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Confusion et déception lors de la 12e audience du procès de Hrant Dink

samedi 13 février 2010, par Reporters Sans Frontières

« Nous sommes choqués par les conditions dans lesquelles se déroule ce procès », a déclaré Reporters sans frontières, après avoir assisté à la douzième audience du procès des assassins présumés du journaliste turc d’origine arménienne Hrant Dink, abattu à Istanbul le 19 janvier 2007.

« D’une part, les conditions matérielles – l’exiguïté de la salle, l’attitude des magistrats dont certains dorment, la désinvolture des accusés – témoignent d’une volonté de ne pas reconnaître la gravité des faits examinés. D’autre part, la lenteur de l’instruction, lors de laquelle des éléments d’information réclamés à des administrations de longue date, n’ont toujours pas été transmis, fait planer de graves soupçons. Tout comme le fait que des témoins essentiels n’ont toujours pas pu être interrogés, soit parce que les magistrats s’y opposent, soient parce qu’ils ont omis de les convoquer », a poursuivi l’organisation.

L’audience du 8 février 2010, devant la 14e chambre de la cour d’assises d’Istanbul, où un tournant était attendu dans l’enquête sur le meurtre de Hrant Dink, s’est révélée extrêmement décevante. Les juges, qui dans le système turc sont également chargés de l’instruction, font preuve d’un manque de motivation et de sérieux frappant. Le « témoin secret » qui devait être produit à l’audience n’a finalement pas été convoqué, la police n’ayant pas reçu l’ordre du procureur en ce sens. Le lendemain du procès, le président du tribunal Erkan Canak, a déclaré que le témoin n’avait pas pu se présenter parce que « son interprète arménien n’avait pas été invité ».

En outre, les juges ont refusé d’entendre trois hauts responsables du renseignement d’Ankara, d’Istanbul et de Trabzon, dont le témoignage était réclamé par les avocats de la famille de Hrant Dink. Tout porte à croire en effet que des responsables de ces services et de la gendarmerie de Trabzon connaissaient l’existence du complot visant à assassiner Hrant Dink et l’identité des meurtriers, et n’ont pas pris les mesures de protection adéquate. La question centrale des complicités au sein de l’appareil d’Etat reste donc pour l’instant sans réponse. Plus inquiétant, le tribunal semble bien déterminé à esquiver toute mention de la responsabilité de l’Etat dans cette affaire.

L’avocate Fethiye Çetin a une nouvelle fois demandé d’intégrer dans l’enquête des extraits d’autres dossiers en lien avec les milieux ultra-nationalistes et l’« Etat profond » (procès Ergenekon, plans d’attentats contre des minorités, attaques contre la communauté chrétienne de Trabzon...). Le parquet d’Istanbul doit prochainement statuer sur ces demandes.

Les trois témoins Turan Meral, Orhan Özbas et Kaan Gerçek, qui avaient auparavant déclaré que le tireur Ogün Samast leur avait annoncé son intention d’abattre Hrant Dink en leur montrant l’arme du crime, se sont rétractés. Lors du transfert au tribunal, un gendarme leur avait permis de discuter librement avec le tireur présumé.

Le renseignement général d’Ankara a refusé de fournir les numéros de téléphone des agents en contact avec le commanditaire présumé, Erhan Tuncel, arguant que transmettre ce « secret d’Etat » pourrait mettre en danger la sécurité de son personnel.

« Tout se passe comme si ceux-là mêmes qui sont chargés de rendre la justice, lui faisaient obstruction. Nous sommes scandalisés par le fait que le ministère public, si prompt à poursuivre et condamner Hrant Dink lorsque celui-ci évoquait des faits historiques indiscutables (le génocide arménien de 1915), soit si lent à rechercher et juger tous ceux qui ont fomenté et perpétré l’assassinat de cet homme en plein jour à Istanbul ! »

Quelque 700 manifestants, dont les proches d’une vingtaine d’intellectuels turcs assassinés depuis cinquante ans, s’étaient réunis place Besiktas, non loin du palais de justice où se tenait l’audience, pour exprimer leur solidarité avec la famille de Hrant Dink et réclamer la fin de l’impunité. Ces militants, qui se décrivent comme la « famille profonde » de Hrant Dink, devaient envoyer aujourd’hui une délégation auprès du Parlement turc, pour exiger la création d’une commission parlementaire sur les meurtres politiques.

Reporters sans frontières défend les journalistes emprisonnés et la liberté de la presse dans le monde. L’organisation compte neuf sections nationales (Allemagne, Autriche, Belgique, Canada, Espagne, France, Italie, Suède et Suisse), des représentations à New York et Washington, et plus de 130 correspondants dans le monde.

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Sources

Source : Reporter sans frontières, 11 février 2010, http://www.rsf.org/Confusion-et-dec...

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