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Gülseren sème les roses

samedi 2 juin 2007, par Guy Didier

Gülseren est représentative de cette population de jeunes issus des migrations internationales qui accepte ses identités multiples sans vouloir choisir et privilégier l’une d’entre elles.
Elle fait partie d’une génération qui est peut être la préfiguration de ce que sera l’identité européenne : l’acceptation de la diversité chez les autres et dans sa propre identité, la conscience de la richesse de ces héritages multiples et celle de faire avant tout partie de l’Humanité.

- Turquie Européenne reproduit ici le portrait de Gülseren, chanteuse franco-turque par Guy Didier du site entre-gens.com, avec toute la fierté de pouvoir compter cette jeune femme parmi ses membres.

Gülseren, la chanteuse populaire turco-française (à moins qu’elle ne soit franco-turque) est une fan du site entre-gens. En exclusivité pour vous, elle a voulu vous faire partager son parcours de vie d’Istanbul à Paris puis de Paris à Istanbul. Récit recueilli par Guy Didier. Un témoignage exceptionnel...

Un air de Montmartre au cœur d’Istanbul. Les ruelles de Cihangir sillonnent les pentes de la colline aux chats. Les félins sont là dans leur royaume, flânant au soleil ou sommeillant à l’ombre des tilleuls en fleurs. Le quartier s’éveille à la tombée de la nuit lorsque les artistes, les écrivains, les comédiens, les musiciens, les nouveaux habitants de Cihangir, se rejoignent sur les terrasses et sous les tonnelles. Un air de Paris, à quelques hectomètres de la Rue Française. C’est là qu’habite depuis un an et demi Gülseren, la plus Parisienne du quartier, peut-être la plus cosmopolite dans un quartier qui ne l’est pas moins, où cohabitent chrétiens, juifs et musulmans, Grecs et Arméniens, elle qui en 2005 représentait la Turquie au Concours de l’Eurovision. Après 25 ans de vie en France.

Sarabande

En Turquie, Gülseren chante Aznavour, Piaf ou Moustaki. En France, elle chante du Sezen Aksu (La voix turque, star populaire), du Dede Efendi (chant classique turc) et même du Tarkan (pop turc). La musique, la chanson sont pour elle une façon de créer des ponts entre ses deux pays. « Peu de Français, dit-elle, savent combien les Turcs apprécient la culture française et sa langue (qu’un grand nombre parle parfaitement) ».

www.gulseren.netLa musique de Gülseren est une musique d’ouverture. Elle se nourrit d’une expérience humaine et culturelle. Les langues, le turc, l’espagnol, le français, l’anglais, et les styles s’y côtoient. Les influences et les musiques telles que le « Türk Sanat Müzigi », le « Türkü », et la « Pop », aussi bien que le rock, la techno, et le groove se mêlent et se rencontrent. Certains titres symbolisent des moments forts de sa vie, tel que « Deprem » qu’elle a écrit suite au tremblement de terre en Turquie en 1999, un événement qui a été un traumatisme pour sa famille. L’introduction de l’album « Sarabande » de Haendel est dédiée à son professeur Mme Reijers. Pour ses soeurs elle a écrit « Günler, Aylar », chanson dans laquelle elle exprime sa volonté de vivre et de s’en sortir, en gardant son intégrité, en restant elle-même.
Chez Gülseren, le métissage est sans doute quelque chose de génétique. Elle raconte son grand-père. Il était de Novi Pazar, ville peuplée à 80% de Slaves musulmans. Le dernier creuset du cosmopolitisme, peut-être la dernière terre réellement balkanique ! Elle ne connait toujours pas ce pays mais espère avoir la chance d’y aller un jour. Elle est fière de dire qu’elle a du sang bosniaque car elle adorait ce grand père maternel qu’elle n’aura malheureusement pas connu longtemps. Tout juste sait-elle qu’avant d’être un non voyant, il était conducteur de fiacre. Elle a aussi de très bons souvenirs de sa grand-mère... Une grande femme forte avec de très longs cheveux que, fillette, elle aimait brosser. L’enfant, qui vivait alors à Istanbul dans le quartier de Koca Mustafa Pasa, se protégeait derrière la chevelure fauve de sa grand-mère lorsque sa mère se fâchait après elle.

