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Ankara déçu par le scepticisme européen

mardi 8 mars 2005, par Marie-Michèle Martinet

Le Figaro - 08/03/2005

Istanbul - La Turquie aurait-elle perdu son élan ? Serait-elle fatiguée ? Le mot fut lâché, la semaine dernière, quand à la veille d’une rencontre avec son homologue turc, Abdullah Gül, le ministre des Affaires étrangères luxembourgeois, Nicolas Schmit, s’inquiéta des signes de « fatigue » manifestés ces derniers temps par Ankara. Abdullah Gül a évoqué un changement d’état d’esprit, justifié, selon lui, par la froideur et le scepticisme des Européens. Plusieurs éditorialistes lui ont emboîté le pas, dénonçant l’attitude intransigeante de Bruxelles. Pour Fikret Bila, du quotidien Milliyet, « les négociations avec l’Europe n’auront rien à voir avec de vraies négociations... On se contentera de dire à la Turquie : c’est à prendre, ou à laisser ». Et Sedat Ergin, du quotidien Hurriyet, de vitupérer contre la France et cette dangereuse « épée de Damoclès » menaçant la candidature turque.

Les Turcs se sentiraient incompris et contre-attaquent. Ankara n’hésite pas à retourner les reproches qui lui sont adressés, accusant l’Europe de ne pas avoir tenu ses engagements, notamment sur l’allégement des sanctions économiques promises aux Chypriotes turcs après le référendum d’avril 2004. Au retour de sa visite au Luxembourg, Abdullah Gül a invité l’Europe à « accélérer le pas » afin de respecter son propre calendrier. Lors d’un récent déplacement en Chine, il a glissé ce commentaire en forme de menace : « L’Europe n’est pas indispensable à la Turquie. » Et, pendant ce temps, le premier ministre turc multipliait les voyages à l’étranger, laissant entendre que les perspectives de développement de son pays dépassaient largement les frontières européennes.

Le gouvernement turc semble surtout soucieux de gagner du temps, notamment par rapport à la reconnaissance de la république de Chypre. D’ici au 3 octobre, la Turquie doit signer un protocole étendant aux dix nouveaux pays membres l’accord d’union douanière qui la rattache, depuis 1963, au club européen... dont la République de Chypre fait désormais partie.

En préambule à sa visite à Ankara, le commissaire à l’Elargissement, Olli Rehn, a appelé la Turquie à signer ce protocole au plus vite : « Cela créera une meilleure atmosphère avant l’ouverture des négociations. » Olli Rehn affirme avoir reçu des assurances du gouvernement turc. Mais, pour le moment, les responsables d’Ankara sont restés évasifs. Ils ne semblent pas pressés non plus de désigner le négociateur qui sera chargé de représenter la Turquie tout au long des négociations d’adhésion. Interrogé, Recep Tayyip Erdogan ne s’est pas montré très pressé de fournir un nom à ceux qui considèrent que le temps presse : « Deux semaines ou deux mois... », a-t-il lâché, visiblement ravi de faire patienter son auditoire.

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