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Accord turco-arménien : Une belle leçon pour les Israéliens et les Palestiniens.

vendredi 23 octobre 2009, par Courrier International

Le conflit entre Arméniens et Turcs sur l’interprétation de l’Histoire ne les a pas empêchés de conclure un accord de paix et de penser à l’avenir, souligne le quotidien israélien Ha’Aretz.

On ne saurait assez insister sur l’importance et la solennité de l’instant qui a vu le ministre des Affaires étrangères turc, Ahmet Davutoglu, et son homologue arménien, Edouard Nalbandian, assis à la même table, à Zurich, apposer leurs signatures au bas d’un accord de paix historique entre les deux Etats. Même si la Turquie et l’Arménie n’ont jamais été vraiment en état de guerre, un conflit larvé trempé dans le sang les oppose depuis près d’un siècle. Ce conflit a débuté par le massacre massif d’Arméniens par les soldats de l’Empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale, et il s’est poursuivi par une hostilité amère et inexorable entre les descendants des protagonistes de ces événements tragiques. Les Arméniens exigeaient de la Turquie qu’elle reconnaisse son crime, tandis que la Turquie refusait de permettre à ses intellectuels d’exprimer la moindre empathie avec les Arméniens.

La Turquie fait valoir que les Arméniens ont été tués et déplacés pendant la Première Guerre mondiale et affirment que, même si beaucoup d’entre eux ont été délibérément assassinés, le nombre de tués n’a pas dépassé les 300 000 personnes. De leur côté, les Arméniens, que ce soit dans leur littérature, leur recherche ou leur art, sont continuellement tourmentés par ce qu’ils considèrent comme un génocide, voire une véritable Shoah arménienne, qui a fait 1,5 million de morts. Le différend entre les deux Etats a abouti à une impasse. Le refus de la Turquie de reconnaître l’injustice faite aux Arméniens a entravé ses efforts en vue d’adhérer à l’Union européenne et sérieusement nui à ses relations avec les Etats-Unis, tandis que l’isolement subi par l’Arménie [en raison du blocus turc] plongeait celle-ci dans la misère. Aujourd’hui, s’ils ne sont pas encore parvenus à se mettre d’accord sur cette période de l’Histoire, ils ont néanmoins fait un pas de géant vers la réconciliation.

La réconciliation elle-même est plus importante que les termes de l’accord, lequel va sans doute donner lieu à de nouvelles polémiques. Mais celui-ci a le mérite de prouver que même les conflits les plus durables peuvent être résolus et que les véritables hommes d’Etat sont ceux qui se montrent prêts à œuvrer à un changement de vision au nom de l’avenir. Le Premier ministre turc Reçep Tayyip Erdogan, qui est à l’origine de cette réconciliation avec l’Arménie, est aussi celui qui a cherché à améliorer les relations avec la Grèce et à progresser vers une solution négociée à Chypre, témoignant ainsi d’une impressionnante sagesse. Certes, le chemin vers une résolution complète du conflit turco-arménien est encore long, mais les parties ont réussi à extraire le dard venimeux qui empoisonnait leurs relations : des récits historiques s’excluant mutuellement et utilisés pour susciter une haine inextinguible à l’égard de l’autre. L’accord de paix entre la Turquie et l’Arménie est donc une fascinante leçon pour Israël et les Palestiniens, qui continuent, de part et d’autre au nom d’un idéal de justice absolu, de se retrancher derrière des récits unilatéraux et mutuellement exclusifs. Les Turcs, dont l’empire fondé par leurs ancêtres ottomans a régné sur notre région plusieurs siècles durant, viennent d’allumer une lueur d’espoir pour nous tous.

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Sources

Source : Courrier International, le 22.10.09

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