Le temps des cerises

Elle a grandi dans ce quartier. Avec les enfants, dans la rue, elle jouait à la marelle, avec un morceau de pastèque, ou bien du pain saucé au « salça » (sauce tomate séchée au soleil) que ses parents lui donnaient comme goûter. C’est plus tard qu’elle a découvert le goût du pain au chocolat ou bien celui du pain aux raisins...
Les souvenirs d’enfance de Gülseren sont aussi à Giresun, au bord de la Mer noire, où est né son père. Le nom de la ville est à rapprocher du mot « cerise », qu’en turc on appelle « kiraz », en grec « kerasous », en espagnol « cereza », en anglais « cherry ». C’est cette ville du nord-est de la Turquie qui aurait donné son nom au fruit si apprécié au début de l’été. Mais Giresun est aussi connue pour ses noisettes. Gülseren se souvient qu’étant enfant, elle s’amusait à glisser du dessus d’une montagne de noisettes. « Ce jour là, maman n’était pas contente car on avait tous passé une mauvaise nuit à cause des punaises ! Pour moi c’était le temps des cerises ! » (elle rit). Gülseren se souvient de cette région comme d’un vrai paradis, un village magnifique, très vert, beaucoup de maisons en bois. Les gens de la Mer noire sont réputés pour être des bosseurs. Les histoires de « Lazes » (équivalent des Belges pour les Français) sont drôles !

Un bouquet de roses

Sa mère est née à Izmir (connue autrefois sous le nom de Smyrne, située en mer Égée). Les filles d’Izmir sont reconnues pour être les plus belles de toute la Turquie, peut-être dû aux métissages (grecs, turcs, etc...). Elle avait 15 ans quand elle a épousé son mari, un homme petit aux traits fins, la peau blanche, les cheveux frisés. Le mariage était arrangé. Ils se sont séparés après 16 ans de mariage... et quatre enfants, quatre filles, Gülseren et ses trois sœurs.

Les filles Yildirim ont toutes des prénoms inspirés de la rose. Gülseren, « celle qui sème les roses », est l’aînée. Gülderen, « celle qui cueille les roses », est la cadette, elle a 29 ans aujourd’hui et étudie à la Sorbonne. Gülden, « de la rose », 27 ans, est coiffeuse. Songül, « la dernière rose », 25 ans, est la petite dernière, « une beauté divine », aux dires de sa grande sœur, « elle est esthéticienne, masseuse professionnelle aux doigts de fée ». Le père de Gülseren aurait tant aimé avoir un fils ! Il ne l’a eu qu’après son deuxième mariage.
Gülseren est arrivée en France à l’âge de huit ans, en 1981. Son père, venu un an plus tôt, était chef cuisinier d’un restaurant turc de Paris, « le Bosphore », rue des Petites Ecuries.
« Nous allions le voir parfois le week-end. J’étais contente d’aller le voir à son lieu de travail, dans sa cuisine. Parfois en cachette il me donnait quelque chose de nouveau à découvrir, nouvelle saveur...nouveau parfum ! ».

Sa mère a du se mettre à la cuisine. Elle est devenue rapidement « La tante gâteau » des Français. « C’est l’une des femmes qui a fait connaître les douceurs orientales aux Parisiens. La reine du Baklava, c’est sa spécialité ! Elle a un secret, tu ne manges pas deux fois la même chose avec elle, elle enlève ou rajoute toujours quelque chose de différent, et ce goût, difficile à l’oublier ! ».

Couleurs et douleurs de Paris

En Turquie, la fillette avait déjà commencé son CP à Istanbul. Elle était première de sa classe. Elle avait eu droit alors au ruban rouge, remis devant tous les parents et toutes les classes.

Elle n’oubliera jamais le jour où elle avait préparé avec son institutrice le spectacle de fin d’année (remise des prix). Elle chantait, elle dansait comme une acrobate. Elle avait 7 ans. A 8 ans, Gülseren a du apprendre une nouvelle langue, s’adapter à une autre culture. Elle est devenue en France une élève discrète, même introvertie. A partir de la 4°au collège, elle commence à prendre ses repères. Malheureusement, c’est à cette époque, que ses parents divorcent. Elle avait 13 ans. Aujourd’hui, avec le recul, elle se dit que l’année de leur séparation fut un bouleversement dans sa vie. Un déchirement pour elle et ses sœurs. Elle l’a très mal vécu car elle les aimait tous les deux. « C’est comme si on me demandait maintenant si je préfère la France ou bien la Turquie. Ces deux pays sont inséparables pour moi, comme ils le sont, eux. C’était leur choix, de toute façon un mariage arrangé cela ne fait pas du bien à tout le monde, un moment ou un autre ça éclate ». Pourtant, elle se dit que si ses parents étaient restés ensemble, tout aurait été différent. « Je n’aurais peut être jamais fait réellement ce que je voulais. Surtout pas chanteuse, c’était un bien vilain mot ! Ce n’est pas un métier ! ».
C’est à l’association Elele que la petite Gülseren trouva un soutien pour apprendre le français. C’est là aussi qu’elle s’est inscrite à une chorale d’enfants turcs. Elle pouvait y rechanter les chants d’enfant que lui avaient chantés sa mère et sa grand-mère.

