreur et de violence du PKK ne sont pas plantées en dehors de la Turquie. Juste en plein cœur.
En tout premier lier, le PKK est né de nos erreurs. Il s’est nourri de nos erreurs d’Etat : c’est ainsi qu’il a pu grandir.
Et voilà la raison pour laquelle nous ne devons pas en chercher les causes à l’extérieur. Par le biais du PKK, jetons donc tout d’abord un oeil à nos propres fautes.

A cause de ce problème qui prend sa source chez nous, oui, nous sommes, à certains égards, en mesure de critiquer Washington et certaines capitales européennes. Nous pouvons les accuser de n’avoir pas répondu à certaines de nos attentes, nous pouvons leur opposer que de tels comportements ne correspondent pas ce qu’on peut attendre de pays alliés.
Mais sans perdre la mesure...
Car le PKK est avant tout notre problème.
Et non le leur.

Il n’y a pas eu de problème kurde comme le PKK parce qu’il ya des Etats-Unis ou une Union Européenne. Mais bien parce qu’à l’intérieur des frontières de la Turquie vivent des Kurdes en tant que citoyens de la République de Turquie, parce qu’on en a longtemps nié l’existence avec des slogans du style « il n’y a pas de Kurdes juste des Turcs », parce que, en outre, ce sont leurs identités, leurs cultures, leurs langues qui ont été niées pendant des décennies.

Comme l’a reconnu très justement le Premier ministre Erdogan, il y a un an sur une place de Diyarbakir, « le problème kurde est notre problème. »

Et comme il devait le remarquer également, ce sont des erreurs d’Etat qui furent à l’origine de ce problème. Enfin, il avouait dans le même discours que la solution ne passait pas par la lutte armée mais bien par plus de démocratie.
Toutes ces remarques sont fondées. Que ce soit le PKK ou le problème kurde, les deux sont nos propres problèmes. Ce ne sont ni à cause des Etats-Unis ni de l’UE que sont nés ces problèmes.

L’essentiel de l’erreur nous revient.
Comme la responsabilité de les traiter qui n’incombe à personne d’autre.
Ne nous leurrons pas.
Qu’on ne cherche pas de solution dans la Montagne de Kandil ! [refuge du PKK en terre irakienne, à la frontière iranienne, objectif de l’armée turque]
On sait très bien par expérience que de telles manœuvres n’apportent que de piètres résultats.
Au lieu de jouer les tribuns, se laisser aller à des penchants autoritaires, donner dans la vague nationaliste et donner l’impression d’une Turquie en guerre sur tous les fronts, nous nous devons de prendre le taureau par les cornes.

Parce que comme l’a dit Erdogan il y a un an, ce problème est bel et bien le nôtre. C’est pourquoi nous devons poursuivre notre lutte légitime contre le terrorisme du PKK et ce, sans concession. Mais dans le même temps, le plus juste serait des relancer la marche vers plus de démocratie, plus de droit, de meilleures conditions de vie...
La voie contraire a déjà été trop empruntée.
Et ce n’est qu’une impasse !

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