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Chypre : vers la partition de l’île ?

lundi 28 janvier 2008, par Marillac, Murat Yetkin

Un rapport de l’International Crisis Group prédit qu’en cas d’échec des discussions sur Chypre en 2008, la perspective de la partition de l’île gagnerait en crédibilité.

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L’International Crisis Group est un think tank crédible basé en plein cœur de l’Europe à Bruxelles. Il fonctionne sur le principe et selon l’objectif de la prévention des crises au niveau international. Parmi les dirigeants et les personnalités qui pèsent dans cette désormais institution, on compte des gens comme Chris Patten, l’ancien commissaire européen aux affaires étrangères, l’ancien ambassadeur des Etats-Unis aux Nations Unies comme en Russies, Thomas Pickering, l’ancien chef de la diplomatie australienne, Gareth Evans et l’ancien ambassadeur des Etats-Unis en Turquie, Morton Abramowitz.

Le 10 janvier dernier, l’ICG a publié un rapport intitulé : « Chypre : inverser la tendance qui mène à la partition. » Ce travail de 37 pages rédigé au terme de plusieurs mois de recherche attire l’attention de tous les observateurs sur le fait qu’au lendemain des élections présidentielles qui se tiendront dans le sud de Chypre en février prochain, il est possible que de nouveaux rounds de négociations soient lancés entre les deux parties, turque et grecque sur l’île.

L’idée d’une relance des discussions est à l’ordre du jour depuis la proposition faite dans ce sens par le Président chypriote Tassos Papadopoulos il y a quelques mois. Et le Président turc Abdullah Gül ne manquait pas de rappeler le 3 janvier dernier lors de la visite du Président de la République turque de Chypre du Nord, Mehmet Ali Talat, à Ankara que les conditions pour de nouvelles discussions étaient réunies. Mais les approches restent antinomiques : Papadopoulos part sur la base d’un statut minoritaire qui serait accordé à la « minorité » turque comme sur la nécessité de joindre l’UE au processus de négociations quand Gül et Talat restent sur le principe d’une solution à deux peuples fondateurs d’un Etat commun.

En outre, Gül a proposé d’inclure la Grèce dans le processus en plaçant la question dans le cadre plus large et non plus spécifiquement chypriote de la sécurité en Méditerranée orientale (avec de possibles prolongements vers les questions d’approvisionnement énergétique)
On ne connaît pas encore ce qui a résulté de l’entretien que Gül a eu avec le Secrétaire Général de l’ONU le 9 novembre dernier. Mais en revanche, on sait que le représentant britannique sur la question chypriote, Joan Ryan a rappelé le même jour que Londres soutenait une reprise sans délai des négociations. Il a même lancé un avertissement important : le temps joue contre la réunification de Chypre.

La RTCN ne « taïwanerait-elle » ?

L’ICG pousse la réflexion un peu plus loir et dit tout haut ce que nous sommes nombreux à penser : « si un nouvel effort de discussions devaient essuyer un nouvel échec, il est fort possible que la partition devienne une alternative crédible. »

Dans ce rapport où on ne manque pas de souligner que cette solution de la partition a commencée d’être évoquée du côté grec, l’ICG souligne qu’une série de développements enregistrés depuis 2004 conduisent peu à peu à officialiser la séparation qui existe de facto sur l’île.
On parle dans ce rapport des événements jumeaux de 2004, à savoir le rejet du plan Annan par la partie grecque comme l’entrée de Chypre (en réalité, la seule partie grecque) dans l’UE. Puis de ce qui a suivi :

1- La Taïwanisation de Chypre, c’est-à-dire le fait que le fossé entre les deux parties de l’île se soit creusé du fait du maintien de l’isolement politique de la RTCN mais de la multiplication des actes tendant à en reconnaître l’existence réelle, notamment l’établissement de liens sans reconnaissance officielle.

2- le refroidissement des relations euro-turques

3- La tension dans les relations concernant l’UE et l’OTAN

4- L’exacerbation de la guérilla diplomatique entre la Turquie et la République de Chypre.

L’ICG formule ensuite une série de conseils :

- L’UE et les leaders grecs de Chypre doivent comprendre que pour une solution sur Chypre il faut assure à la Turquie que son adhésion à l’UE est un véritable objectif et non une illusion.

- Les Grecs de Chypre doivent prendre conscience de ce qu’en utilisant le levier de l’UE contre la Turquie, la pression dans le sens d’un seul Etat sur l’île comme le fait de n’accorder aucune attention aux revendications des Chypriotes turcs, ils éloignent la Turquie de l’UE et augmentent la probabilité de voir l’île définitivement partagée.

- La Turquie doit accepter que l’idée selon laquelle le fait que les Chypriotes grecs ne constituent pas pour eux une menace existentielle serait en mesure de jouer un rôle-clé dans le déblocage de ses relations avec l’UE. Le dialogue et le commerce pourraient lui rapporter autant de résultats que ceux engagés avec la Grèce depuis 1999.

Le rapport de l’ICG se conclue sur ces mots : l’UE doit suivre les négociations menées sous égide de l’ONU et travailler avec chacune des deux parties. Si les discussions n’aboutissaient pas, l’UE serait alors confrontée à de difficiles décision. Responsable d’une part des erreurs qui ont conduit à la situation actuelle, l’UE ne peut pas laisser la question chypriote prendre son avenir en otage.

Les protagonistes de la question chypriote ont commencé de parler d’une possible partition. Nous entrons dans une période cruciale et certainement inédite pour l’avenir de l’île.

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Sources

Source : Radikal, le 12/01/2008

Traduction pour TE : Marillac

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