Il y a tout juste quelque mois, la chanteuse populaire qu’elle est devenue a enregistré à Paris, un album pour enfants en turc (www.arbmusic.com). Un projet qui lui tenait à cœur, qu’elle est fière d’avoir pu réalisé. Elle aimerait aujourd’hui que ce travail soit connu en Turquie.

La mère de Gülseren a eu une histoire d’amour pendant sept ans avec un homme auquel l’adolescente n’a jamais pu s’attacher. Pourtant, elle n’avait jamais vu sa mère aussi amoureuse. Lorsqu’elle est tombée enceinte, il l’a laissé tombée avec un ventre de 3 mois et demi. C’était un garçon ! Il a maintenant 14 ans et c’est le « Pacha » de ses grandes soeurs. Il s’appelle Yigit, le valeureux. « Maman nous a élevés tous les cinq toute seule. Nous n’avons manqué de rien ! », raconte Gülseren.
Mais pour l’aînée de 5 enfants, il fallait subvenir aux besoins de la famille et alléger un peu le travail de la maman. L’étudiante a donné alors des cours de turc pour des agences de voyages. Elle a travaillé comme guide interprète. Elle a aussi fait de l’interprétariat dans les milieux d’affaires. « Pouvoir parler les deux langues parfaitement est important. De pouvoir exprimer ces sentiments dans les deux langues est une richesse. Atatürk disait : « une langue, une personne ». Du coup, je me suis intéressée à toutes les autres langues, je parle maintenant anglais et espagnol en plus du français et du turc, mais je chante en 13 langues différentes. Je suis française et turque ; je suis citoyenne du monde ».

La reine de la nuit

Gülseren se souvient avec affection de Mme Reijers, celle à qui elle doit tant. Elle s’en souvient comme si c’était hier. « Lors d’un voyage organisé par l’école à Quimper, en Bretagne, nous étions tous en barque. J’ai fredonné l’air de « La reine de la nuit » de Mozart (si l’on devait faire un film là-dessus ce serait très beau à voir !). Juste à cet instant, une dizaine de barques se sont approchées pour m’écouter chanter. Le soir même, pendant le dîner, Mme Reijers m’organisa une surprise en me faisant rechanter le même air devant toute la classe, et là, tous se sont levés de leur chaise pour m’applaudir. Devant cette foule en délire, elle m’a tout simplement dit : « Tu me promets une chose, quoi qu’il arrive tu continues la chanson, tu as un don et tu dois le travailler... » Mme Reijers, professeur de biologie, était une femme de caractère, une battante. C’est elle qui a su secouer l’adolescente, la « décoincer » dit-elle aujourd’hui, la faire pleurer devant toute la classe en lui disant un jour : « Ta différence c’est ta richesse, arrête de te cacher et montre toi, participe en classe et parle ». Des années plus tard, la jeune fille se décide à suivre des cours de chant lyrique au Conservatoire Hector Berlioz. L’inscription a été très difficile. Les jurés l’ont refusée deux fois sans l’avoir même écoutée, car les auditions ne peuvent se faire sans partition, avec l’accompagnement d’un pianiste. Elle a compris à la troisième audition que pour elle c’était maintenant ou jamais ! Elle raconte : « Peut être est-ce de l’audace ! Cette troisième audition je ne devais pas la rater. Une cinquantaine d’élèves attendaient à la porte. A mon tour je me suis présentée devant 7 jurés, sans trembler cette fois ci, je leur ai dit : « Je m’appelle Gülseren, j’ai 18 ans. Je ne connais pas le solfège, je suis prête à l’apprendre. J’aimerais vous chanter un tout petit air a capella. Je n’ai besoin que de deux minutes de votre attention ». Une femme l’interrompt en lui disant une fois encore de revenir avec une partition. Un autre professeur de chant l’interrompt à son tour, la regarde bien dans les yeux : « Nous vous écoutons, ma chère enfant ! » Elle crut que le monde allait s’écrouler... après sa petite démonstration vocale, elle était fière d’elle, car les jurés étaient étonnés aussi bien par sa tessiture, le timbre de sa voix. Celle qui venait de la refuser était un peu vexée et le professeur devant les autres jurés dit : « Si personne ne veut de cette jeune fille, et bien moi je veux bien la prendre dans ma classe ! » C’est ainsi que Gülseren a étudié le chant lyrique pendant 5 ans. Son professeur de chant lui a appris les bases : comment se tenir sur scène, comment utiliser sa voix, et même à chanter avec une pomme sur la tête. « J’étais contente de pouvoir rentrer dans un autre milieu, c’était une chance qui n’était pas donnée à tous et déjà à cet âge j’en étais consciente. J’ai chanté « La Traviata » de Verdi et vu des centaines de concerts classiques grâce à mon Conservatoire ».

Vents d’Est

La jeune fille suit des cours de turcologie à l’INALCO. C’est pour elle un enrichissement de sa culture personnelle. Elle ne voulait pas forcément en faire un métier. Elle ne voulait surtout ni perdre sa langue, ni oublier ses racines, l’histoire de son pays, sa littérature, l’histoire de sa musique, si riche. Elle avait par cette occasion intégré le milieu des étudiants, des gens de sa génération, leur histoire, la sociologie, les débats, la philosophie. En 1993, elle joue « En attendant Godot » dans une troupe franco-turque. Elle savait qu’elle faisait partie des privilégiés qui eurent accès aux études supérieures et surtout à la culture française. Sa mère a poussé les filles à aller toujours le plus loin possible dans leurs études. Elle ne voulait pas les voir dans la cuisine et rester simplement dans le milieu turc. « Elle voulait pour elles l’intégration ». C’est donc pendant ces années universitaires que Gülseren rencontre son premier groupe de jazz turc, « Aksak » avec lequel elle enregistre un album en 1993. Puis elle rencontre « Vents d’Est », enregistre deux albums avec eux en 1996 et 1997. La même année elle rencontre « Déclaration Universelle » avec qui elle enregistre son quatrième album. A vingt ans à peine, elle chante déjà dans toute l’Europe et même au-delà, en Italie, en Allemagne, en Espagne, en Hollande, en Belgique, en Hongrie, en Autriche, en Angleterre, en Slovaquie, en Turquie bien sûr, et jusqu’en Californie.

« C’était une richesse pour moi de pouvoir voyager grâce à ma voix, grâce à mes textes, grâce à mes chansons et grâce à mes origines. Tout cela a forgé ma personnalité, m’a enrichi. Cela m’a permis d’être curieuse sur les autres choses du monde. Se dire qu’on n’est pas seule, qu’il y a tellement de choses à découvrir, m’a aussi appris la sagesse, la tolérance, à rester humble et modeste » .

Sev beni (Aime moi)

En 1997, un soir entre amies, Gülseren fête un anniversaire, elle arrive aux « 3 Mailletz », un club de jazz, qu’elle ne connaissait pas à l’époque. « Ils m’ont demandé de leur chanter une chanson, ce que je fis et de suite je fus remarquée par le patron des lieux qui m’a demandé si je voulais bien travailler ». Gülseren commence alors une carrière de chanteuse solo, accompagnée par les musiciens des « 3 Mailletz » de toutes origines. Elle se sentait parfaitement bien dans ce milieu. Tous les soirs, c’était un spectacle différent.

C’est là qu’elle s’est intéressée à chanter en plusieurs langues. Et surtout elle allait rencontrer sur scène (dix ans déjà !) celui qui allait devenir l’homme de sa vie ! Le percussionniste, présentateur, compositeur colombien Luis Ernesto Gomez. Ils composent ensemble « Sev beni » (aime moi !) qui fut un tube dans son premier album solo. Cet album elle a mis 3 ans à le réaliser. « Il fallait pour moi un album qui me ressemble, éclectique, ouvert sur le monde. C’est ma moitié qui m’a permis de réaliser ce rêve. Nous en avons partagé et cueilli les fruits ensemble ». Dès sa sortie en 2001, l’album autoproduit a été choisi par la Fnac parmi les 10 meilleurs.

Grâce à cette reconnaissance et à son travail acharné, elle fait en un an le tour de la France (60 shows cases, presque dans toutes les Fnac de France ainsi qu’en Belgique) avec ses musiciens. « Les deux congas, la darbouka, nos affiches et nos cd sur le dos, nous allions de scène en scène. Quelle belle aventure ! ». De concert en concert, de rencontre en rencontre, elle finit par être invitée à jouer son propre rôle dans un film turco-hollandais Roos et Rana.

La réalisatrice Mme Meral Uslu a utilisé pour son générique et pour le film quatre de ses compositions. A cette époque Luis et Gülseren continuaient à travailler ensemble aux 3 Mailletz.

Kiev 2005 : l’Eurovision

Un soir, un coup de fil. De ces coups de fil qui peuvent changer une vie. Un fan lui propose de présenter sa candidature à un Concours de chanson et d’interprète national turc dont le vainqueur représentera la Turquie à l’Eurovision 2005. Parmi 136 candidats, il en reste 7 en finale, dont elle fait partie. A la surprise générale, elle gagne ! La jeune artiste était heureuse de partager ce bonheur avec ses proches. Apres Sertap en 2003 et le groupe Athéna en 2004 elle allait à son tour représenter son pays ! Ce bonheur personne ne pourrait lui enlever. Mais de suite, il s’en suit une énorme polémique dans toute la Turquie. Pendant plus de sept mois, Gülseren était à la une des journaux. Ce fut une très belle mais lourde expérience pour la jeune femme. Il fallait être solide pour affronter une telle pression médiatique, exercée par certains lobbies et intérêts financiers. Cela frôlait parfois la diffamation ! Mais les aventures n’étaient pas finies. L’équipe de TRT, la chaîne nationale turque, qui devait s’occuper d’elle et de son groupe avait une toute autre préoccupation que l’Eurovision. L’organisation, le management et la direction artistique ont été très défaillants. « La costumière, le coiffeur, la maquilleuse, tout était un fiasco. Je ne pouvais rien faire face à ce chaos. Sauf me retirer, c’est ce que je ne voulais surtout pas faire ! Ils m’ont imposé une équipe et j’ai dû faire avec... ». Le compositeur de la chanson « Rimi Rimi Ley » ,que Gülseren interpréta avec succès, s’est volatilisé une fois le concours fini, sans même avoir pris le soin de rembourser la dette qu’il avait envers la chanteuse. Mais l’expérience pour Gülseren a été forte. Un an de travail, pour 3 minutes de télévision, mais où « vous représentez un Etat, un pays. Après 25 ans de vie en France, avec beaucoup de fierté, comme un soldat, je suis allée représenter mon pays ».

Luis et Gülseren sont désormais prêts à lancer tous les défis. Dans leur studio de Saint Cyr l’Ecole, ils aident les futurs artistes à réaliser leur enregistrement, leur maquette, leur site. Mais l’appel d’Istanbul est le plus fort. C’est un nouveau départ, vers la ville qu’elle avait laissée il y a 25 ans ! Un retour difficile - la famille, tous les repères sont à Paris - mais excitant.

A Istanbul, Gülseren se sent plus française que turque. Elle élargit son répertoire de chant. Elle chante en français. Elle est la marraine du premier club turc de rugby dont l’entraîneur est... son époux. Elle travaille sur le projet d’ouverture de la première école de rugby à Istanbul. En mai 2007, elle fête le premier anniversaire du Club « Kadiköy Rugby Klubü ». Elle rêve d’une Turquie intégrée dans l’Europe, que les échanges soient forts entre la France et la Turquie, sur le plan politique, économique, mais surtout sur le plan culturel. Ce soir, elle va se promener un peu Rue Française, gravir les escaliers de Cihangir, en pensant à Montmartre, et dés son retour à son appartement dont la vue plonge sur le Bosphore, peut-être revoir une fois encore l’un de ses films-culte « Gladiator », à moins que cela ne soit « Au-delà de nos rêves » et puis se connecter sur internet pour dialoguer avec ses sœurs à Paris, et puis avec le valeureux Yigit qui a toute la vie devant lui. Ce soir, elle va lui dire : « on récolte ce que l’on sème ». Et sur son carnet intime, son petit livre de route, il est écrit : « La liberté n’est pas de faire ce qu’on veut, mais de vouloir ce qu’on fait ». A bientôt en France, Gülseren. A bientôt chez toi.

Guy Didier, le 20 mai 2007

L’article original sur le site « Entre-Gens » Le portail des portraits + de nombreuses photos et beaucoup d’autres portraits.

Le site officiel de Gülseren : www.gulseren.com

Et le site de ses fans : www.gulseren.net (créé par Mlle V. Cuscito)

Extrait de la présentation du site internet « Entre-gens »

Pause café ! Prenez le temps de découvrir ce portail de portraits de la diversité, site pour l’égalité des chances et des droits. Entre-gens a été lancé en juin 2006 avec l’idée de changer quelques idées reçues sur l’immigration et d’offrir des coups de pouce aux talents de la diversité dans cette société française.

Portraits

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